Il était attendu depuis des siècles: à partir du 19 juin (jour de la Pentecôte chez les orthodoxes), un concile panorthodoxe se tiendra sur l'île de Crète. Un événement majeur!
La tenue d’un concile rassemblant l’ensemble des 14 Eglises orthodoxes dans le monde est un événement historique! En effet, le dernier concile œcuménique reconnu par ces différentes Eglises remonte à 787, c'est-à-dire juste avant le schisme avec Rome. Et si des synodes inter-orthodoxes se sont tenus jusqu’au XVIIe siècle, il a fallu attendre la conférence de Rhodes en 1961 pour que l’idée d’un "saint et grand concile orthodoxe" soit évoquée par le patriarche œcuménique Athénagoras, l'artisan du rapprochement avec le pape Paul VI. Une commission interorthodoxe a alors débuté et des travaux et des conférences préconciliaires se sont succédé pendant plusieurs décennies. Et ce n'est que début 2014, que les patriarches se sont finalement mis d’accord sur la date: le 19 juin 2016, jour de la Pentecôte dans le monde orthodoxe. En revanche, alors qu'on pensait que cette réunion allait – logiquement se tenir à Istanbul dans la cathédrale Sainte-Irène, il semble que certains patriarches, notamment russes, n'aient pas donné leur accord sur l'endroit; Istanbul étant en relation plus que tendues avec Moscou, dans la guerre contre Daech. D'où le choix de la Crète.
L’objectif de cette assemblée vise à abolir les divisions accumulées entre les Eglises orthodoxes au cours des siècles pour offrir au monde un témoignage de foi commun et actualisé. Lors de sa venue en Belgique à la tribune des Grandes Conférences Catholiques, le patriarche de Constantinople Bartholomée Ier, avait dit tout son espoir de voir ce grand concile panorthodoxe réussir. "Une nécessité dans le monde actuel", avait-il dit.
Prier pour la réussite de ce concile
Le lundi 30 mai, à Bruxelles, 18h30, l’Archevêque Job de Telmessos a présidé l’office des Vêpres en la Cathédrale des Saints Archanges Michel et Gabriel devant une assemblée d’une centaine de personnes et de dignitaires d'autres confessions. La veillée avait pour but d’unir les prières pour la concrétisation de cet événement tant attendu pour le monde orthodoxe.
Ce moment de prière fut complété par la conférence de Son Eminence l’Archevêque Job de Telmessos. Son Eminence le Métropolite Athénagoras de Belgique a, d’une part, remercié pour sa présence, l’Archevêque de Telmessos en tant que représentant officiel du Patriarcat Œcuménique auprès du Conseil Œcuménique des Eglises (COE), et d'autre part, souligné l’importance du Saint et Grand Concile panorthodoxe.
Le Métropolite a aussi tenu à remercier pour leur présence, le Nonce Apostolique, Mgr Berlocco, le Prof. Peter Demey, Président de l’Eglise Catholique pour l’Oecuménisme, les représentants des Eglises Orthodoxes sœurs, ainsi que le Secrétaire Général de la CEC, le Révérend Père Heiki Huttunen.
"La préparation du Saint et Grand Concile Panorthodoxe dure depuis un siècle", a dit l’archevêque Job de Telmessos en soulignant que c’est en 1902, sous l’instigation du patriarche œcuménique Joachim III, que fut donné le coup d’envoi de ce long processus de préparation. Appelés à faire face à des problèmes que l’Eglise Orthodoxe se posait, une première réunion préparatoire eut lieu en 1930. Les vicissitudes de la situation politique internationale laissèrent en suspens l’initiative, et il fallut attendre les deux lettres patriarcales du Patriarche Œcuménique Athénagoras en 1951 et 1952 pour relancer le processus.
En 1961, à Rhodes, une fois l’idée du Concile avancée, les sujets à traiter ont été classés en huit catégories, dont entre autres "Foi et dogme" "Relations entre les Eglises orthodoxes", "Relations des Eglises orthodoxes avec le reste du monde chrétien", mais aussi des sujets théologiques comme la crémation des défunts, l'euthanasie… sans oublier les problèmes sociaux tels que la famille, la jeunesse et la discrimination.
L'archevêque Job de Telmessos a conclu en rappelant que les primats orthodoxes ont finalement laissé de côté trois thèmes, celui de l’autocéphalie et de son mode de proclamation, celui des dyptiques et celui du calendrier. En tenant compte des modifications et des suppressions précédentes, l’ordre du jour du Saint et Grand Concile Panorthodoxe 2016 traitera donc de la mission de l’Eglise orthodoxe dans le monde contemporain, de la diaspora orthodoxe, de l’autonomie et la manière de la proclamer, du sacrement du mariage et de ses empêchements, de l’importance du jeûne et de son observance aujourd’hui et des relations de l’Eglise orthodoxe avec le reste du monde chrétien.
Ce synode est donc historique à plus d'un titre. Un événement majeur à suivre avec attention.
J.J.D.

