Ce petit passage d’une densité exceptionnelle se situe au centre de l’entretien entre Jésus et Nicodème, un des notables juifs, qui vient de nuit pour rencontrer Jésus.
Souvenons-nous, c’est à Nicodème que Jésus dit: "A moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit."
Nous avons besoin de laisser le vent nous emporter vers des terres inconnues, car le grand mystère de la Sainte Trinité que nous célébrons ce dimanche nous pousse effectivement vers des territoires d’une élévation telle qu’il n’y a que l’Esprit qui puisse nous y accompagner.
Nous contemplons aujourd’hui la réalité qui donne sens à toute réalité: Dieu lui-même et en lui-même. Non seulement le Dieu dont les peuples depuis le commencement ont eu plus ou moins l’intuition. Non seulement le Dieu personnel des patriarches Abraham, Isaac et Jacob qui s’est choisi un peuple, pour se révéler à lui, et par lui à tous les autres peuples. Mais ce Dieu que nul n’a jamais vu (Jn 1,18), ce mystère d’amour au sein du Dieu Unique qui veut se donner à tous les hommes. Le propre de Dieu est de se donner. Il se donne par sa Parole de Vérité et son Esprit de sainteté. Sa parole qui prend chair en son Fils qui dit tout de Dieu. Car Dieu n’a qu’une seule parole. Il se donne par l’Esprit, qui est saint, qui est amour, qui est force de Dieu et qui a été donné aux hommes en abondance pour nourrir en eux la vie éternelle.
C’est par le Verbe et l’Esprit du Père que nous participons à la vie divine, car Ils sont venus en nous faire leur demeure (Jn 14,23) et rien ne pourra nous arracher à cette union qui est un don aussi irréversible que le don de la vie.
Le vent souffle où il veut… Laissons-nous habiter par ces paroles de Jésus, laissons-nous emporter dans le cœur du Père qui nous a envoyé son Fils non pas pour nous juger mais pour nous sauver.
Nous sauver, car une vie enfermée en elle-même, une vie sans amour partagé et sans vérité sur ce que nous sommes, fait de nous des morts vivants. Voilà le jugement.
La perfection dont parle saint Paul dans la deuxième lecture n’a rien à voir avec des devoirs ou des sacrifices à accomplir. Elle a à voir avec l’amour et la vérité.
Et dans le cœur du Père qui est mystère d’amour, la Création tout entière lutte dans les douleurs de l’enfantement comme dit saint Paul pour pouvoir crier d’une seule voix: "Abba! Père!"
Un seul Dieu, un seul Père qui par sa parole en Jésus et par son Esprit nous laisse reconnaître en nos frères les images de cette communion d’amour du Père, du Fils et de l’Esprit.
Belle fête de la Sainte Trinité!
Véronique Delloye

