Il y a 20 ans jour pour jour, le 27 février 1994, le Belgique inscrivait, sous l’article 23 de la Constitution, le droit au logement. "Chacun a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine. Ce droit comprend le droit à un logement décent", stipulait le tout nouvel article.
En ce 27 février 2014, les regards se tournent sur les progrès réalisés pendant 20 années dans le domaine. Progrès? C’eût été trop beau. Certes les espoirs ne manquaient pas. Nombreux étaient ceux qui pensaient que la situation des personnes qui rencontraient des difficultés allait s’améliorer. Et pourtant, c’est tout le contraire qui s’est passé…
Le logement est en crise et les ménages à revenus modestes en sont les premières victimes. Les politiques mises en œuvre pour leur venir en aide sont bien trop insuffisantes. Certains gardent toutefois une lueur d’espoir. Et quoi de plus symbolique de choisir la date d’aujourd’hui pour faire entendre l’urgence de la situation. Des associations wallonnes, flamandes et bruxelloises, avec l’appui de certains citoyens, d’experts en matière de logement et même certains représentants politiques ont uni leurs efforts pour défendre ce droit.
La fonte symbolique d’une sculpture de glace
A Molenbeek Saint-Jean, dans les jardins de la fonderie, ces associations actives dans la défense en droit au logement ont posé plus tôt dans la semaine une sculpture de glace représentant une maison et une clé. La fonte progressive de la classe symbolise la fragilité du droit à un logement décent. La sculpture était visible jusqu’hier dans la soirée. Aujourd’hui, en ce 20e anniversaire du droit au logement dans la Constitution belge, il n’en reste plus rien… Les associations ont profité de l’événement pour lancer un appel aux représentants politiques des trois Régions et de l’Etat fédéral. Elles demandent notamment la mise en œuvre d’une politique sociale du logement axée prioritairement sur les ménages à bas revenus. Les associations signataires: Rassemblement Bruxellois pour le Droit à l’Habitat , Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté, Solidarités Nouvelles, Vlaams Huurders Platform, Samenlevingsopbouw Brussel, Samenlevingsopbouw Vlaanderen, Brussels Platform, Armoede, Netwerk tegen armoede.
Caritas
Caritas Belgique est elle aussi très active dans la défense du droit au logement. "Chaque personne, quel que soit son pays, a droit à une vie conforme à la dignité humaine et doit pouvoir jouir de ses droits fondamentaux. L'accès à une nourriture saine, à l'eau potable, aux soins médicaux, à l'enseignement, à l'emploi et à un logement décent doit être garanti", écrit la Caritas sur son site Internet. Son organisation comprend un secteur institutionnel qui regroupe des hôpitaux, des maisons de repos mais aussi des services d’hébergement. La Caritas se mobilise en effet pour une meilleure hospitalité et pour un droit au logement.
Sur le terrain, Caritas est impliquée dans l’hébergement des réfugiés et des demandeurs d’asile. Mais pour ses actions futures, Caritas compte élargir ses activités de terrain à d’autres publics. L’ensemble de ses membres entend même faire de cet élargissement une priorité. C’est ce qu’affirme Patrick De Bucquois, le secrétaire général de Caritas Belgique francophone et germanophone. Un élargissement possible malgré ou grâce à un triste constat de la réalité.
« La capacité d’action dont nous disposions pour les demandeurs d’asile, à la fois en termes de logement et d’encadrement, est en train d’être mise à mal par des politiques migratoires restrictives du gouvernement belge. On a donc des logements et des personnes qui ont les compétences d’accompagnement qui sont disponibles,» explique Patrick De Bucquois. Avant d’ajouter qu’il serait « dommage que ces compétences partent à la dérive et ne soient pas utilisées pour d’autres types de publics. »
"Housing First"
Caritas est partisane de la philosophie de "Housing First", qui met l'accent sur le long terme. Elle prône une approche dans laquelle les personnes dans le besoin auraient directement accès à un logement. Une fois logées, ces personnes pourront ainsi être mieux encadrées et recevoir les services nécessaires. "On n’est qu’aux balbutiements de cette approche mais elle représente notre ligne de conduite", a souligné le secrétaire général. "On n’essaie pas de faire du bricolage", rajoute-t-il. "C’est à partir de la confiance d’un milieu de vie dans lequel les personnes se sentent bien qu’on pourra faire un travail d’intégration sérieux. »
De beaux objectifs que Caritas espère pouvoir atteindre le plus rapidement possible. Le fait de sensibiliser les gens à ce concept sur le long terme de "Housing First" est déjà une victoire. "Une fois que les gens sont convaincus, la réalisation ne sera plus qu’une formalité."
S.T.

