Prêtre pendant plus de trente ans à Etterbeek, Jean Rabau a été un des grands "promoteurs" du concile Vatican II en Belgique. Il a fêté le 28 juillet ses 70 ans de sacerdoce.
70 ans de sacerdoce pour le chanoine Jean Rabau, voilà qui méritait bien une messe d'action de grâce! Celle-ci a eu lieu le 28 juillet dernier dans la chapelle des Petites sœurs des pauvres, au sein de la maison d'accueil pour les personnes âgées (que cette congrégation a ouverte dans le quartier des Marolles il y a plus de 150 ans!) dans laquelle l'ancien prêtre d'Etterbeek vit depuis octobre 2010.
Lors de cette messe présidée par Mgr Kockerols, évêque auxiliaire de Bruxelles, le père Rabau n'était pas le seul à être fêté puisque l'on célébrait également les 60 ans de sacerdoce de l'abbé Fabio Bassi et de l'abbé Jules Jusnot, également résidents du home.
"Rien de tel qu'une paroisse!"
Né à Alost, le 13 décembre 1917, Jean Rabau a été ordonné prêtre le 27 juillet 1941, dans la cathédrale de Malines, alors qu'il n'avait pas encore 24 ans... En cette époque troublée par la guerre, les vocations religieuses étaient abondantes. "Nous étions très, très nombreux ce jour-là", confirme, dans un beau sourire, le chanoine. Dans la foulée de son ordination, il passa ses trois premières années comme professeur au collège Sainte-Marie, à Schaerbeek. Ce licencié en philosophie, lettres et histoire enseigna aux élèves de troisième humanités "un peu de tout" comme il se plait à le dire. Après quoi, Jean Rabau rejoindra le cardinal Van Roey pour être son cérémoniaire, et devint chanoine honoraire en 1953. Il ne quitta cependant pas l'enseignement puisqu'il fut aussi à cette époque professeur de liturgie au Grand Séminaire de Malines. Il publiera d'ailleurs un recueil de notes doctrinales intitulé "La Messe", en 1959.
Puis le chanoine aspira à une vie au milieu des fidèles. Passionné par le Concile Vatican II, il demanda alors au cardinal Suenens à devenir curé pour en appliquer les principes dans une communauté paroissiale. "Rien de tel qu'une paroisse! C'est si beau", se plait-il encore à dire aujourd'hui.
L'archevêque accéda à sa demande en le nommant, en 1966, curé de Notre-Dame du Sacré-Cœur, à Etterbeek. Il y arriva plein d’idées nouvelles sur la responsabilité de tous les chrétiens, sur la coresponsabilité, sur la nouvelle liturgie et bien d’autres choses. Des idées mises en pratique au cours des trente années qu'il passa dans cette paroisse, puisque le père Jean fut à la base de la création de nombreux mouvements, groupes et équipes de réflexion, de partage, de prière, d’annonce de l’Évangile, de catéchèse, de liturgie et d’animation. C’est aussi sous son impulsion que fut créée toute la pastorale et la vie des quartiers.
Amour et prière
"J'étais un prêtre comme les autres, sans rien de spécial", dit-il pourtant en toute humilité, presque gêné que l'on s'intéresse ainsi à lui. "Il faut aimer les gens, encore et encore", ajoute-t-il avant d'être gagné par une petite vague d'émotion.
Un amour qui lui semble bien rendu. Beaucoup de ses anciens paroissiens, en particulier les membres des groupes de prière qu'il avait constitués, viennent encore le voir. Certains sont même venus de Mons pour se confesser auprès de lui.
Jusqu'à l'an passé, le père Jean vivait de manière autonome. À la suite d'une chute qui l'a rendu invalide, il a demandé à s'installer chez les Petites sœurs des pauvres où il était venu présider une retraite quelques années auparavant.
S'il l'audition est très faible, si les jambes ne le portent plus et si la mémoire lui joue des tours, le chanoine reste néanmoins un homme dans le présent, qui continue à concélébrer.
"J'ai aujourd'hui une reconnaissance immense pour le Seigneur. Il a tout fait", confie-t-il, des larmes dans les yeux.
Pierre GRANIER


