Le "Jesuit Refugiee Service – Belgium" vient de présenter les résultats spécifiques à la Belgique de la recherche européenne DEVAS. Celle-ci avait pour objectif d’identifier les facteurs qui accentuent ou atténuent la vulnérabilité des demandeurs d’asiles et migrants irréguliers. Cette enquête confirme que la détention a un impact extrêmement lourd sur la santé des demandeurs d’asile et des migrants qui y sont soumis. Elle les atteint dans leur dignité.
"Je me sens mal. Je revis toutes les choses terribles pour lesquelles j'ai dû fuir, encore plus intensément depuis que je suis dans le centre. Je ne sais pas ce qui va se passer, j'ai peur de devenir complètement fou et de faire des choses stupides, comme de me faire du mal. Tous les jours, je pense que cela va être une bonne journée, mais à la fin, rien ne change. Je meurs à
petit feu ici." Ces paroles ont été recueillies au cours d’un entretien avec une personne détenue dans un centre fermé en Belgique dans le cadre de la recherche DEVAS (Detention of Vulnerable Asylum Seekers), lancée en 2008 par le JRS, en collaboration avec le Fonds européens des réfugiés. Au total, près de 700 entretiens ont été menés dans 21 pays de l'Union européenne. En juin 2010, le JRS-Europe avait présenté un rapport global européen (disponible sur www.jrseurope.org). Le JRS-Belgium publie aujourd'hui un rapport qui présente les enseignements spécifiques à la Belgique que l'on peut tirer de cette enquête (en ligne sur www.jrsbelgium.org).
Détenus sans avoir commis de délits
La première conclusion qu’on peut tirer des entretiens réalisés est que la détention n’est pas une mesure bénigne. Qu’ils considèrent positivement ou non l’environnement du centre, qu’ils se disent ou non bien informés, qu’ils apprécient ou non les relations avec le personnel, qu’ils se sentent ou non en sécurité dans le centre, les détenus mentionnent sans cesse le fait d’être privé de leur liberté comme leur plus grand problème. Être privé de sa liberté sans avoir commis de délit est choquant. "Quand je suis entré dans le centre, j'ai vu les barreaux, les portes qu'on ferme toujours derrière moi et que je ne peux pas ouvrir. Alors j'ai commencé à comprendre à quel point ma liberté est importante et ce que c'est que d'avoir la possibilité de réaliser ses rêves", témoigne un autre demandeur d'asile.
La toute grande majorité des détenus affirme que la détention a un impact sur leur vie et que cette expérience a été difficile dès le premier jour. Car elle est accompagnée d’une série de conséquences inévitables : interruption d’un projet de vie, sentiment d’être privé de ses droits, perte d’autonomie personnelle, plongée dans un contexte social inconnu et menaçant. La détention a donc un coût humain énorme qui ne peut être balayé d’un revers de la main, ni simplement considéré comme un "mal nécessaire". Or on assiste aujourd’hui à une banalisation de la détention des étrangers : elle semble être devenue un outil "normal" de gestion des flux migratoires. Ce qui préoccupe énormément le JRS.
La détention doit rester une exception
Voilà pourquoi il tient à rappeler que "la détention administrative des étrangers doit rester une exception". "Elle doit être évitée dans toute la mesure du possible et elle devrait même être interdite pour les demandeurs d’asile qui sont déjà rendus vulnérables par leur parcours d’exil", peut-on encore lire dans ce rapport. Le JRS-Belgium formule également toute une série d'autres recommandations concernant la pratique et les conditions de la détention administrative des étrangers en Belgique, comme éviter les pratiques stigmatisantes comme l'usage des menottes ou favoriser les communications des détenus avec leur réseau social.
En conclusion, le rapport invite les autorités belges à mettre en œuvre des alternatives dignes et respectueuses des droits fondamentaux des migrants. Il constate aussi qu’à l’exception des mineurs, accompagnés ou non, pour lesquelles des alternatives à la détention ont été mises sur pied, la Belgique ne dispose d’aucune procédure d’identification des personnes vulnérables préalable à leur mise en détention. (CtB/JRS/PA)
