Anders Behring Breivik, auteur de l’attentat sanglant du 22 juillet dernier à Oslo et du massacre de jeunes sur l’île d’Utoya, n’est pas un fondamentaliste chrétien, estime l’historien fribourgeois Jean-François Mayer. Spécialiste des phénomènes religieux dans le monde contemporain, il a étudié les textes rédigés par cet extrémiste, qui laissent apparaître une image bien différente.
Son interprétation se fonde essentiellement sur un volumineux manifeste 2083. A European Declaration of Independence, que Breivik a écrit en anglais, et envoyé par voie électronique à un nombre important de correspondants juste avant d’entamer sa meurtrière opération.
« La foi et la Bible ne sont pas vraiment sa motivation. Contrairement à un fondamentaliste religieux, il n’est pas guidé dans son action par la lecture des Ecritures saintes, auxquelles il fait peu référence, mais essentiellement par ses convictions politiques, qui sont la lutte contre l’islam, le multiculturalisme et le ’marxisme culturel’ », explique le chercheur fribourgeois. « Dans ses convictions, il intègre la défense du christianisme, mais dans le sens culturel du terme. La chrétienté est selon lui le seul drapeau unissant l’Europe par-delà les différences. C’est un axe de ralliement dans son combat. Les ’chrétiens agnostiques ou athées’, dit-il, ont aussi vocation à se battre pour l’Europe chrétienne où l’islam sera
banni ».
A 15 ans, Anders a choisi de son propre chef d’être baptisé. "Il se dit modérément religieux. Peu avant l’attentat, il dit avoir prié pour la première fois depuis longtemps. Luthérien, il rêve d’une Eglise unie entre catholiques et protestants, qui soit dans la future ligne politique de l’Europe qu’il imagine. Un peu comme l’Eglise nationale allemande que voulaient les nazis, l’Eglise ne fusionnerait pas avec le politique mais lui serait soumise » souligne Jean-François Mayer.
Alors d’où vient ce qualificatif de "fondamentaliste chrétien" collé au personnage du terroriste d’extrême-droite ? Pour le chercheur, cela vient
des premières déclarations de la police, qui avait alors des éléments fragmentaires. "Police, journalistes, tout le monde travaille dans l’urgence, c’est normal. Cette étiquette a aussi permis de dire qu’on n’avait pas affaire à du terrorisme islamiste".
Apic/A.L


