Terre sainte : le pape pourra-t-il rencontrer les siens ?


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Terre sainte : le pape pourra-t-il rencontrer les siens ?
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
3 min

Pape et PeresEn Terre sainte, le pape souhaite un voyage œcuménique et "strictement spirituel", cela contentera-t-il les chrétiens locaux? Ambiance et attente à la veille d'un voyage important.

Les chrétiens de Terre sainte sont-ils un peuple discret? "Nous sommes des sans-voix", nous confie un marchand arménien devant les déploiements de la sécurité israélienne qui ne lui permettra pas d'approcher le pape qu'il "aime et admire". "Je ne comprends pas pourquoi ce lundi, lors de la venue du pape à Jérusalem certaines rues seront sous couvre-feu, que nous ne pourrons même pas nous approcher de nos fenêtres, que le pape devra entrer dans une ville déserte nous confie un catholique. Ces conditions sont exagérées. Est-ce parce que l'on veut cacher notre présence au monde alors que nous sommes de moins en moins nombreux ici?"

Nous n'irons pas jusque-là. Les sévères dispositifs de sécurité programmés en Jordanie, à Bethléem ou à Jérusalem sont sensiblement équivalents à ceux déployés pour les dernières visites pontificales. A Jérusalem cependant, l'opération "Soutane Blanche" planifiée par les forces de sécurité, prévoit de déployer 8.000 policiers pour encadrer la visite, de fouiller et même de sceller l'ensemble des magasins proches du parcours du pape. De son côté, le protocole défini par l'Etat d'Israël ne permettra pas au pape de rencontrer longuement une grande foule de fidèles.

"Des dizaines de milliers de croyants qui se réjouissaient de la venue de François ne pourront pas l'approcher, la brièveté de son séjour ne lui permettra pas de rejoindre la Galilée, et la messe à Bethléem à laquelle ils auraient pu se rendre se déroulera sur la place de la mangeoire qui n'accueillera que 10.000 personnes", nous confie une autre chrétienne attristée par la déception de siens.

Pour autant l'envie est là. Des chrétiens d'Egypte feront le voyage jusqu'en Jordanie le samedi soir, quelques chrétiens prévoient, si la sécurité ne déjoue pas leurs plans, une surprise pour le pape dans le centre-ville de Jérusalem, apprend-on d'une source discrète. A Bethléem, des banderoles plus politiques sont déployées sur le chemin du pape, et dans les quartiers chrétiens les drapeaux du Vatican se déploient petit à petit au soleil de l'Orient. "Vous verrez", nous confie encore un frère franciscain, "l'amertume de ces derniers jours disparaîtra bien vite dès l'arrivée de François. L'enthousiasme prendra le dessus."

Un voyage politique?

On aimerait le croire. Pour autant, d'autres questions se posent. Pourquoi le pape a-t-il choisi de réaliser un voyage si bref? Certes, celui-ci a pour objectif de célébrer les cinquante ans de la rencontre entre le patriarche Athénagoras et Paul VI, certes, le programme est dense et avant tout œcuménique, certes, celui-ci sera "strictement spirituel" comme l'a dit le pape lui-même, mais pourra-t-il répondre réellement aux attentes de ce peuple chrétien très isolé aujourd'hui au cœur d'une région où les difficultés politiques gangrènent le quotidien? Que leur dira François pour rasséréner leur foi et leur rappeler que leur place est ici aussi? Certains craignent sa spontanéité légendaire qui pourrait outrepasser les prescrits diplomatiques, d'autres l'attendent, en espérant qu'elle lui permettra de sortir du protocole serré et précis dans lequel il doit s'insérer.

"En définitive le peuple chrétien souhaite avant tout un soutien explicite de sa part, et c'est à l'aune de ce soutien que sera jugé le voyage pontifical", nous confie un prêtre catholique. "N'aie pas peur petit troupeau", telles avaient été les paroles bibliques que Benoît XVI avait eues au Liban en 2012. Quelles seront celles de François?

Bosco d'Otreppe, envoyé spécial à Jérusalem


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