Alors que le candidat de l'extrême droite est arrivé en tête du premier tour des élections présidentielles, l'Autriche a voté une loi permettant de fermer la porte aux demandeurs d’asile. Intolérable pour les évêques du lieu.
Est-ce la peur de voir l'extrême droite l'emporter au second tour des élections présidentielles autrichiennes? Toujours est-il que le parlement autrichien, dont les partis qui forment la majorité ont été largement battus lors du premier tour du scrutin à la présidence de l'Autriche, a adopté mercredi 27 avril 2016 un projet de loi permettant de fermer la porte aux demandeurs d’asile, selon certaines circonstances. Il prévoit la possibilité de décréter un "état d’urgence migratoire". Cette nouvelle loi a été adoptée sur fond de montée de l'extrême droite dans le pays qui a accueilli 90.000 demandes d'asile en 2015. Il s'agit d’une des lois les plus drastiques en matière de droits d’asile en Europe.
Elaborée depuis plusieurs mois malgré les protestations d’une partie de l’opposition, des ONG et de l’Eglise, le texte a été adopté avec 98 voix contre 67. Pour 2016, Vienne s’est fixé un plafond: 37.500 demandeurs d’asile. Or, 18.000 sont déjà arrivés depuis janvier. "L’Autriche ne peut pas accueillir toute la misère du monde", affirme le ministre de l’Intérieur Wolfgang Sobotka. Du coup, les élus du pays ont décidé de restreindre le regroupement familial pour les migrants disposant d’une protection subsidiaire, un statut moins favorable que l’asile obtenu essentiellement par les Afghans.
Concernant le droit d’asile, il sera limité à trois ans, ou même pas accordé du tout. En effet, si l’Etat juge ses services "dépassés par la situation", il se réserve le droit de décréter cet "état d’urgence migratoire". Sous ce régime, tout migrant sera refoulé aux frontières, sans possibilité de demander l’asile, même pour ceux qui viennent d’un pays en guerre, à moins qu’ils ne soient en mesure de prouver qu’ils sont persécutés par le pays d’où il arrivent, l’Italie par exemple. Le problème est que les critères qui détermineront comment les services "seront dépassés par la situation", ne sont pas connus, ce qui laisse la porte ouverte à toutes les dérives. Aujourd’hui, aucun pays européen, à l’exception de la Hongrie, n’a adopté une telle disposition.
Réaction négative des évêques
Pour les évêques autrichiens, il s’agit "d’une atteinte inacceptable au droit fondamental qu’est le droit d’asile". L’Eglise n’est pas la seule à critiquer la mesure. Les Verts, et même une partie des sociaux-démocrates au pouvoir se sont insurgés, obtenant un délai: le gouvernement limitera à deux ans la mise en œuvre de cette disposition. Le Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a également condamné immédiatement le texte.
Ce jeudi 28 avril, lors d'un discours devant le Parlement autrichien, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, s'est dit "préoccupé par le fait que les pays européens adoptent aujourd'hui des politiques de plus en plus restrictives concernant l'immigration et les réfugiés". "De telles politiques vont à l'encontre des obligations des Etats envers le droit international, le droit humanitaire et le droit européen", a souligné le secrétaire général de l'ONU, ajoutant: "Je m'alarme de la montée de la xénophobie ici et ailleurs."
Avant même la victoire de l’extrême droite à la présidentielle de dimanche dernier, l’Autriche, pays pourtant salué pour la générosité de son accueil à l’automne, avait durci le ton. Cette semaine, 2,4 milliards d’euros supplémentaires ont été alloués aux forces de l’ordre pour "protéger" les frontières, contre 500 millions pour l’intégration des nouveaux venus dans la société autrichienne.
Fin mai, l’Autriche prévoit aussi de construire une clôture à sa frontière avec l’Italie, au col du Brenner, le principal point de transit nord-sud à travers les Alpes.
J.J.D (Avec Radio Vatican)
