À l’aube du 10 mai 1945, juste après les premières attaques allemandes, les autorités belges sur le territoire non occupé ont interné plus de 1.500 personnes censées être de potentiels ennemis de l’Etat.
"Il était normal que des Allemands ou Hongrois – alliés de l’Allemagne nazie – et des fascistes flamands ou des Rexistes soient internés, car ils auraient pu devenir une cinquième colonne", a estimé le conservateur Herman Van Goethem (photo) à l’occasion du 59e pèlerinage national à la Caserne Dossin à Malines. "Les Anglais ont d’ailleurs fait pareil et immédiatement interné tous les fascistes britanniques".
"Mais ce qui bien plus est étonnant, c’est que les autorités belges ont par la même occasion également arrêtés de milliers de réfugiés juifs et les ont mis dans les mêmes wagons que ces fascistes belges et allemands pour les déporter vers la France. Pire encore, tandis que les fascistes pouvaient rentrer victorieux après la capitulation belge fin mai 1940, les réfugiés juifs concernés sont restés enfermés dans des camps français dans des circonstances inhumaines pendant deux ans, avant d’être déportés dès 1942 par le régime de Vichy vers Auschwitz-Birkenau, Majdanek et Sobibor pour y trouver la mort.", poursuit le conservateur de la caserne Dossin.
Herman Van Goethem vient de consacrer un ouvrage intitulé "Drancy-Auschwitz 1942-1944 – Juifs de Belgique déportés via la France", à la mémoire de "ces 6.000 Juifs de Belgique déportés via Drancy et dont nous devons ajouter les noms à la liste morbide des 26.000 déportés que nous commémorons à la Caserne Dossi", dit l’historien en soulignant que ces réfugiés avaient quitté la Pologne, l’Union soviétique, la Tchécoslovaquie ou la Roumanie au cours des années '20.
Parallèles
Ils étaient cinq cent pour ce 59ième pèlerinage nationale à la Caserne Dossin dimanche 6 septembre. Le directeur général du Mémorial, Musée et Centre de Documentation sur l’Holocauste et les Droits de l’Homme, le Professeur Van Goethem, n’était pas le seul à voir des parallèles avec les milliers de réfugiés qui arrivent en Europe actuellement. Micha Eisenstorg de l’Union des Déportés Juifs de Belgique – Filles et Fils de la Déportation - qui organise ce pèlerinage annuel, a rappelé que "beaucoup de familles juives s’étaient enfuies pour fuir les pogroms en Russie et en Europe de l’Est en espérant trouver une terre d’accueil en Belgique". Quelques mouvements de jeunesse juifs ont l’habitude de faire un réel pèlerinage de Boortmeerbeek à Malines chaque année. "Nous pensons à tous ceux qui ont vécu cet enfer, qui ont chaque jour appelé l’espoir, qui ont été humilié, gazé, brûlé ou victimes de traitements inhumains infligés par d’autres hommes", ont déclaré deux étudiants Jeremy Skrowonek et Noa Kawa. "À la tristesse, se mêle l’incompréhension. Comment un homme peut-il faire cela à un autre homme ? Comment des maris, des pères, des personnes ayant une famille sont-ils capables de détruire d’autres familles ?" Pour terminer avec une germe d’espoir : "Nous, jeunesse pleine de vie, nous sommes le cri de vie de nos ancêtres, leur victoire".
Benoit Lannoo
© Photo: Jérusalem Piérard

