Cinéma: Hannah Arendt


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Cinéma: Hannah Arendt
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

En 1961, Hannah Arendt a couvert le procès Eichmann, à sa manière: c'est-à-dire en philosophe et non en journaliste. Ses écrits ont alors déclenché une profonde controverse. Un film revient sur cet épisode de la vie de cette brillante intellectuelle qui a toujours été hantée par la question du mal.

Avec "Hannah Arendt", le cinéma verse dans un genre proche du "biopic" (à savoir une biographie filmée) mais en plus ambitieux. Il s'agit ici de filmer la pensée… Le long-métrage consacré à Hannah Arendt (1906-1975) est d'autant plus intéressant qu'il rend hommage à une femme inconnue du grand public. Cette philosophe allemande naturalisée américaine tient pourtant une place majeure dans la réflexion contemporaine, en particulier pour ses travaux sur le phénomène totalitaire.
Mais c'est aussi en raison d'un non-conformisme peu commun qu'elle est entrée dans l'histoire. Un non-conformisme qui s'est particulièrement illustré à l'occasion du procès d'Adolf Eichmann, en 1961.
C'est d'ailleurs à ce fait et à cette époque que Margarethe Von Trotta s'est attachée pour réaliser son film. L'œuvre, à la mise en scène très académique, est entièrement mise au service de la pensée d'Hanna Arendt et de l'explication de sa thèse, ainsi que de la polémique qui a entouré la publication de ses écrits.
L’action démarre en mai 1960, lorsqu'on apprend l’arrestation, ou plutôt l'enlèvement par les services secrets israéliens, de celui que l'on considère comme responsable de la mise en œuvre de la Solution finale. Son procès, le premier consacré exclusivement à l’extermination des juifs, doit avoir lieu à Jérusalem. Hannah Arendt propose alors au journal "The New Yorker" de s'y rendre pour le couvrir. D'origine juive, Arendt a en effet fui l'Allemagne en 1933 puis, en 1940, réussi à s'échapper d'un camp d'internement français pour rejoindre, via le Portugal, les Etats-Unis en mai 1941.

Banalité du mal

Comme l'héroïne de cette histoire, le spectateur suit le procès depuis la salle de presse à travers la retransmission de la télé. Mais ce procès en lui-même (qui reprend les images d'archives) est peu présent. La réalisatrice préférant se focaliser sur le retour d'Arendt aux Etats-Unis et les cinq articles, d'une dizaine de pages chacun, qui déclencheront une terrible controverse et un profond rejet parmi la communauté juive.
Pour Arendt, Eichman n'était pas un monstre, mais un homme incapable de penser, seulement d'obéir. C'est à l'issue de ce procès qu'elle défendra sa théorie de la banalité du mal, provoquant alors le scandale. Car elle y explique que la réussite du génocide serait aussi dû au comportement de certains chefs juifs dans les camps… L'effondrement moral était tel que les victimes auraient donc d'une certaine manière "collaboré" à leur funeste sort.
L'obstination et l’exigence de la pensée d'Arendt se heurtent alors à l’incompréhension de ses proches et provoquent son isolement. On la juge arrogante. Heureusement l'amitié indéfectible de sa grande amie Mary McCarthy, le soutien de son tendre époux, Heinrich Blücher, et celui de ses élèves, lui donneront la force d'affronter les critiques. Et de se justifier de ces écrits devant un amphithéâtre plein: une dernière scène magnifique, point d'orgue d'un film qui nous rappelle l'importance de la réflexion individuelle face aux conformismes.

Pierre GRANIER

"Hannah Arendt", de Margarethe von Trotta, avec Barbara Sukowa, Axel Milberg, Janet McTeer - 1 h 53

Catégorie : Culture

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