Pour la première fois depuis 2004 (il s'agissait alors des événements du Darfour), les Etats-Unis parlent officiellement de génocide pour les crimes commis par l'Etat islamique contre les chrétiens, les yézidis et les musulmans chiites en Irak et en Syrie.
Les mots ont été prononcés jeudi soir, au cours d'une conférence de presse au Département d'Etat, à Washington, par le secrétaire d'Etat américain. "Mon propos d'aujourd'hui vient confirmer mon premier jugement, l'Etat islamique (EI) est responsable d'un génocide dans certaines zones incluant les yézidis, les chrétiens et les musulmans chiites», a affirmé John Kerry. «L'EI affirme lui-même qu'il commet des génocides, des faits confirmés par son idéologie et par ses actions», a insisté le secrétaire d'Etat américain.
John Kerry a même été plus précis, expliquant qu'en 2014, Daech avait réduit à l'esclavage des femmes et des filles yézidies «les vendant aux enchères, les violant sans cesse et détruisant les communautés dans lesquelles elles vivaient depuis des générations incalculables», et avait tué des chrétiens «uniquement pour leur foi» et «forcé à l'esclavage leurs femmes et leurs filles».
Une reconnaissance sans obligation juridique
«Il est important de mettre un nom sur ces crimes, mais l'essentiel, c'est de les faire cesser», a précisé l'ancien sénateur démocrate. Mercredi, le porte-parole du département d'Etat, Mark Toner, déclarait toutefois que «reconnaître qu'un génocide ou des crimes contre l'humanité ont eu lieu dans un pays tiers ne débouchera pas nécessairement sur quelque obligation juridique que ce soit pour les Etats-Unis».
L’officialisation par John Kerry du génocide des Chrétiens d’Orient fait suite au rapport de 278 pages envoyé par l’Ordre des Chevaliers de Colomb au secrétaire d’Etat américain. Cette très puissante association catholique basée essentiellement aux Etats-Unis, avait notamment dressé la liste de 1.131 chrétiens irakiens tués entre 2003 et le 9 juin 2014. Des associations françaises telles que l’Œuvre d’Orient, l’Aide à l’Eglise en Détresse et Fraternité en Irak avaient également contribué à l’élaboration du dossier en collectant des témoignages et des informations sur place.
P.G. (avec le Figaro et Famille Chrétienne)
