Bruxelles a inauguré ce week-end son nouveau piétonnier. Dimanche, l'heure était encore aux festivités, mais ce lundi matin, l'ambiance était tout autre avec des milliers d'automobilistes bloqués dans les files.
Ambiance de fête dimanche, à grand renforts d'animations en tous genres, et gros succès de foule pour fêter l'agrandissement du piétonnier bruxellois. La police de Bruxelles estime qu'en fin de journée, environ 100.000 personnes avaient arpenté hier le nouveau secteur élargi aux boulevards du centre, en particulier entre la place De Brouckère et la place Fontainas. Autant dire que la centaine de personnes qui s'étaient également rassemblées pour protester contre l'emplacement de ce piétonnier et du plan de circulation ont été largement mis en minorité. Ce qui ne veut pas dire que leurs craintes soient infondées. En procédant à l'inauguration symbolique d'un pot d'échappement de 4 mètres, accompagnée d'une musique faite de bruits de voitures, les membres de la Platform Pentagone ont voulu alerter l'opinion publique sur les conséquences de ce piétonnier sur le trafic automobile qui va se répercuter ailleurs. L'inquiétude est en particulier très vive pour les habitants qui sont en bordure du nouveau piétonnier. La Platform Pentagone a d'ailleurs fait circuler une pétition pour demander à revoir de manière réfléchie le projet en impliquant davantage les habitants et les commerçants des rues concernées.
La désillusion à la rentrée?
Avec l'arrivée des vacances, Bruxelles se trouve délestée naturellement d'une bonne partie des navetteurs. Qu'en sera-t-il à la rentrée, s'interroge la Platform Pentagone? Pour l'un de ses membres, l'engouement va vite faire place à la désillusion lorsque la circulation va reprendre un rythme plus soutenu au mois de septembre. La Platform Pentagone dénonce en outre la diminution de l'offre des transports en commun qui résulte du projet ainsi que la construction de nouveaux parkings à proximité, qu'elle qualifie d'aimants à voitures. Selon elle, il aurait fallu créer des parkings de dissuasion à l'entrée de la ville à proximité des transports en commun.
Si l'on s'en tient aux perturbations de ce premier matin, il y a de quoi être inquiet en effet. De fait, de nouvelles artères de la capitale se sont retrouvées engorgées et les répercussions allaient bien au-delà de la nouvelle zone de circulation. Bon nombre d'automobilistes se plaignaient d'avoir perdu plus d'une heure dans les rues avoisinant le centre piétonnier, et ce malgré la nouvelle signalisation mise en place pendant la nuit par les employés de la ville de Bruxelles. Même les chauffeurs de taxi avaient du mal à trouver leur chemin et les chauffeurs de bus leur terminus… Mais selon la police, il n'y avait pas plus d'embouteillages dans Bruxelles qu'un lundi normal. Bref, pas de quoi entamer la détermination du bourgmestre Yvan Mayeur, et du ministre bruxellois de la mobilité, Pascal Smets qui se réjouissent que l'espace public ait été rendu aux Bruxellois et d'avoir vu ces derniers avec le sourire aux lèvres.
Rendez-vous donc à la rentrée pour une appréciation plus objective de l'initiative dont on peut louer la philosophie mais qui constitue un pari risqué en matière de mobilité globale. A moins que ne soit décidé parallèlement un renforcement spectaculaire de l'offre en transports en commun.
MVL/PG
légende photo: ce à quoi pourrait ressembler le nouveau boulevard Anspach...
