Samedi 10 octobre, un double attentat a fait plus de 100 morts et plusieurs centaines de blessés lors d'une manifestation pacifiste dans la capitale turque. Trois jours de deuil national ont été décrétés, mais la Turquie se déchire déjà pour identifier les coupables.
Le bilan de cette attaque meurtrière est, hélas, encore provisoire. Mais, à trois semaines des élections législatives anticipées du 1er novembre, les discussions portent sur les responsables présumés de ce qui est l'attentat le plus meurtrier jamais perpétré sur le sol turc. Même si l'émotion est grande et la tristesse de mise, alors que les premières victimes ont été inhumées, la recherche des responsables est devenue un sujet politique de premier plan.
Selon le gouvernement turc, l'Etat islamique (EI) serait le principal suspect de ce double attentat, mais plusieurs voix dans l'opposition turque accusent le gouvernement d'être impliqué dans cette attaque.
Le chef du gouvernement turc a confirmé que deux kamikazes étaient à l'origine de l'attentat-suicide d'Ankara. Un des auteurs présumés de l'attaque de samedi pourrait être un proche du kamikaze de l'attaque suicide qui avait visé des pro-kurdes à Suruç, près de la frontière syrienne, le 20 juillet dernier. Ce qui confirmerait la piste de l'EI comme coupable. D'autant que la Turquie est partie prenante à la coalition internationale qui lutte contre l'EI en Syrie, notamment.
Un gouvernement pointé du doigt
Le gouvernement dirigé par Ahmet Davutoglu n'a pas exclu pour autant la piste des rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ou Front révolutionnaire de libération du peuple, un groupe kurde d'extrême gauche. Considérées comme ennemis historiques du gouvernement, ces organisations constituent aux yeux de ce dernier, des suspects potentiels d'autant que l'aviation turque poursuit ces frappes contre les indépendantistes kurdes. Toutefois, les observateurs avertis ne pensent pas à cette éventualité dans la mesure où les forces kurdes ont annoncé la suspension de leurs opérations jusqu'aux élections législatives après l'attentat de samedi dernier.
Une chose est sûre: la méfiance à l'égard du gouvernement turc et du parti du président Erdogan, l'AKP, reste de mise et les thèses officielles ne font pas l'unanimité. Pour une partie de l'opposition, le gouvernement d'Ankara pourrait même être à l'origine du double attentat. C'est en tout cas la thèse du parti pro-kurde HDP, dont la candidate aux législatives pour la capitale a perdu la vie dans les attentats.
Enfin, d'autres accusent l'Europe d'avoir une part de responsabilité dans le chaos politique actuel en Turquie, dans la mesure où l'Union européenne (UE) "a abandonné la Turquie qui ne pouvait seule faire face à l'arrivée de plus de deux millions de Syriens." Certains observateurs pensent que "l'UE veut que les Kurdes soient en première ligne contre les djihadistes de l'EI, mais elle les a abandonnés, tout comme elle a abandonné les journalistes et les défenseurs des droits de l'homme qui tiraient la sonnette d'alarme."
François: "un acte vil et barbare"
Dimanche, le pape François a évoqué l'attentat survenu la veille à Ankara. Assurant prier pour les victimes et pour tout le peuple turc, il a demandé à Dieu d'accueillir les morts et de soutenir les blessés et les familles. François a d'ailleurs fait parvenir un télégramme officiel de condoléances au chef de l'Etat turc, Recep Erdogan, dans lequel il déplore "un acte vil et barbare".
J.J.D. (Avec agences)

