Tandis qu'à l'athénée d'Ans, les cours de religion et de morale "fusionnent" durant quinze jours, la Fapeo livre les résultats d’un sondage qu’elle a mené en 2012 au sujet du remplacement de ces cours par un cours de citoyenneté et le SeGEC apporte, lui, quelques précisions supplémentaires.
Dans le contexte actuel de lutte contre la radicalisation des jeunes, l'athénée royal d'Ans, à Liège, fait un premier pas en rassemblant les cours de religion et de morale, qui sont donnés en commun dès ce lundi, et ce pour une durée de quinze jours.
C'est à la demande des élèves que cette initiative, visant plus d'échanges et de dialogue, a été prise. En effet, ceux-ci se sont tous retrouvés ce lundi dans un même local accompagnés de leurs professeurs des différentes confessions, religion catholique, protestante, islamique et morale laïque, afin de mettre en commun leurs idées, leurs attentes, leurs interrogations sur le vivre ensemble et les convictions de chacun.
Et ce n'est pas une première dans cet établissement qui, lors des évènements du 11 septembre aux Etats-Unis, avait déjà suscité ce genre d'initiative citoyenne.
Le sondage de la Fapeo
Selon les résultats d’un sondage mené en novembre 2012 par la Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel (Fapeo) auprès de directeurs, d'enseignants et de parents,
plus de 8 directeurs de l’enseignement officiel sur 10 se prononcent pour la suppression des cours philosophiques existants et pour leur remplacement par un cours d’éducation citoyenne. Une information dont fait écho La Libre ce lundi.
2.810 réponses ont été traitées, dont 2.190 émanaient de répondants de l’enseignement officiel et 510 du réseau libre catholique. Voici les principaux résultats de ce sondage:
- Plus de 5 répondants sur 10 sont pour le remplacement des cours philosophiques. Si 54% des sondés de l’enseignement officiel se disent défavorables à la suppression des cours de religion et morale, ils sont aussi 54% à soutenir le remplacement de ces cours par une formation citoyenne.
- 82% des directeurs sont en faveur d’une suppression des cours de morale et religion et pour leur remplacement par un cours d’éducation citoyenne.
- Les parents, eux, sont un peu plus de 50% à être opposés à la suppression des cours existants. Par contre, ils sont 55% à se montrer favorables au remplacement des cours de morale et de religion par un cours d’éducation à la citoyenneté.
- Lorsque ces chiffres sont décortiqués selon les convictions, la Fapeo remarque que 87% des parents qui se disent athées ou agnostiques soutiennent la création d’un cours de citoyenneté en lieu et place des cours philosophiques, pour 55% des parents catholiques et 8% des parents qui se disent d’une religion minoritaire (protestants, israélites, islamiques, orthodoxes).
- Quant aux profs, 50% des enseignants sondés se disent pour le remplacement des cours de morale et religion par une formation citoyenne, et 46% contre. Ici également, lorsque l’on prend en compte l’appartenance religieuse ou philosophique, les enseignants athées ou agnostiques sont à 82% favorables au remplacement.
- Les Bruxellois sont largement favorables au cours de citoyenneté: 60% des répondants sont pour le remplacement des cours "philo" par une formation citoyenne commune et 44% pour le maintien du caractère obligatoire des cours de morale et religion. En région wallonne, 54% des sondés souhaitent préserver la situation actuelle tandis que 48,8% sont favorables à la création d’un cours de citoyenneté.
- Sur les 510 sondés du réseau libre, 45% sont en faveur du remplacement des cours de morale et religion par un cours d’éducation citoyenne et 49% contre.
La proposition PS – CDH
Ces deux partis souhaitent, dès 2016, remplacer, dans l’enseignement officiel et dès la première primaire, une heure de morale ou de religion par un cours d’éducation à la citoyenneté. Pour le Centre d’étude et de défense de l’école publique, le Cedep, il faudrait même aller plus loin: supprimer, dans l’enseignement officiel, l’obligation de fréquenter un cours de morale ou de religion et rendre ceux-ci facultatifs. Mais pour cela, il faudrait modifier le Pacte scolaire et les deux décrets sur la neutralité dans l’enseignement officiel. Pour le Cedep, cette suppression du caractère obligatoire des cours philosophiques devrait ensuite s’accompagner de la création d’un cours commun d’éducation philosophique, éthique et citoyenne, "donné par des enseignants formés spécialement à ce titre".
La mise au point du SeGEC
En référence au débat qui se tient actuellement, le SeGEC, le Secrétariat général de l’enseignement catholique, tient à donner des précisions quant à ce qui se pratique dans l’enseignement catholique où trois compétences sont abordées dans le cours de religion catholique, à savoir: le questionnement philosophique, le dialogue interconvictionnel et l’éducation à la citoyenneté.
Pour ce faire, des formations sont organisées à l’attention des enseignants, surtout dans l’enseignement secondaire, et qui portent sur les thématiques suivantes:
-Islam et christianisme: Comment penser de concert?
-Comprendre les liens entre religion et violence.
-Pratiquer le dialogue interconvictionnel.
Selon le SeGEC, ces dimensions en lien avec la citoyenneté sont directement travaillées dans le cours de religion; d'où la différence d'approche: dans l’officiel, les élèves sont séparés afin de suivre les différents cours de religion/morale, ce qui est peu propice à la construction du dialogue interconvictionnel et constitue l’argument le plus souvent invoqué pour justifier une réforme. Cette situation ne se retrouve pas dans l’enseignement catholique où, seul le cours de religion catholique est enseigné et où il est conçu comme un lieu de dialogue interconvictionnel et interreligieux.
Il reste encore du pain sur la planche, semble-t-il.
SB/LaLibre/SeGEC


