François-Cyrille : rencontre historique à La Havanne


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François-Cyrille : rencontre historique à La Havanne
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

Une-François-CyrilleLe pape François a quitté Rome ce matin à 8h, direction le Mexique pour son douzième voyage apostolique. Mais sur le chemin, il fera une escale à La Havane (Cuba) pour une rencontre historique avec le patriarche orthodoxe russe. Une rencontre d'environ deux heures qui sera ponctuée par la signature d'une déclaration commune.

L'image de cette rencontre entre les deux principales figures de la chrétienté européenne va faire le tour du monde. Marquera-t-elle la réconciliation entre l'Eglise romaine catholique et celle orthodoxe russe? Il faudra attendre que soit rendu public le texte de six pages pour le dire clairement. Elle est en tout cas l'aboutissement d’un projet préparé depuis environ deux ans, après plusieurs décennies d'efforts de rapprochement entre Moscou et Rome.
Avant François, Jean Paul II (et aussi Benoît XVI) avaient souhaité une rencontre avec le patriarche de Moscou. Mais le clergé orthodoxe était sur la réserve, se méfiant des effets de la "Nouvelle évangélisation", initiée par le pape polonais, sur le peuple russe après l'éclatement de l’Empire soviétique. La séparation entre catholiques et orthodoxes, scellée dans le schisme de 1054 entre Rome et Constantinople, perdurait donc.
Cette séparation est liée à des questions théologiques complexes mais aussi à des motifs politiques. Les différences sont encore nombreuses et profondes: elles portent toujours sur la primauté du pape, mais aussi sur le conflit ukrainien, où se manifestent une nouvelle fois les divisions entre grecs-catholiques rattachés à Rome et orthodoxes rattachés à Moscou. Les événements du Maïdan ont mis en évidence cette dimension confessionnelle du conflit russo-ukrainien. Et dans ce conflit, le pape a agi très prudemment en ménageant Moscou et l’Eglise russe orthodoxe malgré les 5,5 millions de gréco-catholiques d’Ukraine.

Une rencontre cimenté par le sort des chrétiens persécutés

De cette manière, la diplomatie vaticane a agi avec pragmatisme, pratiquant ce que l'on appelle la "realpolitik", parce qu'elle considère que la Russie doit être réintégrée dans le jeu des relations internationales. Le pape François, qui a reçu deux fois Vladimir Poutine, a même déclaré récemment dans un journal italien que "la Russie peut donner beaucoup pour la paix mondiale". Il la considère de fait comme un "allié" incontournable en Syrie pour la protection des Chrétiens d’Orient qui est la préoccupation majeure du pape. En rétablissant ainsi de bonnes relations avec le patriarche "de Moscou et de toutes les Russie", François renforce ainsi les liens avec Vladimir Poutine. C'est clairement le thème de la persécution des chrétiens, en particulier les chrétiens d'Orient, victimes des extrémistes, qui rassemble donc aujourd'hui les deux Eglises, convaincues que les mesures urgentes à prendre pour les protéger exigent une véritable coordination entre elles.

L'œcuménisme sincère de François

Il n'en reste pas moins vrai que cette rencontre est d’abord un grand événement religieux, qui suscite un réel enthousiasme à travers le monde. Il fait aussi la démonstration de l'œcuménisme sincère du pape François. Le cardinal Peter Erdö, président du Conseil des conférences épiscopales d'Europe, a d'ailleurs écrit au patriarche de Moscou pour saluer «un pas de plus accompli vers l'unité et le témoignage commun des chrétiens» et invoquer «la bénédiction du Seigneur sur la rencontre».
Avant Cyrille, le pape avait aussi rencontré le patriarche de Constantinople Bartholomée Ier en Terre sainte pour signer avec lui un document établissant "une nouvelle et nécessaire étape vers l’unité". En outre, cette rencontre historique se produit quelque mois avant un autre événement religieux de tout premier ordre: le Concile pan-orthodoxe qui aura lieu en Crète en juin prochain. Ce Concile est envisagé depuis 1300 ans mais sa tenue a toujours été différée du fait des rivalités très fortes de ce monde orthodoxe et de ses 16 patriarches. Il est d’une importance majeure en matière d’œcuménisme en raison du statut de l'Eglise orthodoxe d'Ukraine qui est indépendante de celle du patriarche de Moscou, et de l’Eglise gréco-catholique d’Ukraine (aussi appelée "Uniate"), rattachée pour sa part à Rome.

Cuba, de nouveau au cœur de l'Histoire

Enfin, l'autre intérêt de cette rencontre est précisément sa localisation: La Havanne. Un terrain pas si "neutre" que cela. On peut toujours justifier le choix de la capitale cubaine en raison de sa proximité du Mexique (où le pape va donc effectuer son voyage apostolique du 12 au 18 février) et du programme du patriarche Cyrille justement présent à Cuba dans le cadre d'une tournée de 11 jours en Amérique latine. Mais c'est aussi pour le premier pape latino-américain, une occasion supplémentaire de poursuivre la politique de réhabilitation internationale de ce pays qui fait partie de la sphère d’influence russe… En outre, il est aussi le symbole de la réussite de la diplomatie vaticane. Le rôle de cette dernière a été salué par le président Obama lui-même dans le rapprochement américano-cubain annoncé en décembre 2014. Ce fut aussi depuis Cuba qu'a été annoncé le premier volet (judiciaire) devant mener à la signature de la paix entre les Farc et la Colombie… juste après la visite officielle du pape en septembre 2015.
Et si Cuba portait chance au Vatican?

Pierre Granier

Catégorie : Eglise Belgique

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