La commission Justice et Affaires sociales a entériné ce mercredi la proposition de loi relative à l’euthanasie des mineurs. Le texte, qui ne fait pas l’unanimité, ouvre la voie à de nombreux abus.
Il y a en réalité plus d’une vingtaine de propositions différentes, mais toutes concernent l’euthanasie des mineurs . En réalité, comme dans tout dossier sensible, les partis surveillent la situation de près et veillent à ce que les différents projets atteignent un consensus. Echec dans ce cas, puisque plusieurs partis ont exprimé leur profond trouble sur le plan éthique.
Un peu plus de dix ans après la dépénalisation de l’euthanasie en Belgique, cette nouvelle loi ouvre la porte à de nombreux abus éventuels. Et surtout, elle pose à nouveau question sur le plan éthique.
Abus car on change la destination même du métier de soignant: il ne s’agit plus de tout faire pour guérir le patient, mais de disposer de la vie d’une personne.
De plus, elle ne modifie en rien la "Commission fédérale de contrôle et d’évaluation de l’euthanasie", qui ne peut pour l’instant contrôler que les médecins qui se dénonceraient eux-mêmes pour violation de la loi.
Réaction de tristesse et mise en garde des chefs religieux
Peu après le vote en commission, les responsables des grandes religions en Belgique ont fait part de leur tristesse et déploré la banalisation de la mort et l’abandon des soins palliatifs dans un communiqué commun. "Nous partageons l’angoisse de parents si un enfant arrive à une fin de vie prématurée et, particulièrement quand il souffre. Nous croyons cependant que les soins palliatifs et la sédation sont une manière digne d’accompagner un enfant qui meurt de maladie. Des médecins praticiens, oncologues ou intensivistes, nous l’ont clairement affirmé. Ecoutons-les. Nous plaidons pour un arrêt de l’acharnement thérapeutique et pour le remplacement des soins curatifs par des soins palliatifs", écrivent-ils. et le communiqué de poursuivre: "Nous croyons que nous n’avons pas le droit de laisser un enfant souffrir : c’est pourquoi la souffrance peut et doit être soulagée. La médecine en a les moyens. Ne banalisons pas l’acte de donner la mort alors que nous sommes faits pour la vie. Aimer jusqu’au bout demande un immense courage, Mettre fin à la vie est un acte qui non seulement tue, mais détruit un peu plus les liens qui existent dans notre société, dans nos familles, en proie à un individualisme grandissant".
Pour rappel, les chefs religieux de Belgique - le Grand Rabbin de Bruxelles Albert Guigui, le chanoine Robert Innes, président du Comité Central de l’Eglise Anglicane en Belgique, Mgr André-Joseph Léonard, Archevêque de Malines-Bruxelles et président de la Conférence Episcopale de Belgique, M. Geert Lorein, président du Synode Fédéral des Eglises Protestantes et Evangéliques de Belgique, le Métropolite Panteleimon Kontogiannis, Exarque du Patriarcat Œcuménique de Constantinople (Eglise Orthodoxe) et M. Semsettin Ugurlu, président de l’Exécutif des Musulmans de Belgique - avaient déjà attirer l'attention sur les dangers du projet, par un premier communiqué commun publié le 6 novembre et... totalement occulté par la presse généraliste !
Rappelons qu'hier soir, onze personnes – dont un prêtre bruxellois – ont été arrêtés pour avoir exprimé silencieusement leur mécontentement devant les grilles du parlement.
Les malades d’Alzheimer en sursis
Mais on pense déjà à la prochaine extension de la loi. Le sénateur MR Jacques Brotchi promet de faire figurer les personnes atteintes d’Alzheimer dans la prochaine étape. Quant à Ecolo, il avance aussi ses propositions pour la prochaine réforme de la loi. Les très jeunes enfants devraient aussi pouvoir "bénéficier" de l’injection létale, selon les écologistes.
Enfin, si les personnes souffrant de douleurs psychiques ne sont plus concernées par l’actuelle mouture de la loi; il faut savoir que la douleur psychique a déjà été reconnue comme douleur insupportable et inapaisable, entrant donc dans les critères de la loi précédente du 28 mai 2002.
Reste maintenant les dernières étapes avant l'adoption de la loi par le Parlement. Mais, il faut rester attentifs surtout concernant les malades d’Alzheimer, les très jeunes enfants et les déficients mentaux . Il ne faudrait qu'ils soient en sursis...
M.B.
Ecoutez l'interview du sénateur Francis Delperée sur La Première : https://www.rtbf.be/video/detail_francis-delperee-cdh-dans-matin-premiere-b-henne?id=1873110
