
Le patriarche Cyrille de Moscou
La nouvelle est tombée à la suite de la réunion du saint synode de l'Eglise orthodoxe russe, ce lundi 13 mai. L'assemblée des évêques russes a fait savoir qu'elle appuyait les demandes de report du concile panorthodoxe, formulées auparavant par les Eglises d’Antioche, de Bulgarie, de Serbie et de Géorgie. Si le concile devait malgré tout se dérouler comme prévu à partir du 19 juin prochain, en Crète, l'Eglise de Russie n'y participera pas.
Le grand concile panorthodoxe, convoqué par le patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomée Ier, doit réunir en Crète, du 19 au 26 juin, l’ensemble des 14 Eglises orthodoxes. Après plus d'un demi-siècle de préparation, ce concile panorthodoxe doit être le premier du genre depuis le schisme de 1054, qui a vu la séparation de l'Eglise d'Occident, reconnaissant la primauté et l'autorité effectives de l'évêque de Rome, et de l'Eglise d'Orient, demeurée sous l'autorité davantage "honorifique" du patriarche de Constantinople. Cette prise de position de l'Eglise orthodoxe russe, à quelques jours à peine de l'échéance, compromet gravement, sinon la tenue, du moins la réussite de ce Concile, voulu et organisé avec conviction et détermination par le patriarche Bartholomée.
Dans le communiqué qu'elle a publié à la suite de son saint synode, l’Eglise russe déclare "approuver la proposition des Eglises orthodoxes d’Antioche, de Géorgie, de Serbie et de Bulgarie sur le report de la tenue du Concile panorthodoxe à une date qu’il conviendra de fixer ultérieurement, suivant les résultats des discussions au niveau de l’ensemble des Eglises, avec pour condition absolue l’accord des Primats de toutes les Eglises orthodoxes autocéphales locales officiellement reconnues".
"Au cas où cette proposition ne serait pas agréée de la Sainte Eglise de Constantinople, et où le Concile en Crète, malgré l’absence de l’accord de plusieurs Eglises orthodoxes locales, serait malgré tout convoqué, (nous déclarons) reconnaître avec un profond regret l’impossibilité de la participation de la délégation de l’Eglise orthodoxe russe."
C’est l’Eglise orthodoxe bulgare qui, la première, a demandé un report du concile, le 1er juin dernier, le temps de régler des problèmes d’organisation, mais surtout d’examiner plus en profondeur les textes qui devraient être soumis au vote lors du concile. L’Eglise d’Antioche a, quant à elle, fait savoir qu’en l’absence de solution au conflit qui l’oppose à celle de Jérusalem pour la juridiction sur les orthodoxes du Qatar, elle ne participerait pas non plus à cette assemblée.
Un concile trop "oecuménique"?
Selon différents observateurs et spécialistes du monde orthodoxe, ces remises en question de dernière minute révèlent de réelles tensions et divisions entre Eglises orthodoxes. Depuis des siècles, il existe une rivalité importante entre le patriarcat oecuménique de Constantinople et le patriarcat de Moscou pour la préséance au sein de l'orthodoxie. Par ailleurs, des courants dits "conservateurs" sont hostiles à certaines ouvertures oecuméniques, que l'on observe clairement, entre autres, dans le chef du patriarche Bartholomée. Aujourd'hui encore, certains évêques orthodoxes estiment que l'Eglise catholique est hérétique, et ne reconnaissent pas le baptême donné en son sein...
Sur les dix thèmes inscrits à l’ordre du jour depuis... 1976, seuls cinq ont, jusqu’ici, permis de déboucher sur la rédaction de textes approuvés par l’ensemble des 14 Eglises. Ce sont ces textes, aux propositions "minimalistes", qui devraient être approuvés lors du prochain concile panorthodoxe. Mais c'est cette stratégie d'un consensus minimum, mise en avant par le patriarche Bartholomée pour limiter les tensions et parvenir à quelques positions (théologiques) communes, qui semble aujourd'hui compromise.
Le concile panorthodoxe pourra-t-il effectivement se dérouler, malgré la défection de quatre des principales Eglises orthodoxes? A elle seule, l'Eglise russe compte 130 millions de fidèles, soit près de la moitié de tous les orthodoxes, estimés à 300 millions d'âmes... Le patriarche Bartholomée peut-il "faire le forcing"? Pour le moment, le secrétariat pour la rédaction du message final poursuit ses travaux sous l’égide du patriarche œcuménique. "Nous ferons le concile à dix s’il le faut", continue-t-on d’affirmer dans son entourage.

