Premier chef de gouvernement non communiste en Pologne, Tadeusz Mazowiecki est mort lundi 28 octobre à l’âge de 86 ans. Opposant au communisme, ce fervent catholique avait participé à la transition vers la démocratie et l'économie de marché.
Décédé à Varsovie à l'âge de 86 ans, Tadeusz Mazowiecki a consacré sa vie entière à combattre le totalitarisme et l'oppression. Cet intellectuel profondément imprégné des valeurs chrétiennes et démocratiques a été propulsé sur le devant de la scène internationale en août 1989, devenant le premier chef de gouvernement non communiste du bloc soviétique.
Un intellectuel proche des ouvriers
Né le 18 avril 1927 à Plok, ce juriste de formation incarnait l’alliance des intellectuels et des ouvriers, les deux armatures du mouvement de contestation né sur les chantiers navals de Gdansk, lors des grèves de l’été 1980, qui allait conduire au démantèlement du régime communiste.
Mais son engagement en faveur de la démocratie et de la liberté d'expression avait commencé bien plus tôt. Fondateur du Club des intellectuels catholiques, en 1956, et du mensuel "Wiez", en 1958, il est l’un des rares parlementaires de l'époque à dénoncer la répression des manifestations étudiantes, en 1968, et les purges antisémites.
Quand des grèves éclatent en 1980, il rejoint sans hésiter les grévistes emmenés par Lech Walesa et devient chef du groupe d’experts du syndicat Solidarité. Au moment du coup de force du général Wojciech Jaruzelski contre Solidarnosc le 13 décembre 1981, il est interné avec des milliers de militants syndicaux. Une fausse rumeur de sa mort en internement lui vaut des nécrologies dans la presse internationale et une messe à Paris, célébrée par Mgr Jean-Marie Lustiger.
En concurrence avec son ami Lech Walesa
Quand, sept ans plus tard, le régime capitule et recherche une nouvelle répartition du pouvoir, Tadeusz Mazowiecki est l'un des principaux négociateurs de la "table ronde" entre le pouvoir communiste et l'opposition démocratique incarnée par Solidarité. C'est à lui que Lech Walesa fait appel en été 1989 pour diriger le premier gouvernement non communiste. Mais l'ancien régime s'écroule complètement et un président démocratiquement élu doit succéder au général Jaruzelski: Mazowiecki et Walesa deviennent concurrents. C'est finalement ce dernier qui emportera l'élection présidentielle, en 1990, sans doute grâce à son charisme naturel.
Malgré cette défaite, Tadeusz Mazowiecki continue de bénéficier d'une très large estime sur le plan international. Ainsi, au milieu des années 1990, en pleine guerre des Balkans, il se voit confier le poste de rapporteur de l'ONU pour les droits de l'homme dans l'ex-Yougoslavie. Mais il démissionnera, dans un aveu d'impuissance, après le massacre de musulmans bosniaques par les milices serbes à Srebrenica en juillet 1995.
Opposé à toute forme de chasse aux sorcières
Pétri de la lecture d'Emmanuel Mounier et de Jacques Maritain, ce sincère croyant, partisan en 2005 de l'inscription des racines chrétiennes de l'Europe dans le préambule de la Constitution européenne, a cherché toute sa vie à concilier religion et action politique. Ainsi, s'est-il opposé à toute forme de chasse aux sorcières, dont lui-même a souffert sous les communistes. Partisan de la réconciliation, il perd même, en 2007, le poste honorifique qu’il occupait pour avoir refusé de respecter la loi obligeant les élites à remplir des déclarations sur leur passé communiste. Avec lui, le pays a perdu "l’un des pères de la liberté et de l’indépendance", a déploré le ministre des affaires étrangères polonais, Radoslaw Sikorski, lundi 28 octobre.
Pascal ANDRE (avec La Croix)
