Demain, le pape François prononcera un discours au Parlement européen avant une seconde allocution devant le Conseil de l’Europe à Strasbourg. Une visite très attendue au cours de laquelle le souverain pontife ne manquera sans doute pas de prononcer des paroles fortes et de rappeler les racines chrétiennes du Vieux Continent.
Le 25 novembre fera date dans l’histoire de l’Europe. Après le discours de Jean-Paul II en 1988, le pape François s’adressera à ce continent. Et cette visite est symbolique à plus d’un titre. D’abord parce que l’Europe célèbre cette année le centenaire de la Première Guerre mondiale et qu’elle a commémoré le débarquement allié qui allait mettre fin à la barbarie nazie, ainsi que le 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin, qui la séparait en deux. Ensuite, parce que François est le premier pape non européen et qu’on est donc curieux du message qu’il prononcera. Car, si le Vieux continent est aujourd’hui unifié, qui connaît encore des soucis, tant sur le plan social qu’économique et même sur celui des conflits. L’Ukraine est en proie à une guerre civile qui provoque des tensions au-delà de ses frontières entre l’Union européenne et la Russie, notamment.
Par ailleurs, c’est bien à tout le continent que s’adressera le successeur de l’apôtre Pierre qui a, jusqu'ici, rarement eu l'occasion de parler de… l'Europe. Tout le continent car il s’adressera d’abord à l’Union européenne et à ses 28 états membres, et ensuite au Conseil de l’Europe. Cette dernière institution est mal connue et souvent confondue avec le Conseil européen. Or, le Conseil de l’Europe est totalement indépendant des institutions de l’UE. C’est la plus ancienne organisation commune en Europe, née en 1949. Elle réunit 47 pays en vertu d’une conception géographique large du Vieux Continent et le Saint-Siège en est membre observateur. A ce titre, il serait intéressant de prêter une oreille attentive à ce qu’y dira François, notamment parce que la Russie fait partie du Conseil de l’Europe et que ce dernier est en quelque sorte la référence qui établit les droits de l’Homme sur le Vieux continent. Fondé sur le socle de la Convention européenne des droits de l’homme, que tout pays doit avoir ratifiée pour devenir membre, le Conseil de l’Europe défend les valeurs humanistes de l’Europe: accès des enfants à la justice, respect de la diversité culturelle… La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), son organe judiciaire, est censée les faire respecter.
Quel(s) message(s) le pape délivrera-il devant ces deux assemblées?
Impossible à dire, même si les sujets ne manquent pas: ouverture aux pays émergents, racines chrétiennes de l'Europe, justice sociale, écologie, crise économique et sociale... Sans doute martèlera-t-il les paroles qui lui tiennent à cœur, notamment sur la place centrale que doit occuper l’Homme dans l’économie, sur le rejet de la "culture du déchet", sur l’importance de "ne pas se laisser voler notre espérance".
François abordera probablement le thème de la paix et de la diversité, source de richesse. N’oublions pas que la devise de l’Union européenne est, à cet égard, très claire: "In varietate concordia" (Unie dans la diversité). Une devise qui, selon la Commission européenne, signifie qu’au travers de l'Union européenne, les Européens unissent leurs efforts en faveur de la paix et de la prospérité, et que les nombreuses cultures, traditions et langues différentes que compte l'Europe constituent un atout pour le continent.
Enfin, si certains députés européens ont déjà fait savoir leur opposition à la venue du pape François dans l’hémicycle strasbourgeois, le président du Parlement, le socialiste allemand Martin Schulz, à l’origine de l’invitation, commente cette venue comme une "contribution au pluralisme du Parlement européen, qui représente les 507 millions d’habitants des 28 Etats souverains européens".
Jean-Jacques Durré
A noter qu'à l'occasion de cette visite, nos confrères de RCF diffuseront trois heures d'émission spéciale de 10h30 à 13h30, depuis les studios du Parlement européen de Strasbourg.
