Au lendemain de ce qui a été présenté comme un putsch, la population burundaise, muselée, voit ses espoirs de démocratie et de respect des accords d’Arusha réprimés d’une main de fer.
«Quand la police nous affronte, nous nous asseyons par terre, les mains en l’air, puis reprenons notre marche. Nous demandons à chacun d’éviter toute provocation. Nos manifestations se déroulent pacifiquement mais certains militaires nous tirent dessus tandis que d’autres nous protègent. Nous sommes dans la désolation totale», lance dans un appel au secours sur Facebook, un citoyen burundais de Musaga. Car il n’y a plus de radios privées: elles ont été détruites ou incendiées les 13 et 14 mai, lors du coup d’Etat avorté, par des inconnus en tenue policière, appartenant, selon certains, à la milice Imbonerakure du parti au pouvoir.
Quant aux journalistes indépendants, la plupart se terrent ou fuient à l’étranger. C’est la panique, certains ont été appréhendés, malmenés ou ont vu leur matériel confisqué.
«On va vous tuer»
Pourquoi y-a-t-il tant de monde dans les rues, manifestant depuis si longtemps contre la volonté du Président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat?
Sans doute les souvenirs de cette guerre longue de dix ans entre Hutus et Tutsis hantent-ils les esprits. Les accords d’Arusha n’y avaient mis fin qu’en 2000, en limitant notamment le nombre à deux mandats présidentiels.
Aujourd’hui, l’inquiétude est sur tous les visages face aux manipulations et aux dérives possibles. «Voici longtemps déjà que nous souffrons de la corruption et du racket. Les fonctionnaires doivent céder un pourcentage de leur salaire au parti au pouvoir. Mais maintenant, c’est bien pire! Depuis le début des manifestations, les gens se voient quotidiennement intimidés via les réseaux sociaux, les applications de messagerie pour smartphone du style whatsapp, ou les GSM: ‘on va commencer à vous tuer’.
Tous les acteurs de la société civile sont touchés, par des menaces personnelles ou sur ceux qui leur sont le plus chers: enfants, famille, etc.
Avec, à la manœuvre, les services du renseignement – «la Sécurité Nationale»-, plus puissants que l’armée, avec deux piliers, l’un chargé des exactions, l’autre, de la désinformation», confie un citoyen de Bujumbura.
Malaise du côté de la Coopération belge, l’un des plus importants sponsors
Lors d’une manifestation récente à Bujumbura, une personne a été assassinée. Les manifestants ont été aussitôt accusés du crime. Place à la désinformation… d’autant que les communications téléphoniques vers l’étranger sont rendues impossibles avec un message récurrent: «vous n’êtes pas autorisé à appeler ce numéro».
La communauté internationale ignore ce qui se passe alors qu’elle finance 80% du budget burundais. «Elle paie les meurtres commis par le régime», lâche une femme révoltée.
Notre pays a soutenu généreusement le développement, les initiatives de paix et de démocratisation du Burundi, à travers la santé, le droit, les médias, la formation de la police, l’organisation des élections... Avec encore une enveloppe de 200 millions d’euros pour son dernier programme de 4 ans, la Belgique détient la palme de l’aide bilatérale. Toutefois, les récents événements mettent à mal le partenariat.
Coup d’Etat, coup monté?
Certains dénoncent une mise en scène et un piège tendu à certains haut gradés de l’armée, appréciés par la population. Avec pour résultats, un renforcement redoutable du pouvoir et une purge au sein de l’armée. Dix-sept putschistes présumés ont été arrêtés et maltraités, selon leurs avocats. Leurs droits à la défense seront-ils respectés? La presse pourra-t-elle s’exprimer… librement? Autant de questions qui inquiètent les autorités belges. En attendant, la seconde tranche du soutien financier aux élections ne sera pas versée.
Quant à la police, haïe par la population, dans l’attente de rapports crédibles, il sera difficile de poursuivre l’investissement après les bavures lors des manifestations (manifestants tués) comme surtout, lors des exécutions arbitraires d’une centaine de rebelles, venus du Congo, à Cibitoke, en décembre dernier. Le mystère reste entier. Les victimes n’ont pas été identifiées, enterrées à la sauvette. Des policiers, des soldats et des miliciens Imbonerakure seraient impliqués.
Traumatisés, les habitants de la région, qui ont vu les horreurs en cascade, n’osent guère ouvrir la bouche. Human Rights Watch a publié un rapport. La Belgique a exigé une enquête, aussitôt refusée par le pouvoir burundais. Elle attend toujours le rapport d’une commission burundaise.
Béatrice Petit
La chanteuse Khadja Nin supplie de venir au secours du Burundi
Ce jeudi, la chanteuse belgo-burundaise Khadja Nin était l’invitée de La Première en radio (RTBF) et du JT de la RTBF à 13h. Elle a voulu attirer l'attention des Belges sur la situation au Burundi, son pays d’origine. Plus qu'un cri de colère, « c'est un cri de détresse », a lancé l'artiste, visiblement très touchée par les événements qui secouent son pays natal.
