Opinion : Nos prisons? Il faut intervenir pour éviter l’explosion imminente


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Opinion : Nos prisons? Il faut intervenir pour éviter l’explosion imminente
Par William REY
Publié le
4 min

Face à la surpopulation carcérale et aux dysfonctionnements du système pénal belge, la prison apparaît moins comme une solution que comme un facteur aggravant. C’est ce que dénonce William Rey, visiteur de prison et spécialiste en analyse de données.

L’enfant marche, tombe et se relève. Il tombe à nouveau et se relève. L’enfant peut tomber, il se relèvera. L’adulte peut-il tomber? Qui le relèvera s’il continue de tomber? Non, l’adulte n’a pas le droit de tomber. Il doit être puni s’il continue de tomber et, voici le plus simple, "Jetons-le en prison".

Une menace pour la société

"Jetons-le en prison" est effectivement le plus simple, et c’est la source de nombre de difficultés que nous allons bientôt rencontrer. Malheureusement, si la société fait un bel effort pour exclure de son sein l’auteur de délit, elle le malmène à un point tel que ce rejeté devient peu apte ensuite à entrer dans un cours de vie normale.

L’ancien ministre de la Justice français Robert Badinter déclarait: "Si le criminel ou le délinquant sort de prison comme il y est entré ou plus dangereux encore, l’emprisonnement n’est plus une défense de la société, mais bien une menace pour la société."

Qui est responsable?

La situation problématique des prisons belges nous est rapportée par la presse mettant en exergue les problèmes les plus extrêmes, ceux qui parlent à un lectorat peu informé. C’est un travail d’information, souvent bien fait, qui toutefois laisse le lecteur dans le désarroi: "C’est terrible, mais qu’y puis-je?"

L’accent est tout particulièrement mis sur la surpopulation carcérale; c’est le problème du jour et chacun pense que le politique, l’administration ou l’Etat est gravement responsable. En fait, c’est tout le système pénal qui est mal-en-point et la surpopulation carcérale n’en est qu’un des symptômes. Quant à savoir qui est responsable, c’est véritablement un problème de société.

Ajouter un matelas

Voyons comment fonctionnent les prisons.

En bref, la privation de liberté a pour missions de punir, d’amender, de réinsérer, mais aussi de protéger la société. La Justice est en charge du prévenu, celui qui n’est pas encore jugé. La prison gère le détenu, celui qui a été condamné. La réinsertion dans la société concerne l’ex-détenu.

On peut comparer une prison à un hôtel, les uns entrent alors que d’autres sortent et il arrive que les hôtels soient complets et se mettent à refuser les réservations. Il en va de même pour une prison, si ce n’est qu’elle est obligée légalement de loger tous ceux qui frappent à sa porte alors même qu’elle n’a plus de lits disponibles. Ce n’est pas grave, on peut toujours ajouter des matelas faute d’avoir la place de mettre des lits; quelques matelas, pas beaucoup de matelas, car les tensions augmentent avec le manque d’espace et la prison devient peu à peu cocotte-minute. C’est cela, la surpopulation carcérale; la prison devient "bombe à retardement", on y jette les rebuts de la société. La prison est devenue poubelle.

Détruire au lieu de construire

Il faut intervenir pour éviter l’explosion imminente. Mais que faire?

La surpopulation carcérale est le fruit du défaut de coordination entre les trois instances responsables. Justice, prison et réinsertion se veulent exemplaires, plutôt que de coopérer au but commun: faire rentrer le délinquant dans la société.

La Justice est lente et met les prévenus en attente de jugement dans la prison. Ils l’encombrent en occupant un tiers des lits. La prison peut détruire, là où elle devrait construire, reconstruire.

Les agents pénitentiaires ne savent plus où donner de la tête et en tombent malades. Incidemment, la motivation est au plus bas et entraîne de sérieuses difficultés de recrutement.

Un détenu n’a plus la possibilité de décider de ce qu’il fait. Idéalement, tout détenu doit devenir dépendant, chacun doit devenir un assisté. Les trublions deviennent sages comme des agneaux, les esprits frondeurs deviennent idiots et moi, au cours de mes visites, je rencontre des cerveaux sclérosés.

Le gâchis humain et le drame social

La tendance naturelle consiste à s’isoler et, doucement, on tombe en déprime, voire en dépression profonde. La détresse psychologique des détenus est telle que le taux de suicide en prison est environ huit fois supérieur à celui de la population ordinaire.

La réinsertion reçoit des ex-détenus qui sont parfois des épaves en mal d’assistance tant ils ont été détruits par leur parcours antérieur. Vouloir en faire de bons citoyens peut friser l’utopie, quel que soit l’effort des détenus et des intervenants concernés.

Je n’insisterai pas sur le gâchis humain et le drame social qui résultent de cette incurie. Il faut avoir énormément de cran pour revenir dans la vie ordinaire, car ne pas suffisamment lutter vous ramène à la case prison. La récidive est normale... et elle surcharge la Justice et la prison.

William REY

Titre, intertitres et chapeau de ce texte sont de la rédaction. Titre original: Notre sécurité et nos prisons. Faut-il attendre qu’un récidiviste soit devenu dangereux par incurie? Une version longue de cette note peut être demandée à [email protected]

Catégorie : Opinions

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