Au Liban, l’accord-cadre avec Israël est à la base d’une polarisation


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Au Liban, l’accord-cadre avec Israël est à la base d’une polarisation
Dans le village chrétien de Rmeich, au sud du Liban, des familles ont fait le pari de rester malgré la menace de frappes (le village en 2008, domaine public)
Par Benoit Lannoo
Publié le
4 min

L'accord-cadre des gouvernements israélien et libanais de vendredi a immédiatement été rejeté par le Hezbollah mais accueilli favorablement par de nombreux chrétiens au Liban.

Vendredi dernier, le Comité de soutien aux chrétiens d'Orient (CSCO) et l'organisation non gouvernementale Solidarité-Orient/Werk voor het Oosten ont organisé un souper de solidarité pour les chrétiens au Liban à l'abbaye maronite Saint-Charbel à Bois-Seigneur-Isaac dans le Brabant wallon. Une connexion directe a été établie avec Rmeich, un village maronite situé dans le sud extrême du pays, juste à la frontière avec Israël. L'Ordre libanaise maronite (OLM) et les sœurs de l'Ordre Maronite Antonin (OMA) y dirigent deux écoles, respectivement le Collège Notre-Dame de l'Annonciation et le Collège Notre-Dame du Liban.

Explosions continues

Le supérieur de l’OLM à Rmeich, le Père Maroun Féghali, nous raconte par WhatsApp que le village de Rmeich est actuellement complètement isolé du reste du Liban. Les villageois vivent dans l'incertitude ; plusieurs autres villages chrétiens de la région ont été entièrement détruits par les Israéliens. "Depuis quatre mois, nous vivons au rythme des avions de chasse survolant et de l’impact des bombes. Même à l’instant où je vous parle, des explosions résonnent." La vie économique et sociale de la région en est évidemment profondément affectée. "Malgré nos pénuries, notre communauté monastique accueille environ vingt personnes qui ont perdu tous leurs biens."

Écoles

De nombreuses familles sont partis vers des endroits plus sûrs. En septembre dernier, le collège Notre-Dame de l’Annonciation comptait encore plus de 500 étudiants. En mars de cette année, il n'en restait plus qu'environ 250. "Beaucoup d'élèves ne peuvent plus se permettre les frais de scolarité, ce qui rend difficile le paiement du salaire de nos enseignants", explique le Père Féghali. "Mais malgré toutes ces épreuves, nous avons choisi de rester ! Nous sommes convaincus que l’éducation est un acte d’espérance essentiel. L'Église ne veut pas abandonner des terres qui sont chrétiennes depuis des siècles. Nous devons une grande reconnaissance au Pape Léon XIV de nous avoir assuré de son soutien en nous envoyant ici le nonce apostolique, Mgr Paolo Borgia."

Nuits blanches

Nous lisons un témoignage semblable dans la lettre que la Sœur Rita Eid du Collège Notre-Dame du Liban a adressé aux participants du souper de solidarité de vendredi-soir. "Nos élèves aussi portent un lourd fardeau. Ils étudient au son des explosions, et beaucoup de fois ils arrivent à l’école avec le visage fatigué par les nuits sans sommeil. Mais dans leurs yeux demeure encore cette étincelle d’espoir, cette volonté de réussir, de grandir et de bâtir un avenir." Tout comme le fait aussi le Père Maroun, la Sœur Rita souligne qu’il n’y a plus d’hôpital dans la région et que tous ceux qui doivent se rendre à Beyrouth pour des soins médicaux, doivent souvent attendre des jours voir des semaines entières avant d’obtenir la permission de s’y rendre.

Accord-cadre

Entretemps, sous la pression de l’administration américaine, Tel-Aviv et Beyrouth ont signé vendredi un accord-cadre. Ce texte affirme que l'armée libanaise doit démanteler « l'infrastructure terroriste » du « parti de Dieu » chiite (Hezbollah) et qu'Israël se retirera progressivement de son pays voisin, commençant par deux « zones d'essai ». Mais ce genre d’accord a déjà été conclu à de nombreuses reprises ; il n’est pas tout de suite clair pourquoi ce serait sérieux cette fois-ci. Le dirigeant du Hezbollah, Naïm Qassem, a déjà rejeté l'accord de manière ferme. Et Nabih Berri, le président chiite du parlement dont le mouvement politique Amal entretient de liens étroits avec le Hezbollah, affirme que le parlement ne l'approuvera pas.

« Le début du début »

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a qualifié l'accord de « début du début ». L'optimisme est également de mise, çà et là, chez les chrétiens à Beyrouth. Samir Geagea, chef des Forces armées libanaises (une milice redoutable pendant la guerre civile de 1975-90, mais aujourd'hui le plus grand parti politique avec 19 représentants), parle de « l’initiative la plus significative » depuis longtemps. Et Samy Gemayel de Kataëb (le parti issu des « Phalangistes » maronites) considère le Liban comme le "vainqueur" de cet accord, car il met "fin à toute revendication d'Israël sur le Liban" et il consolide "la restauration de la souveraineté nationale et la reconnaissance que le gouvernement libanais détient le monopole de la possession des armes dans notre pays".

Polarisation

Il est à craindre cependant que la polarisation entre la majorité politico-militaire chiite d'une part et le patchwork confessionnel que le Liban a traditionnellement toujours été, et où les chrétiens se trouvent habituellement à l'autre bout du spectre, ne se creuse à nouveau. Dans la capitale Beyrouth, les panneaux verts louant l'Iran ont été remplacés ces derniers jours par des panneaux rouges portant le slogan frappant : « Le Liban d'abord ! » Or, plusieurs de ces panneaux ont été incendiés par des militants chiites. Partout au Liban, on se bat pour savoir qui domine l’espace publique. Et les chrétiens du sud du pays ? Ils attendent avec impatience de que leur souffrance prenne fin un jour.

Benoit LANNOO

Catégorie : International

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