À l’Abbaye de Cordemois, une rencontre inattendue entre une auteure passionnée de transmission et une religieuse restauratrice de tableaux a donné naissance à un ouvrage pour enfants aussi délicat que profond. Dans Nous avons bien connu Jésus. Les animaux de l’Évangile parlent de Lui, les textes d’Edith Jacques et les illustrations de l’artiste Marie-Marthe Hauferlin dialoguent avec une étonnante harmonie pour faire découvrir l’Évangile autrement, à hauteur d’enfant… et de cœur.

À l’abbaye de Cordemois, par une lumineuse matinée de mai, Edith Jacques et sœur Marie-Marthe Hauferlin échangent avec simplicité dans le calme du monastère. Les idées circulent naturellement entre elles ; chacune prolonge la pensée de l’autre dans un sourire. Entre l’auteure et l’illustratrice, une véritable complicité est née au fil des mois autour d’un beau projet : un livre pour enfants où les animaux de l’Évangile prennent la parole pour raconter Jésus. Édité en avril dernier à compte d’auteur avec l’aide des Éditions Memory, l’ouvrage compte 85 pages et est destiné principalement aux enfants de 6 à 11 ans, mais aussi aux adultes qui les accompagneront dans la lecture.
Des animaux qui deviennent témoins de l’Évangile

Enseignante durant de nombreuses années en français, histoire, latin et religion à Bruxelles, Edith Jacques est aussi grand-mère de quatre petits-enfants. « Ils aiment que je leur invente des histoires à partir des animaux », sourit-elle. C’est d’ailleurs cette complicité familiale et ce goût du récit qui sont à l’origine du livre. Déjà auteure de plusieurs ouvrages de prière pour enfants, elle souhaitait, ici, proposer une autre manière de faire découvrir Jésus. Treize animaux, treize chapitres. Le bœuf, le mouton, le serpent, le coq… Chacun raconte sa rencontre avec Jésus, Marie, les apôtres ou certains grands épisodes évangéliques. « Ce n’est pas un livre de catéchèse », précise l’auteure. « C’est une autre manière d’approcher Jésus. Les animaux parlent, réfléchissent, se remettent en question. Il y a souvent une forme de conversion intérieure. » L’humour n’est jamais loin non plus. « Le bœuf solitaire apprend à accepter la présence de l’âne », sourit-elle. « Le chameau découvre l’humilité… » Mais derrière la légèreté apparente, les textes restent soignés et profondément enracinés dans les Évangiles. Les références bibliques sont d’ailleurs reprises à la fin du livre « comme une garantie d’authenticité ».
Une première comme illustratrice
Pour donner vie à ces histoires, Edith Jacques souhaitait des illustrations fortes. Elle se tourne alors vers sœur Marie-Marthe Hauferlin, diplômée de l’Institut Supérieur des Beaux-Arts Saint-Luc de Liège « C’était une première pour moi », confie cette dernière. « Je suis restauratrice de tableaux de formation, pas illustratrice. Mais quand j’ai lu les textes, j’ai eu un vrai coup de cœur. » Très vite, les deux collaboratrices trouvent un langage commun. Une illustration pleine page pour chaque chapitre, accompagnée d’un petit médaillon ouvrant le récit. « Il fallait relever le défi de résumer toute l’histoire en une seule image », explique la religieuse. « Je me suis concentrée sur le message essentiel de chaque chapitre. »
De techniques mixtes (acryliques et crayons sur fonds d’aquarelle avec rehauts de gouache), les illustrations portent une attention particulière à la lumière, aux regards et aux émotions. « Je travaille dans la prière », confie-t-elle simplement. « Ce sont des dessins réalisés “en présence de”. »
Un dialogue entre les mots et les images
Au fil de la conversation, on comprend que le livre s’est construit dans un véritable dialogue entre les textes et les images. Les illustrations ont parfois influencé certains passages, tandis que les récits inspiraient de nouvelles pistes graphiques. Sœur Marie-Marthe évoque notamment le dernier dessin du livre : le Christ ressuscité aux bras ouverts. « On ne pouvait pas s’arrêter à la crucifixion qui est un dessin fort sombre. Il fallait un message d’espérance. » L’image est lumineuse, presque simple. Pourtant, elle porte une vraie profondeur spirituelle. « Les bras ouverts signifient aussi : “ Et toi aujourd’hui, est-ce que tu vas L’accueillir? ” » L’illustratrice raconte aussi combien certains dessins furent plus difficiles à habiter intérieurement, notamment celui du coq au moment du reniement de Pierre. « Ce n’est pas Jésus qu’on voit alors, mais le visage de Pierre, bouleversé, ravagé intérieurement. » Toutes deux parlent beaucoup de transmission, d’authenticité et de vérité. « Les enfants ne peuvent pas être trompés », estime sœur Marie-Marthe. « Si ce n’est pas vrai intérieurement, cela ne dure pas. »
Une œuvre profondément collective
Peu à peu, d’autres personnes se sont jointes au projet. L’ASBL Abbaye de Cordemois a soutenu l’initiative et le graphiste Pierre Martens, ami lui-aussi de l’Abbaye, s’est investi avec le même esprit de collaboration. « Il a mis tout son cœur dans le projet », souligne Edith Jacques. Cette aventure éditoriale a finalement dépassé le simple cadre d’un livre pour enfants. Elle est devenue une véritable expérience humaine et spirituelle partagée.
Ce qui a touché Edith Jacques ? « Les dessins vivants de l’intérieur. Il y a une vraie communion d’idées. » Et ce qui a interpellé sœur Marie-Marthe ? « La fraîcheur du texte, sa simplicité et sa profondeur. » L’abbé Michel Vincent, ami de Cordemois ‘qui a gardé un cœur d’enfant’, résume avec humour l’expérience : « J’ai été pris dans la peau de l’âne… pour ne pas dire dans le chameau ! Ce regard décalé sur l’Évangile devient un vrai lieu de rencontre intergénérationnelle. »
Et c’est peut-être là toute la réussite de cet ouvrage : permettre, à travers les animaux, les couleurs et les mots, d’ouvrir un chemin vers l’Évangile où petits et grands peuvent avancer ensemble. Nous avons bien connu Jésus. Les animaux de l’Évangile parlent de Lui est disponible dans les magasins CDD Namur et CDD Arlon, ainsi qu’à l’Abbaye de Cordemois, où le projet a vu le jour. Les droits d’auteur sont intégralement cédés à l’Abbaye Notre-Dame de Cordemois.
Christine Gosselin