L’église de Blocry (Ottignies) était comble ce mercredi pour les funérailles du père Charles Delhez. Dans une célébration sobre et authentique, proches, paroissiens et compagnons de route ont rendu grâce pour une vie donnée, marquée par l’amitié, la parole partagée et une foi vécue intensément.
Ce mercredi 15 avril, l’église de Blocry n’a pas suffi à contenir la foule venue rendre un dernier hommage au père Charles Delhez, décédé le 8 avril à l’âge de 74 ans. Plusieurs centaines de personnes - paroissiens, prêtres, membres des Equipes Notre‑Dame, des Equipes Saint Michel, scouts, collègues du monde des médias - avaient tenu à être présentes. Pour permettre à tous de suivre la célébration, un écran géant avait été installé dans le jardin attenant. Depuis l’extérieur aussi, la messe fut vécue dans un grand silence et une atmosphère de prière, portée par la douceur d’un temps printanier.
La célébration était présidée par le jésuite français Thierry Lamboley, auxiliaire du père Thierry Dobbelstein, responsable de la Province jésuite d’Europe occidentale francophone. Il était entouré de trois prêtres de la communauté néo-louvaniste de Charles Delhez (le supérieur Michel Bacq, Eric Vollen et Robby Mandiangu).
L'assemblée est recueillie, généreuse, fidèle à ce qu'a partagé Charles Delhez tout au long de sa vie. Au long de la messe, les minutes ralentissent, le temps de rendre hommage tantôt au prêtre, à l'ami, à l'oncle ou à l'aumônier, à Grand Koudou, ce totem scout que Charles affectionnait. Les chants habillent la célébration : C'est toi mon berger, Laudato 'Si, Comment ne pas te louer? ou encore Oser la vie, interprété par son compositeur Théo Mertens.
« Tu accueillais inconditionnellement chaque famille »
Dès l’ouverture, une paroissienne de l’équipe chargée des funérailles a dressé le premier portrait d’un prêtre proche, accessible, profondément humain : "nous devrions remercier le père Charles pour sa vie, pour tous les engagements vécus avec ses qualités profondément humaines. Tu accueillais inconditionnellement chaque famille, quel que soit son parcours de vie et de foi. Ton écoute et ton non‑jugement apaisaient et insufflaient de la vie, même dans les circonstances difficiles." Elle a rappelé son attention aux personnes, sa liberté dans la prière, son art de dire la miséricorde de Dieu sans gommer les fragilités humaines : "tu avais le don de la parole vivante et la capacité de t’adapter à chaque situation. Ta spontanéité dans les prières, sans missel, a touché beaucoup de personnes. Certaines sont revenues à l’église."
Les derniers jours, vécus dans la paix
Dans son intervention, le père Thierry Lamboley est revenu sur les derniers jours de Charles Delhez, notamment une visite à l’hôpital, le Jeudi saint : "Conscient de la gravité de son mal, il nous a dit avec une grande paix : “Je rejoins le Seigneur dans la paix.” Beaucoup d’entre vous êtes venus le voir aux soins intensifs. Il recevait chacun avec attention. C’est cette dynamique d’amitié et de prière que nous continuons de célébrer aujourd’hui."
Un message de Rebecca Alsberge, déléguée épiscopale du vicariat du Brabant wallon, transmis par le doyen Salvatore, a souligné l’importance de la coresponsabilité chère au père Delhez : "Que d'énergie donnée et partagée avec la paroisse de Blocry où le credo de Charles aura été la coresponsabilité. Plusieurs paroissiens me témoignaient qu'avec le père Charles, on ne pouvait pas être des paroissiens passifs. Il venait chercher, appeler, éveiller à la mission. Il croyait avec force que le Christ a confié son Eglise à chacune et chacun de nous."
On notera aussi l'invitation à soutenir et réaliser le projet immobilier Pôle.Blocry, auquel Charles Delhez tenait profondément, comme un prolongement vivant de ce qui l’animait : une Eglise fraternelle, ouverte, enracinée dans l’écoute.
Une parole qui touche et rassemble
Sur le cercueil blanc, des foulards scout et Saint Michel, et surtout des dessins d'enfants, des mots, des couleurs, des noms, des "merci", des cœurs. Autant de signes d'amitié, chère à son cœur. Une guitare déposée non loin de l'autel, des portraits… décidément le jésuite aura réussi son pari de la transmission par les mots, les gestes ou de simples objets.
Les témoignages se sont succédé, souvent portés par les souvenirs personnels et les relations franches que Charles Delhez entretenait fidèlement. Jacques, un cousin du défunt, a parlé d’une fraternité incarnée et d’une foi simple : "Ta présence apportait savoir, bienveillance et un amour sincère. Ta vie a été comme une œuvre musicale, faite de joie et d’harmonie, qui s’achève sur une note profonde. Tes dernières paroles ont été pleines d’espérance : on se reverra."
Un neveu, visiblement très ému, évoque son oncle Charles, un homme marqué par la perte de ses parents et de ses deux petits frères, qui n'avait plus personne avec qui évoquer les souvenirs d'enfance. Il salue ensuite celui qui a été la "cheville ouvrière de nombreuses initiatives, fédérateur d'individus à tous niveaux". Il poursuit : "on va beaucoup parler de ce que Charles a apporté à chacun de vous et j'aimerais vous remercier pour ce que vous avez apporté à Charles. Je fais donc un dernier hommage, en fier neveu qui constate que son tonton avait la notoriété d'une rock star."
"Puissions-nous continuer à développer les qualités d'écoute que le père Charles nous a enseignées lors de nos réunions, une écoute si sincères que les autres se sentent uniques, à nous désormais de transmettre son message de foi et sa foi en la vie", relève encore un membre des équipes Notre-Dame.
Des scouts ont retracé les grandes étapes de son parcours, de son ordination en 1982 à ses multiples engagements pastoraux et médiatiques. L’un d’eux a lu la prière « Ralentis mes pas », écrite par Charles Delhez, choisie pour dire son sens de l’écoute et son refus de la précipitation.









« Action de grâce, fruit et joie »
Dans son homélie, le père Michel Bacq a structuré son propos autour de trois mots : action de grâce, fruit et joie. "Charles était un ami pour beaucoup. Il avait une attention personnelle pour chacun. Sur son lit de malade, c’est lui qui nous réconfortait." Le fruit pour rappeler que la fécondité, plus que l’efficacité, donne son poids à une existence : "nous rendons grâce pour tout ce que le Seigneur a accompli à travers lui. Comme me l’a dit un médecin : On récolte ce qu’on a semé." Et sur la joie qui habitait Charles Delhez, une joie pascale, traversée par l’épreuve : "pas la joie facile, mais celle du Ressuscité, la joie qui traverse la Semaine sainte."
L’envoi avec un dernier moment fort
En fin de célébration, le père jésuite Tommy Scholtes est submergé par l'émotion, la voix tremblante, à l'heure de lire les quelques lignes de l'hommage de l'archevêque de Malines-Bruxelles. Mgr Luc Terlinden y évoque la fécondité discrète du ministère du père Delhez : "Sans compter, il a semé la Parole. Les nombreux témoignages manifestent aujourd’hui les fruits abondants. Il a cherché à rendre la Parole accessible, à dialoguer avec la société contemporaine."
En fin de célébration, les nombreuses personnes présentes ont pu repartir avec une édition spéciale du journal Dimanche, avec six pages consacrées à celui qui en fut le rédacteur en chef durant vingt ans.
Manu VAN LIER

