Le premier tour des élections municipales en France s'est caractérisé par une abstention record dont ont tiré profit bon nombre de candidats du Front National. Ce dernier devient à cette occasion la troisième force politique en France. Dans quelle mesure les catholiques ont-ils apporté leur voix à ce parti?
Réalisée en fin d'année dernière, une enquête exclusive publié par le magazine français La Vie révélait comment les catholiques de France perçoivent Marine Le Pen et les idées du Front National (FN). Sa conclusion: les cathos résisteraient politiquement plus que la moyenne à la séduction qu’exerce le parti de Marine Le Pen. Mais c'est moins vrai du côté des plus jeunes.
En fait, selon cette enquête, seulement 7% des catholiques français déclarent se sentir proches de ce parti, (contre plus de 13% parmi la population en général) et ils sont plus nombreux que la moyenne à rejeter la personnalité de Marine Le Pen (66% contre 61%).
Les mêmes crispations identitaires
S'ils votent moins pour le FN en moyenne, c'est parce qu'ils sont largement plus proches de la droite classique que la moyenne des Français (42% contre 20%). Mais sachant aussi que 46% de ces catholiques ne font plus confiance "ni à la droite ni à la gauche" pour gouverner le pays, (soit une hausse de 16 points en un an!), cette partie de l'électorat n'est pas à l'abri de tentations populistes…
Les catholiques partagent ainsi largement les crispations des Français concernant la présence immigrée et la peur de l’Islam et les thèmes sécuritaires, soutenant de plus en plus nettement l’idée de préférence nationale en matière d’emploi. Du coup, c'est leur "credo" en matière économique (ils sont attachés à une économie ouverte, à l'Europe et à l'euro) qui les dissuadent d'un vote FN. Mais aussi leur attachement à la vie. 55% des cathos se déclarent opposés au rétablissement de la peine de mort pour les crimes les plus graves, alors que 53% des Français sont pour.
Fracture générationnelle
Mais il en va différemment avec les jeunes catholiques. Plus réservés face à l’entreprise privée, réticents face à la globalisation, critiques sur le capitalisme, pas particulièrement plus tolérants face à l’immigration, la nouvelle génération semble plus ouverte au discours du Front national. 10% des catholiques pratiquants de moins de 35 ans se sentent proches du FN (contre 1% parmi les plus de 65 ans). Et ils sont 35% à apprécier Marine Le Pen (contre 25% parmi les plus âgés).
La peur de l'inconnu
Pourquoi une telle tentation? Une réponse a été apportée par Mgr Claude Dagens, évêque d'Angoulême. Dans une interview accordée le 29 décembre 2013 au Journal du Dimanche (JDD), l'évêque français, et par ailleurs membre de l'Académie française, met la progression du FN sur le compte de "la peur de l'inconnu". "J'entends de la part du Front national un discours qui ne fait pas appel à des valeurs mais qui fait appel à la peur, peur de l'inconnu, des inconnus, des gens qui viennent d'ailleurs", explique-t-il. Dans cette interview, Mgr Dagens précise que le FN "draine, au nom d'un discours populiste, le discrédit des politiques ordinaires et une volonté de récupération d'un catholicisme intransigeant." Mais l'évêque d'Angoulême ne se résigne pas à ce phénomène. Et de conclure: "A nous de prendre nos responsabilités."
La voix de l'Eglise catholique se fera-t-elle entendre d'ici le deuxième tour? En décembre dernier, les évêques de France avaient publié un message présentant ces élections municipales comme "une chance pour le bien commun", et encourageant les chrétiens à poser leurs candidatures. "Forts de leur humanité, de leur disponibilité, forts aussi, s'ils en sont habités, de leur foi au Christ, ils pourront faire du nouveau, en renversant les mentalités dans le sens de l'amour et de l'Evangile. Au service du bien commun, ils sauront allier aspirations individuelles, justice sociale, démocratie et paix", concluait leur communiqué.
P.G. (avec La Vie et le Journal du Dimanche)
* Etude réalisée auprès d'un échantillon de 7.486 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus et inscrite sur les listes électorales. Au sein de cet échantillon, 495 catholiques pratiquants réguliers (c'est-à-dire déclarant se rendre à un office religieux soit une fois par semaine, soit quelques fois par mois) ont été interrogés.
