Le Jury œcuménique 2013 du Festival de Cannes a attribué samedi 25 mai, son Prix au dernier film du cinéaste iranien Asghar Farhadi, "Le Passé". Sous forme de thriller, le réalisateur montre la vie d'une famille recomposée, où les secrets de chacun et la complexité des relations se dénouent peu à peu. Un film dense, profond et attachant qui illustre bien ce verset : "La vérité vous rendra libres" (Jean 8:32).
Dans le casting, une actrice de talent, révélée dans "The Artist", Bérénice Bejo. Le prix d'interprétation féminine du 66e festival de Cannes a d'ailleurs été décerné dimanche 26 mai à cette franco-argentine pour son rôle de mère déchirée dans "Le Passé" d'Asghar Farhadi.
Quant à l'histoire, elle est celle d'une femme qui a eu trois hommes dans sa vie. Elle a une fille adolescente de son premier mari, Ahmad, elle prépare son divorce avec le second, qui revient d’Iran pour cela, elle est enceinte du troisième (Tahar Rahim). Celui-ci est lui-même marié et a un petit garçon, mais sa femme est depuis huit mois dans le coma. Trois enfants se trouvent pris dans ce maelstrom de situations et de sentiments. Lors de son bref séjour, Ahmad découvre la relation conflictuelle que Marie entretient avec sa fille, Lucie. Les efforts d’Ahmad pour tenter d’améliorer cette relation lèveront le voile sur un secret du passé. Comment assumer sa responsabilité pour les erreurs du passé ?
Selon le critique cinéma, le père Jacques Lefur, "l’auteur évite complètement le risque du mélodrame, grâce à la vérité et l’acuité psychologique de chaque situation. C’est un film où l’on aborde à la fois les relations homme-femme, l’amour, l’abandon, la jalousie ; l’adolescence et son caractère fiévreux et énigmatique ; les relations parents enfants ; la dépression, la tentative de suicide, le rôle nouveau et non maîtrisé des échanges par internet. L'intrigue est très élaborée, dans une intensité des dialogues qui fait parfois penser à Dostoïevski. Une très grande œuvre, qui honore le cinéma et confirme combien il reste un art vivant".
Mentions spéciales
Une Mention spéciale a été accordée à deux films. L'un est du cinéaste japonais, Hirokazu Kore-eda. "Soshite chichi ni naru (Tel Père, tel fils)", est l’histoire d’un homme, businessman obnubilé par l’argent et la réussite, frappé de crise existentielle lorsqu’il apprend qu’il a élevé sans le savoir le fils de quelqu’un d’autre pendant six ans ; son fils naturel ayant été échangé à la naissance à la maternité... À partir de quel moment un père devient-il réellement un père ? Le film pose de façon simple et subtile un dilemme humain : les liens du sang sont-ils plus importants que l'amour qui les a unis pendant sept ans ?
L'autre film, "Miele", est de l'italienne, Valeria Golino. Cette réalisation offre un regard complexe et sans préjugés sur le thème actuel de l'euthanasie. Irène vit seule dans une maison au bord de la mer non loin de Rome. Son père et son amant la croient étudiante. En réalité, sous le nom de code MIELE, elle aide clandestinement des personnes en phase terminale à mourir dignement en leur administrant un barbiturique puissant. Un jour elle procure une de ces doses mortelles à un nouveau "client", Monsieur Grimaldi. Elle découvre cependant quʼil est en parfaite santé mais quʼil veut mettre fin à ses jours, ayant perdu goût à la vie. Bien décidée à ne pas être responsable de ce suicide, elle va tout faire pour l’en empêcher… Avec pudeur et maîtrise, la réalisatrice partage avec le spectateur les doutes et le malaise d'une jeune femme qui aide les malades en phase terminale à mourir : à chacun la liberté et la responsabilité de prendre position.
Le Jury œcuménique 2013
Présent à Cannes depuis 1974, le Jury œcuménique est invité par le Festival, comme le Jury officiel et celui de la Fipresci, à remettre des prix et des mentions spéciales à des films de la compétition officielle. Ces jurés sont compétents dans le domaine du cinéma comme journalistes, critiques, théologiens, chercheurs, enseignants... Ils sont membres de l’une des églises chrétiennes : catholique, protestante ou orthodoxe, et sont ouverts au dialogue interreligieux avec juifs, musulmans, bouddhistes... Le Jury 2013 était représenté par la française Denyse Müller, le polonais Marek LIS, la Suisse Tiziana CONTI, l'italienne Gianluca ARNONE, l'italien Gianna URIZIO et le français Samuel PETIT.
AL
