Jeudi dernier, 29 janvier, nos évêques ont eu une rencontre chaleureuse avec une délégation de leurs confrères orthodoxes. Dans une atmosphère de grande affection, ils ont fait connaissance, discuté du dialogue entre les deux Églises, évoqué quelques initiatives œcuméniques récentes et expliqué l'histoire de l'Église orthodoxe dans notre pays. Cette belle après-midi s'est terminée en priant ensemble les vêpres et en partageant un repas. Geert De Kerpel, porte-parole néerlandophone de la Conférence épiscopale, nous en propose le compte rendu.
La réunion a eu lieu au doyenné de Bruxelles, en face de la cathédrale. Après un long moment d’échanges mutuels, l'archevêque Luc Terlinden a expliqué trois initiatives œcuméniques récentes. Ce sont autant d'exemples concrets de la recherche de l'unité entre les Églises chrétiennes chez nous. Ainsi, à la fin du mois de septembre de l'année dernière, on a célébré les 100 ans des Conversations de Malines entre catholiques et anglicans. Au programme figuraient un congrès international en collaboration avec la KU Leuven et l'UCLouvain, un concert, un office du soir et l'inauguration d'une plaque commémorative dans la cathédrale de Malines.
Peu après, les évêques catholiques et orthodoxes belges se sont rendus, ensemble, en pèlerinage à Constantinople. Les moments forts ont été l'accueil chaleureux du patriarche œcuménique Bartholomée, la célébration orthodoxe qu'il a présidée et à laquelle nos évêques ont participé, ainsi que la célébration présidée par l'archevêque Terlinden et à laquelle les évêques orthodoxes ont participé. Cette année marque le centenaire du Prieuré et de l'Abbaye de Chevetogne. La communauté bénédictine de Chevetogne, née à Amay-sur-Meuse, est très attachée à la promotion de l'œcuménisme, en particulier entre les Églises orthodoxe et catholique romaine, comme le souhaitait le fondateur Dom Lambert Beauduin. La liturgie y est célébrée dans les deux rites, tant latin que byzantin.
Dialogue théologique international
L'évêque Johan Bonny a ensuite esquissé les principales étapes franchies à ce jour dans le dialogue théologique international entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe. Mgr Bonny participe lui-même à ce dialogue et, avant d'être nommé évêque d'Anvers, il était membre du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens, au sein duquel il suivait en particulier les relations avec les Églises monophysites. Un premier document important a été publié en 1982 à Munich et traitait du mystère de l'Église et de l'Eucharistie à la lumière du mystère de la Trinité. Cinq ans plus tard, un deuxième document commun a été publié à Bari : Foi, sacrements et unité de l'Église. À peine un an plus tard, en 1988, le document de Valamo (Finlande) a suivi : "Le sacrement de l'ordre dans la structure sacramentelle de l'Église, en particulier l'importance de la succession apostolique pour la sanctification et l'unité du peuple de Dieu".
En 1989, le mur de Berlin tombe, le rideau de fer se déchire et les peuples d'Europe de l'Est, ainsi que les Églises qui s’y trouvent, recouvrent leur liberté après des décennies d'oppression. Mais très vite, l'Église orthodoxe de Moscou, en plein renouveau, met à l'ordre du jour la question de la présence des Églises catholiques orientales dans le monde orthodoxe, qu'elle considère comme un problème majeur. À partir de ce moment-là, le dialogue devient très difficile.
Néanmoins, en 1993, une nouvelle étape importante est franchie à Balamand (Liban) avec le document commun sur l'uniatisme. Pour l'Église orthodoxe russe, les Églises catholiques orientales restent toutefois un problème majeur. Depuis lors, trois autres publications conjointes ont suivi : Ravenne 2007 sur les conséquences ecclésiologiques et canoniques de la nature sacramentelle de l'Église, Chieti 2016 sur la synodalité et la primauté au cours du premier millénaire et Alexandrie 2023 sur les mêmes thèmes, mais au cours du deuxième millénaire et aujourd'hui.
En conclusion, Mgr Bonny a également mentionné les communiqués du comité de coordination du dialogue entre catholiques et orthodoxes, publiés à Bari en 2024 et à Rethymnon en 2025. Ces deux communiqués de presse montrent une fois de plus à quel point l'infaillibilité du pape et le Filioque sont et restent des thèmes centraux de la discussion (ndlr : Filioque, latin pour "et le Fils", est un ajout théologique au Credo de Nicée-Constantinople qui affirme que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Cet ajout, qui renforce la divinité du Fils, est rejeté par les Églises orthodoxes).
L'orthodoxie en Belgique
Dans une troisième et dernière contribution à la partie réunion, le métropolite Athénagoras a brièvement retracé l'histoire de la présence de l'Eglise orthodoxe dans notre pays. Un premier signe de cette présence remonte au mariage, en 1816, de la princesse Anna Pavlovna, fille du tsar Paul Ier, avec le prince héritier Guillaume II des Pays-Bas. La princesse a pu conserver sa foi orthodoxe et la pratiquait effectivement à la Cour royale. Une première chapelle orthodoxe est créée en 1862 à l'ambassade de Russie à Uccle, destinée au personnel. À la fin du XIXe siècle, une chapelle fut construite rue des Chevaliers à Bruxelles pour tous les orthodoxes. Une première paroisse voit le jour en 1900 à Anvers, dans la Jan van Gentstraat, où se réunissent principalement des Grecs qui viennent y célébrer leur arrivée au port ou leur installation définitive dans les environs..
Une véritable première vague de croyants orthodoxes arrive dans notre pays à la suite de la révolution russe (1917). En 1926, une paroisse est créée pour les Grecs à Bruxelles et d'autres paroisses voient le jour à cette époque, notamment à Gand et à Liège, toutes dépendant du patriarche œcuménique de Constantinople. Après la Seconde Guerre mondiale, ce sont principalement des Ukrainiens issus des camps de concentration qui viennent chez nous. Plus tard, des mineurs grecs suivent, ce qui entraîne la création de paroisses dans le Limbourg, le Borinage, Liège et Verviers. À cette époque, quatre jeunes prêtres sont également envoyés, dont Panteleimon, qui deviendra plus tard métropolite de Belgique. Ils sont chaleureusement accueillis par un prêtre catholique de Mons qui, de sa propre initiative, met son église à disposition.
La reconnaissance officielle de l'Église orthodoxe dans notre pays remonte à 1985 et a beaucoup changé les choses : une représentation claire auprès des pouvoirs publics, des cours de religion orthodoxe dans l'enseignement communautaire, des aumôniers dans l’armée et les prisons, la création de fabriques d'église, etc. Parallèlement à la perestroïka, de nombreux nouveaux croyants orthodoxes arrivent en Belgique, notamment des Roumains, des Bulgares et des Russes. Une nouvelle vague de migration vient de Grèce avec la crise financière de 2011.
Actuellement, il y a des paroisses orthodoxes dispersées dans toute la Belgique, plusieurs patriarcats (œcuménique, russe, serbe, bulgare et géorgien) et deux monastères (Pervijze et Vedrin). L'Église orthodoxe est en pleine croissance. Selon le métropolite Athénagoras, l'un des principaux défis aujourd'hui est l'importance de l'intégration et de la lutte contre les fanatismes qui se propagent, en particulier via TikTok. Le métropolite Athénagoras a conclu en se prononçant très fermement en faveur du dialogue œcuménique et de la coopération, y compris la prière commune et la bénédiction commune des fidèles. Il a explicitement apprécié la cordialité fraternelle des relations et le fait que l'Église catholique ait cédé plusieurs bâtiments d'église à des communautés orthodoxes au cours des dernières années.
Après la partie réunion, nous nous sommes rendus du doyenné à la cathédrale. Dans une chapelle latérale, les délégations catholique et orthodoxe ont célébré les vêpres ensemble. Dans cette magnifique église qui venait d'être fermée au grand public, la prière et les chants étaient particulièrement émouvants. La journée s'est terminée par un repas et une visite à Luminiscence, l'impressionnant spectacle son et lumière actuellement proposé plusieurs soirs par semaine dans la cathédrale Saint-Michel-et-Sainte-Gudule.
Sur le chemin du retour, après cette belle rencontre, les paroles prophétiques du cardinal Mercier sur l'œcuménisme résonnaient encore : "Pour ne faire qu’un, nous devons nous aimer ; pour nous aimer, nous devons apprendre à nous connaître ; pour apprendre à nous connaître, nous devons nous rencontrer".
Geert De Kerpel


📍 La rencontre entre les délégations catholique et orthodoxe faisait suite à une première réunion qui s'était tenue au palais archiépiscopal de Malines il y a quelques années. Du côté orthodoxe, ont participé cette fois-ci le métropolite Athénagoras, métropolite du patriarcat œcuménique (Constantinople), l'archevêque Dositée, du patriarcat de Géorgie, les évêques auxiliaires Marc du patriarcat de Roumanie et Joachim du patriarcat œcuménique, ainsi que le secrétaire de Mgr Athenagoras, le Père Evangelos Psallas. Du côté catholique, ont participé : l'archevêque Terlinden, les évêques Hoogmartens, Delville, Bonny, Aerts et Rossignol, l'évêque auxiliaire Kockerols, le secrétaire général Bruno Spriet et les porte-parole Tommy Scholtes et Geert De Kerpel. Le diacre Koen Jacobs était également présent. Il est membre de la Commission nationale des catholiques orthodoxes.

