UE-USA : vers un accord commercial bilatéral ?


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UE-USA : vers un accord commercial bilatéral ?
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
4 min

Après l’échec des négociations multilatérales au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’Europe et les Etats-Unis ont entamé, ce lundi 8 juillet à Washington, des négociations en vue d’arriver à un accord commercial transatlantique. Pourtant, c’est au niveau de la planète qu’il faut viser à un réel accord qui replace l’humain au centre.

Les discussions commerciales entre les Européens et les Américains ont donc débuté ce lundi 8 juillet, malgré le climat de tensions entre les deux rivages de l’Atlantique dues aux révélations de ce qu’on appelle « l’affaire Snowden, du nom de cet ancien consultant de l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA). Il a affirmé détenir des informations sur le programme américain de surveillance des communications.

Malgré ce « couac » sérieux dans les relations Europe-USA, les négociations sur un accord de libre-échange restent prioritaires car, si elles aboutissent, elles pourraient faire gagner de la croissance aux deux blocs économiques, selon les spécialistes. A un moment où le Vieux continent ne parvient pas à sortir de la crise, voilà qui fait réfléchir.

Les négociateurs passeront en revue les différents tarifs douaniers appliqués entre les deux zones économiques. La moyenne de ces tarifs est basse – de 2 % à 3 % –, mais cache des pics tarifaires importants, par exemple pour le fromage, le chocolat, les confitures, le textile, les turbines ou la construction ferroviaire. L’accord permettra également de rapprocher les réglementations.

L’aveu d’un échec

Après une première semaine de tractations, les deux délégations se réuniront tous les deux mois, en alternance en Europe et aux États-Unis. L’objectif est de parvenir à un accord de libre-échange d’ici à deux ans. Avant la négociation avec les Américains, les Européens se sont mis d’accord sur un mandat, basé sur des « lignes rouges » à ne pas dépasser, ce qui laisse une marge de manœuvre au commissaire européen, le Belge Karel De Gucht. Les États membres de l’Union européenne seront tenus informés chaque semaine de l’avancement des négociations au cours de la réunion du Comité de politique commerciale.

Rappelons que le principe de cette négociation a été décidé à la fin 2010, lors d’un sommet entre l’Europe et les États-Unis. L’idée était d’encourager la sortie de la crise économique, en facilitant les échanges entre ces deux blocs qui représentent 40 % du PIB (produit intérieur brut) mondial. Des estimations indiquent qu’un accord transatlantique pourrait faire gagner jusqu’à un point de croissance aux deux parties.

Mais, la mise en place de ces négociations bilatérales est aussi l’aveu d’un échec, à savoir c elui des négociations commerciales multilatérales, menées au sein de l’Organisation mondiale du commerce, lancées il y a douze ans ! Depuis 2001, aucun accord n’a pu être conclu, faute d’une unanimité nécessaire. En réalité, ce sont les nouvelles puissances économiques émergentes comme l’Inde et la Chine, qui redoutent que la mise en place d’accords commerciaux à l’échelle de la planète leur fasse perdre des parts de marchés, ce qui pourrait nuire à leur niveau de développement

Repenser l’économie et le commerce

Voilà qui relance un vieux débat : quelle attitude adopter lorsque l’émergence de pays que l’on qualifiait avant de « pays en voie de développement » affectent nos marchés ? Tant l’empire du Milieu que l’Inde jugent ne pas avoir atteint un niveau de développement acceptable pour assumer leurs responsabilités. Mais qu’entend-t-on par ce niveau « acceptable » ? Il est évidemment difficile à évaluer.

Si des négociations bilatérales permettent d’avancer, il importe plus que jamais qu’au sein de l’O.M.C., les contacts ne soient pas rompus. Car c’est bien d’un accord au niveau de la planète qu’il faut viser, dans un cadre plus général. Il faut avoir le courage de repenser l'économie au profit de l'homme. Cela fait des mois que l’Eglise catholique le dit, tant par la voix du pape émérite Benoit XVI que de son successeur François. Rappelons qu’au début de l’année, la conférence européenne des commissions Justice et Paix Europe a lancé un appel pour une vision à long terme qui mette l’économie au service de la société, pour parvenir à un modèle économique plus juste et plus durable.

J.J.D.


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