Depuis ce mercredi 1er juillet, l'Etat grec est en arriéré de paiement de 1,5 milliard de dette à l'égard de ses créanciers (UE, BCE et FMI). Avec une fébrilité et une confusion certaines, les ministres des finances de la zone euro tentent de trouver un compromis "in extremis" avec le gouvernement d'Athènes, à quelques jours du référendum prévu en Grèce dimanche prochain. Un référendum dont on ne sait plus avec certitude s'il se tiendra effectivement...
Le Premier ministre grec Alexis Tsipras s'est s'adressé mercredi à la Nation après la publication de nouvelles propositions de la Grèce à l'UE, la BCE et le FMI.
"Je suis déçu par l'Europe, qui ne nous donne pas assez de temps pour mettre en place nos réformes. Actuellement, nous sommes face à une catastrophe. Nous maintenons donc le référendum et verrons après le résultat de dimanche", a déclaré Alexis Tsipras, dont les dernières propositions n'ont visiblement pas été acceptées par l'Europe. Le Premier ministre grec appelle au "non" dimanche prochain, lors du référendum, pour un accord "meilleur".
Tsipras a assuré toutefois vouloir "la poursuite des négociations" et n'envisage pas une "sortie de la zone euro". "Nous devons prendre des décisions fermes pour arriver à un accord. Je suis désolé pour les difficultés mais je veux tout faire pour qu'elles ne durent pas trop longtemps", a-t-il encore ajouté.
Tsipras a, durant son discours, toujours tenu à rassurer le peuple grec. "Ni les salaires, retraites et pensions ne seront perdus" a-t-il ainsi conclu.
Dans une lettre adressée aujourd'hui à l'Union européenne, à la Banque centrale européenne et au Fonds monétaire international, Alexis Tsipras déclarait être prêt à céder aux exigences de ces institutions moyennant quelques amendements, additions ou clarifications, selon le Financial Times. Dans cette lettre, le gouvernement grec se dit disposé à accepter la liste des actions prioritaires dressée par les créanciers, dans le document publié sur le site internet de la Commission européenne dimanche 28 juin.
Ce document servirait de base à un accord sur une nouvelle aide financière accordée à la Grèce. Moyennant certains amendements à apporter à ce document, M. Tsipras serait prêt à plier sur les propositions de réformes de la TVA, tant qu'une ristourne de 30% est accordée aux îles helléniques pour compenser leurs désavantages. L'âge de la pension pourrait être reportée à 67 ans en 2022, au lieu d'octobre prochain. Enfin, l'indemnité de solidarité pour les pensionnés les plus défavorisés devrait aussi disparaître plus tardivement.
Une réunion par téléphone des ministres des Finances de la zone euro est prévue ce mercredi à 17h30; les grands argentiers devraient donc se pencher sur cette nouvelle formule mise sur la table.
Angela Merkel ne souhaite pas de "compromis à tout prix"
Conjointement à ces derniers événements, la chancelière allemande Angela Merkel a fermement exclu ce mercredi de chercher "un compromis à tout prix" avec la Grèce, qui se bat pour une nouvelle aide, estimant que quoi qu'il arrive, "l'avenir de l'Europe n'est pas en jeu". Pour Mme Merkel, il ne saurait y avoir d'issue dans le dossier grec avant le référendum prévu en Grèce dimanche prochain. Référendum que, de son côté, le gouvernement grec était prêt à suspendre en cas d'avancées dans les négociations.
Ce référendum, "nous pouvons l'attendre calmement car l'Europe est forte", précisant que l'enjeu n'est pas "que les choses se calment le plus vite possible". "Je veux que nous sortions de la crise plus forts (...) et que nous puissions défendre de manière convaincante nos valeurs dans le monde. (...) C'est de cela qu'il s'agit, pas de divergences sur 400 millions ou 1,5 milliard ou 2 milliards", a-t-elle insisté sur un ton très ferme. La chancelière a ainsi fermé la porte à une solution rapide, au contraire de la France qui l'espère encore.
On apprend par ailleurs aujourd'hui que le Conseil de l'Europe a émis un avis négatif sur la validité de ce référendum. Celui-ci ne correspondrait pas aux "standards" que cette institution a fixés en raison notamment du délai trop court entre l'annonce et sa tenue. "Il est évident que le délai est trop court vis-à-vis de nos standards", a dit Daniel Höltgen, le porte-parole du secrétaire général du Conseil de l'Europe Thorbjoern Jagland, interrogé par l'AFP.
La Grèce en arriéré de paiement
Entretemps, la Grèce s'est enfoncée un peu plus dans la crise. Hier, mardi 30 juin, le pays a été contraint de faire défaut sur sa dette vis-à-vis du FMI après avoir demandé, pour l'heure sans succès, une extension de l'aide financière européenne.
A court d'argent, Athènes n'a pas pu honorer le remboursement de 1,5 milliard d'euros dus au Fonds monétaire international, devenant ainsi le premier pays industrialisé à faire défaut vis-à-vis de l'institution. "Je confirme que le remboursement (...) dû au FMI par la Grèce aujourd'hui n'a pas été reçu", a indiqué le porte-parole du FMI Gerry Rice dans un communiqué. Conséquence immédiate: Athènes est privée d'accès aux ressources financières du FMI et le restera tant qu'elle n'aura pas épuré sa dette envers l'institution qui essuie, elle, le plus lourd défaut de son histoire.
Le volet européen du plan d'aide à la Grèce a comme prévu pris fin ce mardi à 22h GMT, privant le pays de 16 milliards d'euros d'aide de différentes natures (prêts, bénéfices sur les obligations détenues par la BCE, fonds pour les aides).
L'Eurogroupe doit reprendre mercredi après-midi (la réunion a été reportée à 15h30 GMT) pour examiner les propositions d'Athènes qui a demandé mardi un nouveau plan d'assistance financière. Privé d'argent frais des institutions (FMI, UE, BCE) qui l'ont mis sous perfusion financière depuis 2010, le pays ne doit désormais plus sa survie financière qu'à l'aide d'urgence apportée à ses banques par la BCE.
La Grèce avait certes prévenu qu'elle ne rembourserait pas le Fonds monétaire international, qu'elle accuse de "comportement criminel" pour avoir imposé des cures d'austérité drastiques à sa population. Mais les autorités avaient toutefois tenté un ultime recours en tentant d'activer une clause exceptionnelle du FMI, lui permettant d'obtenir un report de son paiement. Le conseil d'administration du FMI a bien commencé à examiner cette requête, mais devra se réunir ultérieurement pour l'approuver ou la rejeter.
Le gouvernement grec a également demandé à l'Eurogroupe de pouvoir conclure avec le Mécanisme européen de stabilité (MES), le fonds de soutien de la zone euro, un accord sur deux ans permettant de couvrir ses besoins financiers, soit environ 30 milliards d'euros, tout en restructurant sa dette, a fait savoir le bureau du Premier ministre Alexis Tsipras.
C.H. (d'après AFP)
Légende photo: le premier ministre grec Alexis Tsipras

