Il y a 50 ans, il papa buono rendait l’âme…


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Il y a 50 ans, il papa buono rendait l’âme…
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
5 min

Si la mémoire de Jean XXIII est célébrée le 11 octobre, anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, dans le Martyrologe Romain la date de la mémoire est celle de la naissance au ciel (dies natalis) : le 3 juin… Il y a 50 ans, le 3 juin 1963, le pape Jean XXIII victime d'une hémorragie rendait l'âme, après 55 mois d'un pontificat qui, bien que court, aura néanmoins suscité de grands changements dans l'Eglise. Retour sur la vie du "bon pape"...

Né le 25 novembre 1881, à Sotto il Monte, un village de la campagne de Bergame, en Italie, Angelo Giuseppe Roncalli a grandi dans une modeste famille paysanne de 13 enfants. Son père Giovanni Battista Roncalli et sa mère Marianna Giulia Mazzolla étaient effectivement de simples métayers. Et si le jeune Angelo peut entrer au séminaire à l'âge de 12 ans, c'est grâce à l'aide financière de son oncle et de prêtres de la région, dont l'abbé Giovanni Morlani, propriétaire des terres qu'exploitait sa famille. A 23 ans, après avoir effectué son service militaire et avoir obtenu son doctorat en théologie, il est ordonné prêtre et célèbre sa première messe. Peu de temps après, il est nommé secrétaire de Mgr Giacomo Radini-Tedeschi, nouvel évêque de Bergame, connu pour son soutien au monde ouvrier.

Une carrière de diplomate

Pie XI le fait archevêque en 1925 et le nomme représentant officiel du Saint-Siège en Bulgarie. Pendant neuf ans, il visite les communautés catholiques, qui sont minoritaires dans ce pays, et surtout il apprend, dans ses rencontres avec les orthodoxes, la tâche difficile qu'est l'œcuménisme. En 1934, il est nommé délégué apostolique pour la Grèce et la Turquie, deux pays à la fois très différents et ennemis. Mgr Roncalli réussit, à force de doigté, à calmer la méfiance et l'acrimonie de Kemal Atatürk envers Rome et établit, par ailleurs, des relations d'amitié avec le patriarche Athénagoras.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il parvient à arracher environ 20.000 Juifs aux mains des nazis qui occupent la Grèce, en faisant distribuer des permis gratuits d'émigration vers la Palestine, des certificats de baptême temporaires et des sauf-conduits, ainsi que des vivres et vêtements. Ce qui lui vaudra, après la guerre, d'être reconnu comme "juste entre les nations".

Nonce à Paris

En novembre 1944, il est nommé nonce apostolique à Paris et y trouve une situation extrêmement délicate. Le Gouvernement provisoire de la République veut effectivement que soient destitués une soixantaine d'évêques français qui se sont montrés, à ses yeux, coupables de faiblesse de caractère devant l'occupant. Mgr Roncalli obtient à force de diplomatie, que trois évêques seulement soient amenés à quitter leur siège. Pendant les neuf ans où il est nonce à Paris, il entre en amitié avec des hommes politiques aux idées très différentes des siennes, tels Vincent Auriol ou Édouard Herriot. Robert Schuman et le général De Gaulle le tiennent également en haute estime, appréciant tout particulièrement sa francophilie, sa compréhension tolérante et sa bonhommie teintée d'humour. Créé cardinal en 1953, il est nommé patriarche de Venise, où il manifestera un accueil plein de délicatesse et de bonté envers tous.

Un pape que l'on disait "de transition"

Le 28 octobre 1958, au douzième tour de scrutin pour l'élection du nouveau pape qui doit remplacer Pie XII, c'est le cardinal Roncalli qui est élu, à l'étonnement de tous. Chacun s'accorde à dire qu'à 77 ans, il ne sera qu'un "pape de transition" sans grand éclat, expédiant les affaires courantes. Par ailleurs, le nouveau pape, de petite taille, corpulent, un peu tassé par l'âge, n'a rien de l'allure hiératique de son prédécesseur. Mais très vite, on s'aperçoit que sa physionomie mobile et souriante, ainsi que ses yeux vifs, plaisent à l'opinion publique et aux médias de l'époque. En 1962, le magazine "Times" en fait d'ailleurs "l'homme de l'année".

Dès le début de son pontificat, il met l'accent sur l'aspect pastoral de sa charge. C'et ainsi qu'il est le premier pape, depuis Pie IX, à sortir de l'enceinte du Vatican après son élection. Il visite pauvres, malades et prisonniers, rompt avec la tradition des repas solitaires, recommande à la direction de l'Osservatore Romano de cesser l'usage des superlatifs d'usage pour qualifier le souverain pontife.

L'aggiornamento de l'Eglise

Mais c'est surtout le 25 janvier 1959 qu'il créera la surprise en annonçant sa décision de convoquer un concile œcuménique pour réaliser l'aggiornamento de l'Eglise, c'est-à-dire sa mise à jour, et la mettre en mesure d'annoncer comme il faut l'Evangile aux femmes et aux hommes de ce temps. Il engage également la réforme du Code de droit canonique, datant de 1917.

Une course contre la montre

Jean XXII sait qu'il ne lui reste plus longtemps à vivre. C'est donc une course contre la montre qu'il entreprend, en même temps qu'une lutte contre ses opposants conservateurs. Il se préoccupe aussi du conflit entre les Etats-Unis et l'Union soviétique qui devient de plus en plus pressant. Avec une finesse à laquelle on ne s'attendait pas, il parvient à faire reculer Kennedy et Khroutchev qui étaient à deux doigts d'une guerre nucléaire.

Le 23 septembre 1962, alors qu'il termine sa retraite annuelle, Jean XXIII apprend les résultats de ses derniers examens médicaux. Il est atteint d'un cancer de l'estomac et de la prostate qui lui laissera, au plus une année de vie. Cette nouvelle ne l'empêche toutefois pas d'ouvrir solennellement le concile Vatican II, le 11 octobre 1962. Son discours inaugural fait d'ailleurs sensation. Il met en garde les participants contre la tentation de mutliplier les condamnations et rappelle la perspective œcuménique où doit se placer ce concile, d'esprit essentiellement pastoral.

Un homme de paix

Pendant quelques mois, Jean XXIII va suivre avec une vive attention les travaux du concile, veillant à ne pas intervenir et à laisser les 2.000 évêques mener librement leurs discussions. Mais la maladie progresse et il ne cesse de souffrir. Le 11 avril 1963, il promulgue sa dernière encyclique, "Pacem in Terris". Il y fait l'apologie de la démocratie, affirme que la guerre ne peut être un instrument de justice et préconise que ce soit la loi morale qui régisse les relations entre les Etats. Le 11 mai, il reçoit le prix Balzan pour son engagement en faveur de la paix. C'est sa dernière apparition publique. Victime d'une hémorragie quelques jours plus tard, il meurt le 3 juin 1963, après 55 mois d'un pontificat qui, bien que court, aura néanmoins suscité de grands changements dans l'Eglise.

Visionnez le témoignage de l'abbé Claude Troisfontaines, qui était Place Saint Pierre, à Rome, le jour de l'enterrement de Jean XXIII (vidéo réalisée par les Médias Catholiques) :

Béatifié par Jean-Paul II à l'occasion du jubilé de l'an 2000, il est fêté le 11 octobre, jour de l'ouverture de Vatican II. D'après l'agence I-Media, le pape François honorera la mémoire de jean XXIII le 3 juin avec des fidèles du diocèse de Bergame.

AL/PA

 

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