Ces mois de janvier et février, Léon XIV a consacré plusieurs catéchèses à "Dei Verbum" ("Verbe de Dieu"), le document de Vatican II sur la Révélation. A travers cinq thèmes, le pape nous plonge dans les fondamentaux de la foi : en se révélant à nous en son Fils, Dieu veut nous rendre "participants de la nature divine".
Premier thème: Dieu parle aux hommes comme à des amis
"Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître" (Jn 15, 15). C’est par ces paroles du Christ que le pape introduit ses auditeurs au sens de Dei Verbum, et par là-même à celui de la Révélation chrétienne. Pour lui, ce document nous rappelle essentiellement ceci: "Jésus-Christ transforme radicalement la relation de l'homme avec Dieu, qui sera désormais une relation d'amitié. C'est pourquoi l’unique condition de la nouvelle alliance est l'amour." "Avec la venue du Fils dans la chair humaine, l'Alliance s'ouvre à sa fin ultime: en Jésus, Dieu fait de nous ses enfants et nous appelle à devenir semblables à Lui dans notre fragile humanité."
Dei Verbum affirme que, par sa Révélation, Dieu invisible" parle aux hommes comme à des amis […] pour les inviter et les admettre à la communion avec lui" (DV 2). Lorsque ce dialogue est interrompu par le péché, le Créateur ne cesse de chercher là établir une alliance avec ses créatures. Jusqu’à s’incarner dans son Fils pour rétablir le dialogue de façon définitive, dans l'Alliance nouvelle. Un appel à ne pas laisser sans réponse : "Accueillons-le, prenons soin de cette relation et nous découvrirons que c'est précisément l'amitié avec Dieu qui est notre salut".
Deuxième thème : Jésus-Christ, révélateur du Père
La Révélation, qui s’opère dans ce dialogue d’alliance, va ainsi s’accomplir "dans une rencontre historique et personnelle où Dieu lui-même se donne à nous". C'est ce qui s'est réalisé en Jésus-Christ, "qui est à la fois le Médiateur et la plénitude de toute la Révélation" (cf. DV 2). Nous sommes ici au cœur du sens de la Révélation chrétienne: "Jésus nous révèle le Père en nous impliquant dans sa propre relation avec Lui". Dans le Fils, "les hommes [...] peuvent se présenter au Père dans l'Esprit Saint et sont rendus participants de la nature divine" (cf. DV 2).
Jésus-Christ, le Verbe fait chair, est révélateur du Père par son humanité. Dès lors, pour connaître Dieu dans le Christ, "nous devons accueillir son humanité intégrale: la vérité de Dieu ne se révèle pas pleinement là où l'on enlève quelque chose à l'humain, tout comme l'intégrité de l'humanité de Jésus ne diminue pas la plénitude du don divin. C'est l'humanité intégrale de Jésus qui nous révèle la vérité du Père (cf. Jn 1, 18)".
Ce ne sont pas seulement la mort et la résurrection de Jésus qui nous sauvent, mais "le Seigneur qui s'incarne, naît, soigne, enseigne, souffre, meurt, ressuscite et reste parmi nous. Par conséquent, pour honorer la grandeur de l'Incarnation, il ne suffit pas de considérer Jésus comme le canal de transmission de vérités intellectuelles. Si Jésus a un corps réel, la communication de la vérité de Dieu se réalise dans ce corps, avec sa manière propre de percevoir et de ressentir la réalité, avec sa manière d'habiter le monde et de le traverser."
Troisième thème: la relation entre Ecriture et Tradition
Il s’agit de l’un des principaux apports dogmatiques de Vatican II: l’enseignement de Dei Verbum sur le lien entre l'Ecriture Sainte et la Tradition. Pour éclairer ce lien, le pape Léon s’appuie sur des paroles de Jésus à ses disciples: "Je vous ai dit ces choses pendant que je suis encore avec vous. Mais le Paraclet, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. […] Quand il viendra, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière" (Jn 14, 25-26 ; 16, 13). Et après sa résurrection, il leur dit: "Allez, faites de toutes les nations des disciples, […] leur enseignant à observer tout ce que je vous ai prescrit" (Mt 28, 19-20). Pour le pape, ces deux passages montrent le lien étroit qui existe entre la parole prononcée par le Christ et sa "diffusion" au cours de l’histoire de l’Eglise – diffusion que le pape semble associer à la notion de "tradition", au sens d’une transmission.
La Tradition d'origine apostolique progresse dans l'Eglise avec l'aide du Saint-Esprit (Dei Verbum 8)
Le pape résume ainsi le propos de Dei Verbum: "La sainte Tradition et la Sainte Ecriture sont […] reliées et communiquent étroitement entre elles. Car toutes deux, jaillissant de la même source divine, ne forment pour ainsi dire qu’un tout et tendent à une même fin" (DV 9). Cette Tradition, qui porte pour ainsi dire le même contenu de foi que l’Ecriture, est inscrite dans le cœur de l’Eglise avant même sa mise par écrit. Et elle "se ramifie tout au long de l'histoire à travers l'Eglise qui garde, interprète et incarne la Parole de Dieu".
Dans cette optique, le concile peut dire que "la Tradition d'origine apostolique progresse dans l'Eglise avec l'aide du Saint-Esprit" (DV, 8). Tradition et progrès ne sont pas contradictoires dans l’Eglise. Ce progrès, précise le pape, se réalise "grâce à la pleine compréhension par ‘la réflexion et l'étude des croyants’, à travers l'expérience qui naît d'une ‘intelligence plus profonde des choses spirituelles’ et, surtout, grâce à la prédication des successeurs des apôtres qui ont reçu ‘un charisme certain de vérité’" (cf DV 8).
Et le saint-Père de conclure ce point: "La Parole de Dieu n'est donc pas figée, mais elle est une réalité vivante et organique qui se développe et croit au sein de la Tradition. Grâce à l'Esprit Saint, celle-ci la comprend dans toute la richesse de sa vérité et l'incarne dans les coordonnées changeantes de l'histoire". Ce qui n’empêche pas que l’unique "dépôt de la foi", qui s’exprime dans l’Ecriture et la Tradition, doive être conservé: ce terme"impose au dépositaire le devoir de conserver le contenu, qui dans ce cas est la foi, et de le transmettre intact."
Quatrième thème : La Sainte Écriture, Parole de Dieu en paroles humaines
Les textes bibliques, dit le souverain pontife,, "n'ont pas été écrits dans un langage céleste ou surhumain". Pour pouvoir être compris de l’humanité, "Dieu choisit de parler en se servant des langages humains et, ainsi, différents auteurs, inspirés par l’Esprit Saint, ont rédigé les textes de la Sainte Ecriture".
Par conséquent, "une interprétation correcte des textes sacrés ne peut faire abstraction du contexte historique dans lequel ils ont mûri" et des "formes littéraires" dans lesquelles ils ont été rédigés. A l’inverse, renoncer à l'étude des langages humains utilisés "risque de déboucher sur des lectures fondamentalistes ou spiritualistes de l'Écriture, qui trahissent son sens". Tout aussi réductrice est "une lecture de l'Ecriture qui néglige son origine divine et finit par la considérer comme un simple enseignement humain, comme quelque chose à étudier simplement d'un point de vue technique".
Cinquième thème : La Parole de Dieu dans la vie de l'Eglise
Pour sa dernière catéchèse consacrée à Dei Verbum, le pape Léon va relever "le lien profond et vital qui existe entre la Parole de Dieu et l'Eglise". "L'Eglise est le lieu propre de l'Ecriture Sainte" parce que, sous l'inspiration de l’Esprit, elle "est née du Peuple de Dieu et est destinée au Peuple de Dieu". Aussi, c’est "dans la vie et dans la foi de l'Eglise qu'elle trouve l'espace où révéler sa signification et manifester sa force". Et comme le rappelait Benoît XVI, "le lien intrinsèque entre la Parole et la foi met vraiment en évidence que l’authentique herméneutique (interprétation, Ndlr) de la Bible ne peut se situer que dans la foi ecclésiale" (exhortation Verbum Domini 29).
C’est au sein de la communauté ecclésiale que la méditation de l’Ecriture peut atteindre son but ultime: "connaître le Christ et, à travers Lui, entrer en relation avec Dieu". "Cela se produit lorsque nous lisons la Bible dans une attitude intérieure de prière: alors Dieu vient à notre rencontre et entre en conversation avec nous." Tous les fidèles sont appelés à s'abreuver à cette source.
Christophe Herinckx

