Plus de 800 discours ou homélies, 382 messes à la Maison Sainte-Marthe, 124 audiences générales et 12 voyages hors d’Italie. Voilà quelques-uns des chiffres des trois premières années du pontificat du pape François, élu le 13 mars 2013. Avec Cyprien Viet, journaliste à Rome, nous revenons sur quelques points particulièrement marquants de cette période, et sur les perspectives d'avenir.
A l’occasion du 3e anniversaire de l’élection du pape François, le site internet "Il Sismografo", proche du Vatican, a proposé un bilan chiffré des plus de 1.000 jours de pontificat.
Entre le 13 mars 2013 et le 8 mars 2016, le pape argentin a ainsi présidé 382 messes matinales à la Maison Sainte-Marthe - avec une baisse significative en 2015 par rapport aux deux années précédentes - et 124 audiences générales ou jubilaires au Vatican. A 168 reprises, il a récité la prière mariale de l’Angélus en public avec les fidèles, à Rome ou ailleurs.
En trois ans, le pape a également prononcé pas moins de 628 discours et de 180 homélies, et publié 153 messages. Outre la "bulle d’indiction" du Jubilé de la miséricorde, il a publié pour l’heure deux encycliques, "Lumen Fidei" et "Laudato si’", ainsi qu’une exhortation apostolique, "Evangelii Gaudium". Outre 15 Constitutions apostoliques, 101 lettres et 29 lettres apostoliques, l'actuel successeur de Saint-Pierre a aussi publié neuf "Motu proprio" (ce qui signifie: "de son propre chef") et une vingtaine de prières.
Géopolitique et oecuménisme
Outre ces chiffres, impressionnants, que peut-on retenir de ces trois années de pontificat? Pour Cyprien Viet, le premier élément marquant est la popularité du pape François, pratiquement intacte au terme de cette période. On se souvient de la première apparition de François, le soir de son élection, à la loggia de la basilique Saint-Pierre: le pape demandant que l'on prie pour lui, et déclarant se mettre au service de l'Eglise de Rome... Ces images ont bouleversé des millions de catholiques, mais également des millions de non catholiques. Trois ans plus tard, la personnalité du pape François, proche des pauvres, des malades, des personnes handicapées, n'a pas déçu.
Outre ce "style François", le pape a permis au Saint-Siège de réinvestir le champ politique. L'action diplomatique du Saint-Siège observe une remarquable continuité depuis le pontificat du pape saint Jean-Paul II, mais sous François, certaines "dossiers" politiques ont progressé de manière significative. Au Moyen-Orient notamment, on se souvient du voyage de François en Terre sainte, en 2014 et, quelques jours plus tard, à la Pentecôte, cette rencontre extraordinaire entre le président israélien et le président palestinien, dans les jardins du Vatican. Concrètement, la diplomatie vaticane tente de déminer le terrain dans des pays en conflit, dans cette région du monde.
De manière sans doute plus visible, on retient également certaines avancées en Amérique latine, avancées favorisées par le fait que le pape est issu de ce continent. En Colombie, plusieurs nonces apostoliques se sont investis dans les pourparlers entre le gouvernement et la rébellion marxiste des FARC, favorisant ainsi un accord entre les deux parties, qui devrait être signé prochainement. La diplomatie du Saint-Siège a également joué un rôle déterminant de médiation et de réconciliation entre Cuba et les Etats-Unis, deux Etats qui se sont rapprochés tout dernièrement, après des décennies de "guerre froide" notamment grâce à cette médiation.
D'autres avancées significatives ont trait à l'oecuménisme. On pense notamment à l'amitié sincère qui s'est développée entre François et le patriarche de Constantinople, Bartholomée, et au rapprochement, tout récent et inattendu, entre l'Eglise orthodoxe russe et l'Eglise catholique, scellé par la rencontre entre le patriarche russe Kirill et François, le 12 février dernier, à Cuba.
Autre progrès oecuménique significatif: le rapprochement avec les Eglises évangéliques. En trois ans, on a assisté à un changement de paradigme dans les relations avec ces Eglises, comme le souligne Cyprien Viet. Sous les pontificats précédents, c'est une logique de concurrence qui dominait, en rapport à l'évangélisation. Aujourd'hui, on est davantage dans une logique de coopération et de convergence, même si, dans le chef de certaines de ces Eglises, on peut entendre des discours fort éloignés de l'enseignement de l'Eglise catholique. Néanmoins, une nouvelle dynamique est bel et bien présente, comme en témoignent certaines visites de pasteurs évangéliques au pape François, qui lui ont imposé les mains pour appeler l'Esprit-Saint sur lui - véritables petits événements, inconcevables il y a encore trois ans. A souligner encore: le développement des relations et de dialogue avec le monde juif, dans la ligne de ce que faisait le cardinal Bergoglio en tant qu'archevêque de Buenos Aires.
Douze visites apostoliques hors d’Italie
Au cours de ces trois années, on retiendra aussi les voyages apostoliques et autres déplacements du pape François. Outre ses visites à une quinzaine de paroisses ou communautés de Rome et des alentours, le pape François a déjà effectué 11 visites dans la péninsule italienne et 12 visites apostoliques hors d’Italie. Selon un décompte effectué par l'agence I.MEDIA, ces voyages hors d’Italie - sur une durée cumulée de près de deux mois - ont été l’occasion d’effectuer plus de 152.000 kilomètres en avion, soit près de quatre fois le tour de la Terre.
Quels sont les voyages les plus marquants de ce pontificat? Après une période d'observation de 100 jours, au cours desquels le pape a reçu et consulté de nombreux invités, le premier déplacement du Saint-Père fut pour Lampedusa, petite île italienne au large de la Tunisie, début juillet 2013. Là-bas, le pape, de manière très symbolique, est allé à la rencontre des nombreux migrants qui arrivent sur l'île, et des personnes engagées dans l'accueil de ces migrants.
Son véritable "baptême du feu" eut cependant lieu au cours des JMJ 2013, au Brésil. Les Brésiliens, mais au-delà le monde entier, ont découvert un homme allant à la rencontre des plus pauvres, dans les favellas, mais aussi un pasteur, capable de parler aux foules, notamment aux 3 millions de jeunes rassemblés sur la plage de Copacabana à Rio de Janeiro. Déjà au cours de son voyage, la miséricorde fut au centre de ses discours, cet amour de Dieu qui nous accueille et veut nous guérir de nos blessures. Ce thème de la miséricorde, depuis lors, fut au coeur de presque toutes les interventions de François, pour aboutir à l'Année sainte de la miséricorde, qui est certainement l'un des aspects les plus marquants de ces trois années de pontificat.
Par la suite, le pape n'a cessé de voyager vers les périphéries, préférant souvent se rendre dans des pays qui comptent moins sur la scène internationale, ou des pays où l'Eglise catholique est minoritaire, pour souligner le rôle de médiation et de réconciliation que l'Eglise peut avoir dans des régions du monde particulièrement marquées par les conflits et la pauvreté. On se souvient en particulier des voyages au Sri Lanka, en Centrafrique, ou encore en Albanie. Avant son voyage en Centrafrique, certains avaient considéré que c'était une folie de se rendre dans ce pays marqué par plusieurs années de guerre civile, mais le pape, faisant preuve d'une remarquable liberté et détermination, y est allé malgré les objections. Ce voyage fut une réelle réussite. François y a appelé les différentes communautés au pardon et à la réconciliation, en particulier les chrétiens et les musulmans. Quelques mois plus tard, on observait un réel apaisement dans ce pays, apaisement auquel le voyage du pape a contribué.
François n'a pas négligé les "grandes nations" pour autant, comme en témoigne son voyage aux Etats-Unis (après Cuba), en 2015. Mais même là, il a voulu aller à la rencontre des plus pauvres, préférant un déjeuner dans une catine, avec des sans-abris, à un déjeuner d'Etat à la Maison Blanche.
Perspectives
Que peut-on attendre dans les prochains mois, dans les prochaines années de ce pontificat? Bien malin qui pourrait prédire quelles seront les priorités du pape. Par contre, certaines choses sont d'ores et déjà à l'agenda pontifical. D'abord, dans les toutes prochaines semaines, peut-être même juste avant ou juste après Pâques: la publication de l'exhortation apostolique, qui indiquera les orientations de l'Eglise en matière de pastorale familiale, à la suite des deux synodes sur la famille, respectivement de 2014 et de 2015. Ce document est attendu par de nombreux catholiques, les attentes pouvant être sensiblement différentes selon les pays et les continents.
Les JMJ 2016, à Cracovie en Pologne, sont également très attendues.
Au programme aussi, pour le mois de septembre prochain, un voyage en Arménie, en Azerbaïdjan et en Géorgie - une autre périphérie, où l'Eglise catholique est également minoritaire. En 2017, le pape devrait se rendre dans son pays natal, l'Argentine, pour la première depuis le début de son pontificat. Si, entre-temps, un accord devait être signé entre le gouvernement colombien et les FARC, François devrait sans doute aussi se rendre en Colombie.
Enfin, de nombreux fidèles - mais aussi de nombreux médias de par le monde - attendent avec impatience les résultats de la réforme de la Curie romaine, en cours depuis plusieurs années. Pour Cyprien Viet, il ne faut pas attendre de résultats perceptibles avant 2018, voire 2019 ou 2020. cette réforme prend du temps, mais elle avance effectivement, malgré certaines résistances. Ont d'ores et déjà été signées des conventions avec des organismes de contrôle, ou des Etats, pour que les flux financiers impliquant le Vatican deviennent plus transparents.
Si résistances il y a, il ne faut sans doute pas, pour autant, tomber dans une forme de diabolisation excessive de la Curie romaine, jusqu'à parler de présence de la mafia au Vatican... Si, comme toute institution humaine, la Curie comporte des parts d'ombre et de péché, des signes de bonne volonté y sont également présents.
Jean-Jacques Durré/Christophe Herinckx
Avec cath.ch-apic et imedia
