En pleine Semaine Laudato Si’, une large coalition d'organisations confessionnelles et de mouvements catholiques hausse le ton et appelle l’Union européenne à accélérer sa transition énergétique.
Le climat n’attend pas, certaines voix se font de plus en plus pressantes. A l’occasion de la Semaine Laudato Si’, plus de 130 organisations chrétiennes issues de 20 pays de l’Union européenne lancent un appel commun aux dirigeants européens. Leur message est clair : face à la crise climatique et à la dépendance aux énergies fossiles, il est temps de passer à l’action, et vite.
Une mobilisation inédite à l’échelle européenne
C’est une première par son ampleur. Des ONG, des mouvements catholiques, des congrégations religieuses ou encore des réseaux écologiques chrétiens (parmi lesquels le Mouvement Laudato Si’, Caritas Europa ou Pax Christi) ont décidé d’unir leurs voix. Ensemble, ils représentent des centaines de milliers de membres à travers l’Europe. Leur appel, intitulé « Europe, sois fidèle – sauvegardons notre maison commune », intervient à un moment charnière. Entre tensions géopolitiques, crise énergétique et négociations sur le futur budget européen, le timing n’a rien d’anodin. “Nous traversons une période d’incertitude mondiale qui met en lumière notre dépendance aux énergies fossiles”, souligne la coalition, qui y voit aussi une opportunité de changement. L'appel intervient à un moment politique charnière : l’Irlande s’apprête à assumer la présidence de l’UE au second semestre 2026, en amont de la prochain sommet mondial sur la sortie des énergies fossiles qu'elle co-organisera avec le Tuvalu début 2027, et alors que les dirigeants européens entament les négociations sur le prochain budget septennal de l’UE.
Sortir des fossiles et taxer les géants du secteur
Concrètement, les organisations avancent plusieurs revendications fortes. A commencer par fixer un calendrier clair de sortie des énergies fossiles :
- fin du charbon d’ici 2030,
- sortie du gaz d’ici 2035,
- abandon du pétrole à l’horizon 2040.
Elles demandent aussi l’arrêt immédiat de tout nouveau projet d’exploration ou d’infrastructure fossile.
Autre point clé : la taxation des superprofits des entreprises pétrolières et gazières. Ces recettes devraient, selon elles, financer la transition énergétique et soutenir les ménages les plus fragiles. Car derrière les débats techniques, il y a une réalité sociale bien concrète : la crise climatique aggrave déjà les inégalités. “Les plus pauvres sont les premières victimes, alors qu’elles sont souvent les moins équipées pour y faire face”, rappellent plusieurs organisations engagées dans le plaidoyer social.
Un plaidoyer aussi moral qu’économique
Le message ne se limite pas à une analyse environnementale. Il est aussi moral. Inspirées par l’encyclique Laudato Si’ et les prises de position récentes du pape Léon XIV, ces organisations insistent sur la responsabilité historique de l’Europe. Lors son allocution à l’occasion du Regina Caeli dimanche dernier, le Pape Léon XIV a partagé son inquiétude face aux retards pris dans l'action climatique : "Malheureusement, ces dernières années, en raison des guerres, les progrès dans ce domaine ont été considérablement ralentis. C’est pourquoi j’encourage les membres du Mouvement Laudato si’ et tous ceux qui œuvrent pour une écologie intégrale à renouveler leur engagement. Prendre soin de la paix, c’est prendre soin de la vie !".
Pour ce regroupement d'organisations chrétiennes, le choix est limpide : continuer à soutenir un modèle dépendant des énergies fossiles ou investir résolument dans les énergies renouvelables. Les résultats sont d’ailleurs déjà visibles. En mars 2026, l’énergie solaire a permis à l’Europe d’économiser environ 3 milliards d’euros en importations de combustibles fossiles. Malgré cela, les signataires dénoncent un affaiblissement des législations européennes en matière climatique, sous couvert de simplification économique. Une dynamique qu’ils jugent dangereuse, à rebours des engagements pris ces dernières années.

Un appel à ne pas rester indifférent
Ce texte est aussi un appel à la conscience collective. Les organisations chrétiennes y voient une question de justice environnementale, sociale, mais aussi intergénérationnelle. Alors que l’Union européenne prépare ses prochaines orientations budgétaires et politiques, elles l’invitent à faire un choix clair : placer l’intérêt commun au-dessus des logiques de profit. Reste à espérer que cet appel trouvera un écho concret dans les décisions à venir.
"Dieu nous demandera si nous avons cultivé et pris soin du monde qu’il a créé […] Quelle sera notre réponse ?", conclut l'appel, citant la question posée par le Pape Léon XIV lors de la conférence Raising Hope.
Les organisations signataires comprennent des entités confessionnelles européennes et nationales, notamment des instances épiscopales, des congrégations religieuses, des ONG sociales et environnementales, des associations de solidarité internationale ainsi que des mouvements et communautés chrétiens.
Pour plus d'informations : Mouvement Laudato Si' - Europe, Sois fidèle
