Cinéma: « To the Wonder »


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Cinéma: « To the Wonder »
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

"To the wonder", le nouveau long métrage de Terrence Malick, est une déclinaison lyrique sur l'amour qui, sans cesse, nous échappe et glisse entre nos mains. Mieux qu'un film envoûtant, une prière en images.

En mai 2011, Terrence Malick, cinéaste rare et secret, remportait la Palme d'or du Festival de Cannes avec "The Tree of Life". Un an et demi plus tard, "To the Wonder" laissait complètement de marbre le jury de la Mostra. Un accueil glacial, qui, avec le recul, ne manque pas d'étonner, surtout quand on voit la puissance et la beauté abyssales qui se dégagent de ce long métrage, probablement l'une des œuvres les plus lumineuses du réalisateur américain. Les membres du jury SIGNIS (*) ne s'y sont heureusement pas trompés, puisqu'en marge du Festival du film de Venise, ils lui ont décerné le premier prix, tant pour ses qualités visuelles que pour le message qu'il véhicule.
Et on les comprend sans peine: cinéaste de l'instant et du fugitif, Terrence Malick possède une telle expérience de la vie et de l'être humain que le regard qu'il porte sur le monde est presque toujours déchirant de justesse. Ce ne sont d'ailleurs plus des films qu'il fait, mais des poèmes. Libre à chacun d'aimer ou non, bien sûr, mais il faut au moins lui reconnaître cette extraordinaire capacité à traduire l'indicible, voire l'invisible, par des moyens purement cinématographiques (fluidité du montage, enchaînements virtuoses, mouvements de caméras aériens…). Rares, en effet, sont les cinéastes qui, comme lui, parviennent à rendre compte d'émotions ou d'états aussi insaisissables que le bonheur, l'érosion du temps, l'ennui, le doute, le désir, le manque ou encore la mélancolie.

Un flux permanent

Si l'œuvre de Terrence Malick semble traversée d'un flux permanent, c'est parce que, chez lui, rien n'est jamais arrêté. Jusqu'au montage, il ne cesse d'interroger son propre ressenti, d'approfondir sa réflexion, de remettre en cause ou en perspective. Raison pour laquelle, sans doute, il compose toujours avec les éléments les plus fluides de la nature: le vent, la tempête, l'eau, le ciel, le soleil… Ceux-ci faisant finalement autant partie du drame que les pensées et les actes des personnages.
Le récit, quant à lui, est ténu et servi sans linéarité: un homme, une femme et sa fille, l'amour et l'engagement; le doute et la faute. Avec, en contrepoint, deux autres personnages notables: une deuxième femme, ancienne connaissance de l'homme, marquée par la perte d'un enfant, et un prêtre confronté à son incapacité à aimer autant qu'il le voudrait. Oui, "To the Wonder" est bien une œuvre sur ce commandement qu'est l'amour. L'amour de l'autre, l'amour de la création, l'amour de Dieu. L'amour "tout donné" et cependant vécu dans le retrait, la peur, l'indécision, la tiédeur, l'incomplétude. "J'aime ce sentiment, même s'il me fait souvent pleurer", dit un des personnages. "Tu es présent partout et pourtant, je ne te vois pas", s'accable un autre. "Quel est cet amour qui nous aime, qui vient de nulle part, de tout autour ?" s'interroge encore une autre voix.

Entre les lignes

La pesanteur et la grâce… Ainsi pourrait-on décrire la tension qui habite tous les films de Terrence Malick, et plus particulièrement celui-ci. Car, après avoir plané entre terre et ciel, au Mont-Saint-Michel, Marina (Olga Kurylenko) et Neil (Ben Affleck) sont bien obligés de reprendre le cours de leur vie, avec tout ce que celle-ci peut comporter de monotonie et d'ennui, de questions et de doutes. Tout comme le père Quintina, un prêtre catholique joué par Javier Bardem, qui, bien que s'acquittant de sa tâche, commence à douter de sa foi, face à la misère des gens qu'il rencontre. Ainsi, chaque instant suspendu finit toujours par déchoir, plongeant le spectacteur dans une sorte d'intranquillité, qui, bien qu'inconfortable, n'en demeure pas moins notre lot commun.
Un film à voir, donc, à condition d'être capable d'abandon, car ici, tout se lit entre les lignes et se vit au-delà des mots.

Pascal ANDRÉ

(*) SIGNIS, l'Association Catholique Mondiale pour la Communication, créée il y a plus de 80 ans, est active dans plus de cent pays du monde.

 

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