Ce lundi 8 septembre coïncide avec la journée internationale de l’alphabétisation. A cette occasion, l’asbl bruxelloise Lire et Ecrire organise un rassemblement de 11h à 14h devant la gare de Bruxelles-Central pour défendre le droit d’une alphabétisation de qualité pour tous.
En Fédération Wallonie-Bruxelles, on estime encore aujourd’hui qu’une personne sur dix est analphabète, c’est-à-dire qu’elle éprouve des difficultés pour lire et pour écrire. C’est dans une perspective d'émancipation des personnes et de changement social vers plus d'égalité que l’association Lire et Ecrire se rassemble en cette journée internationale de l’alphabétisation.
L’association bruxelloise organise des formations à l’attention des analphabètes. Les apprenants sont les adultes qui n’ont pas décroché de certificat d’étude de base (CEB) à leur sortie de primaires ou sont des étrangers qui ne connaissent pas le français.
L’alpha a les boules
Cette année, Lire et Ecrire a décidé de dénoncer l’exclusion de plus en plus forte que subissent certaines catégories de personnes qui veulent suivre une formation en alphabétisation. "L ’Alpha a les boules", le slogan de sa campagne de sensibilisation de 2014, met clairement en avant le ressenti de l’association bruxelloise vis-à-vis de notre Etat social. Aujourd’hui, Lire et Ecrire met en garde tout particulièrement contre les politiques d’activation (chômage, CPAS mais aussi au niveau du code de la nationalité) qui ont un impact sur le terrain de la formation d’alphabétisation pour les adultes. "C’est un secteur qui est déjà saturé. Globalement sur quatre personnes qui demandent spontanément d’entrer en formation, une personne n’y trouvera pas de place", explique Sylvie Pinchart, directrice de Lire et Ecrire. "On constate qu’il y a un emballement au niveau des politiques publiques qui cherchent toujours à rendre obligatoire la formation alors qu’il n’y a pas de place", poursuit la directrice. Certaines personnes se retrouveront donc contraintes de suivre une formation qu’elles n’ont pas demandée alors que d’autres, pourtant volontaires, n'entrent plus dans la catégorie prioritaire et ne peuvent en bénéficier.
Une contrainte qui noie de nombreux volontaires
Depuis le nouveau code de la nationalité entré en application l’année dernière, les personnes qui demandent la nationalité belge doivent soumettre leurs connaissances du français ou du néerlandais via des tests d’écriture et de lecture. A côté de cela, le décret concernant les primo-arrivants, pour le moment en discussion, voudrait permettre aux étrangers de suivre des cours de français durant les trois années suivant leur arrivée en Belgique. Mais "on ne dit pas quels moyens vont être mis en place pour ouvrir de nouvelles places en alphabétisation", constate Sylvie Pinchart.
"On manque d’éléments d’évaluation de l’impact de ces politiques d’activation sur les publics faiblement scolarisés. On sait qu’il va y avoir un certain nombre de chômeurs qui vont être exclus du chômage mais nous n’avons pas les statistiques sur la ventilation de ces populations suivant leur niveau de diplôme. On ne sait pas combien de personnes n’ont pas obtenu leur CEB", détaille la directrice. Ces personnes se retrouveront donc, sous contrainte administrative, à suivre des formations qui ne seront pas nécessairement adaptées à leurs besoins. "Il y a un gâchis au niveau des moyens publics", constate-t-elle. "Essayons de réfléchir à la façon d'utiliser ces moyens publics autrement pour accompagner correctement les nombreuses personnes que l’on côtoie quotidiennement sur le terrain et qui sont en recherche de solutions", conclut-elle.
En fédération Wallonie-Bruxelles, environ 300.000 personnes présentent des difficultés de lecture et d’écriture, alors que le secteur n’offre que 16.500 places de formation…
Sophie TIMMERMANS

