L’Ukraine rend hommage à ses morts et ses blessés. Le pape et l'Eglise catholique ukrainienne relancent un appel pressant à faire taire les armes et à soutenir les victimes.
Quatre ans après l’invasion russe du 24 février 2022, l’Ukraine et l’Europe commémorent les victimes. A Kiev, sur la place de l’Indépendance, le président Volodymyr Zelensky, la Première dame Olena Zelenska, le président du Conseil européen António Costa et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont rendu hommage aux victimes. Un geste politique et symbolique alors que les combats se poursuivent et que les négociations engagées sous médiation américaine n’ont pas mis fin aux hostilités.
Quatre ans de guerre, un pays sous pression permanente
Le bilan humain reste vertigineux. Selon une étude du Center for Strategic and International Studies (CSIS), près de deux millions de soldats auraient été tués, blessés ou portés disparus des deux côtés (source: RTBF). Les autorités ukrainiennes publient peu de chiffres détaillés pour des raisons de sécurité ; Moscou ne communique plus de bilan régulier. Sur le terrain, les frappes contre les infrastructures civiles se multiplient.
En 2026, 10,8 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire. Plus de 4 millions ont perdu leur logement. Les attaques répétées contre les réseaux d’électricité, de chauffage et d’eau potable plongent des quartiers entiers dans le noir et le froid. Début février, les températures ont chuté à –20 °C. "Selon les chiffres officiels, en 2025, au moins 30 % de civils de plus ont été tué·es que les années précédentes", alerte Tetiana Stawnychy, présidente de Caritas Ukraine. Les grandes villes, de Kiev à Kharkiv, sont régulièrement visées.

La dépendance à l’aide extérieure a encore augmenté. Beaucoup de familles ont épuisé leurs économies et leurs ressources. Au-delà des destructions visibles, la guerre laisse des traces profondes : la moitié de la population souffrirait de stress, d’anxiété ou de symptômes post-traumatiques. Ecoles bombardées, crèches détruites, déplacements répétés : l’impact psycho-social est lourd.
Léon XIV : "Que les armes se taisent "
Depuis Rome, l’appel à la paix se fait pressant. Dimanche 22 février, après l’Angélus place Saint-Pierre, le pape Léon XIV a évoqué la situation en Ukraine. "Mon cœur est toujours touché par cette situation dramatique qui est sous les yeux de tous", a-t-il confié. "Combien de victimes, combien de vies et de familles brisées ! Combien de destructions ! (…) Chaque guerre est vraiment une blessure infligée à toute la famille humaine."
J’invite tout le monde à se joindre à la prière pour le peuple ukrainien meurtri et pour tous ceux qui souffrent à cause de cette guerre et de tous les conflits dans le monde, afin que le don tant attendu de la paix puisse briller sur nos jours.
— Pape Léon XIV (@Pontifex_fr) February 22, 2026
Le Pape a renouvelé son appel : "Que les armes se taisent", "que les bombardements cessent" et "qu’un cessez-le-feu soit conclu sans délai". Pour Léon XIV, "la paix ne peut être reportée, c’est une nécessité urgente" qui doit se traduire par "des décisions responsables". Il a invité les fidèles à prier pour "le peuple ukrainien martyrisé" et pour tous ceux qui souffrent des conflits dans le monde.
Interrogé par Olivier Bonnel pour Vatican News, l’archevêque majeur de l’Eglise gréco-catholique ukrainienne, Sviatoslav Shevchuk, décrit une stratégie de la terreur. "Une tragédie se déroule actuellement à Kiev", affirme-t-il. "Les Russes détruisent méthodiquement les infrastructures vitales des villes ukrainiennes. (…) Tout gèle dans les appartements. La température intérieure n'est que de quelques degrés supérieure à la température extérieure. Les salles de bain sont inutilisables. Beaucoup sont coincés chez eux et ne savent pas où aller." Toutefois, malgré l’épreuve, il observe une détermination intacte : "On ne ressent pas de lassitude conduisant au désespoir. (…) Avec ces attaques incessantes, la volonté de résister grandit." Au contraire, avec ces attaques incessantes, la volonté de résister grandit. L'archevêque ukrainien évoque une conversation avec un enfant de cinq ans qui en dit long sur cet état d'esprit : "lorsque je lui ai demandé s'il faisait froid chez lui, il m'a répondu : si je vaincs le froid, l'Ukraine vaincra aussi."
En ce triste anniversaire, Mgr Shevchuk appelle chacun à "faire une promesse à Dieu et à soi-même : construire la paix". "Les politiciens doivent faire leur devoir. Les hommes d’Eglise et les diplomates, y compris les chrétiens. Les militaires, les volontaires, chacun est appelé à faire sa part. Nous devons faire tout notre possible pour que l’agresseur s’arrête."

Solidarité concrète avec les victimes
Sur le terrain, le réseau Caritas International poursuit son action. Plus de six millions de personnes ont été soutenues depuis 2022. Secours d’urgence, évacuations, aide hivernale, logement durable, relance des moyens de subsistance : les priorités restent immenses. "En Ukraine, plus de 4 millions de personnes ont perdu leur maison", rappelle Tetiana Stawnychy. "Nous devons élaborer un plan de logement social afin d’aider les gens à reconstruire leur vie."
Le père Vyacheslav Grynevych parle d’« un miracle que nous survivions encore ». "Nous vivons la guerre dans notre chair. (…) Il y a les destructions visibles. Mais il y a aussi toute la souffrance intérieure."
Alors que la guerre entre dans sa cinquième année, l’Eglise insiste : la paix est urgente, mais la solidarité ne peut attendre. Soutenir les victimes est une responsabilité partagée.
MVL avec Vatican News
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