Marguerite Barankitse, qui est depuis plusieurs semaines sur la liste noire du gouvernement burundais, a dû quitter le continent africain pour raison de sécurité. Elle témoignait ce jeudi 25 mai lors d'une conférence de presse à Bruxelles.
"C'est la première fois que je porte de longues tresses", raconte Maggy Barankitse avec humour. Celle qui est devenue la maman de plusieurs milliers d'orphelins au sein de Maison Shalom a dû se déguiser, avec lunettes de soleil et coiffure inhabituelle, pour embarquer clandestinement vers l'Europe. Le 14 juin dernier, elle a appris qu'un mandat d'arrêt avait été lancé contre elle. Motif officiel: avoir incité à manifester, mais aussi avoir prêté une ambulance pour transporter des manifestants blessés vers le Rwanda. A contrecœur, elle a quitté ses différentes habitations provisoires au Rwanda, puisque sa sécurité n'était plus assurée. Elle garde dans son cœur cette recommandation des enfants orphelins dont elle s'occupait au Burundi: "Maman, pars… Tu seras notre voix!"
Cette voix, tour à tour souriante et émue, a témoigné devant les journalistes de la situation du Burundi. Une description devenue précieuse puisque les médias burundais sont contraints au silence à l'exception de la radio-télévision nationale sous contrôle du président. Alors, ses contacts sur place tiennent Maggy Barankitse informée. Des familles l'appellent quand elles sont inquiètes de la disparition de leurs enfants. Ailleurs, les villageois s'étonnent que la nuit, des trous qui pourraient servir de fosses communes, sont creusés. Elle assiste également au réembrigadement des enfants dans les milices burundaises, ces mêmes enfants qu'avec la Maison Shalom, elle avait éduqué. Elle voit poindre les prémisses d'une future guerre ethnique dans son pays. Maggy Barankitse tombe sous le coup de l'émotion: "Quand sa maman (le Burundi) est malade, on ne l'abandonne pas. Ceux qui tiennent à elle devraient l'entourer d'affection et de tendresse."
Le monde doit se réveiller
Puisque Marguerite Barankitse a dû s'éloigner de sa région de cœur, elle voudrait réveiller la conscience européenne. A la diaspora burundaise, elle lance ce cri d'alarme: "soyez nos ambassadeurs". Inquiète de ce que l'attention occidentale se focalise sur l'anticonstitutionnalité du troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, Marguerite Barankitse insiste: "Sans le vouloir, le président a réussi à unifier le peuple… contre lui! Il n'a pas affaire à des Tutsis ou des Hutus, mais à des Burundais." On retrouve bien là l'apôtre de la paix et de la réconciliation, cette femme au grand cœur qui a ouvert sa porte à près de 50.000 enfants. Ces mêmes orphelins qui, devenus grands, ont repris le flambeau des activités que Maggy et ses collègues ne peuvent plus entreprendre, pour des questions de sécurité.
Anne-Françoise de Beaudrap
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