De la lumière des plateaux à la nuit du désespoir, Steven Gunnel, le réalisateur du film Sacré-Cœur s'est livré dans plusieurs médias sur son parcours chaotique et sa conversion qui dépasse la simple histoire d’un film.
Steven Gunnell signe un retour inattendu. L’ex-membre du groupe Alliage, tombé dans l’oubli après la gloire, revient aujourd’hui en grâce avec Sacré-Cœur, un docu-fiction sur la foi chrétienne qui bouleverse le box-office. Depuis plus d'un mois, le film rencontre un succès inattendu. Une consécration pour le réalisateur passé par des étapes éprouvantes.
Dans les années 90, Steven Gunnell faisait rêver les adolescentes avec ses trois partenaires du groupe Alliage. “C’est un feu de paille qui nous a tous cramés”, confie-t-il en octobre sur le plateau de Tout Beau Tout N9uf. "Marqué au fer rouge ‘boys band’ sur le front… Le cinéma t’oublie, le théâtre t’oublie, la musique t’oublie. C’est la vraie descente aux enfers." Après la séparation du groupe en 1999, tout s'écroule. Plus de travail, plus d’argent, plus personne. “Quand tout s’arrête, tout s’arrête”, explique-t-il dans l'émission La foi en action sur RCF. "Viennent la dégringolade, l’alcool, la névrose." Surendetté, isolé, en proie aux crises d’angoisse, il quitte la France pour l’Angleterre.
"C’est vrai qu’à un moment donné, à force de descendre dans cette ambiance un peu dure, on essaie de trouver un terme à la souffrance" raconte-t-il sur le plateau de Cyril Hanouna. Un soir, au bord du gouffre, il décroche le téléphone pour appeler sa mère. "Allô maman, pardon, je vais faire une bêtise. Et maman me dit : ‘Pardon mon fils, je t’aime, j’ai fait ce que j’ai pu’. Et là t’as deux pardons qui se rencontrent, tout se pose d’un coup”, dit-il avec émotion. "Juste avant de raccrocher, maman me dit : ‘Avant de faire une bêtise mon fils, rentre dans une chapelle, te reposer.’ Et c’est de là que c’est parti."
Ce sera à Londres, dans la petite église Saint-James, que Steven vit ce qu’il décrit comme "une rencontre physique, palpable, avec ce Jésus d’amour. Ce Dieu fait homme qui a donné sa vie pour moi. C’était déjà les prémices du Sacré-Cœur qui brûlait à l’intérieur du mien. Je crois que ce désir de Dieu est profondément inscrit en chaque être humain." (KTO, “L’invité du jour”, octobre 2024).
Sacré-Cœur: un film de foi et de feu
Vingt-cinq ans après les refrains d’Alliage, Steven Gunnell revient, mais cette fois derrière la caméra. Avec Sacré-Cœur, réalisé aux côtés de sa compagne Sabrina (ancienne comédienne et collaboratrice de Robert Hossein), il raconte l’histoire de la dévotion au Cœur de Jésus et les visions de sainte Marguerite-Marie au XVIIe siècle.
"Ce film, c’est le fruit d’un long chemin de guérison et de lumière", confie-t-il lors d’une avant-première à Paris. Sacré-Cœur est un docu-fiction qui mêle reconstitutions, témoignages et réflexion spirituelle sur la place du Christ dans le monde contemporain. Financé à hauteur de 350 000 euros par le groupe Canal+, il a connu un parcours semé d’embûches : affiches interdites dans les transports en commun, déprogrammation à Marseille au nom de la laïcité, puis reprogrammation après décision de justice.
Mais le public, lui, a répondu présent. Sorti dans les salles le 1er octobre, le film a cumulé à ce jour près de 300.000 entrées en France . Il pourrait atteindre les 400.000 entrées, ce qui en ferait le film le plus rentable de l'année, vu son budget qui avoisine les 800.000 euros. “On espérait 20 000 spectateurs, on en a quinze fois plus”, s’émerveille Hubert de Torcy, directeur de la société de distribution SAJE (Le Figaro, 30 octobre).
Projeté dans plus de 350 cinémas, le film est désormais à l’affiche en Belgique. A l’écran, les spectateurs découvrent un mélange d’histoire, de foi et de quête intérieure, servi par une mise en scène sobre et lumineuse. "Ce n’est pas un film religieux au sens strict, explique Gunnell. C’est un film sur la rencontre, sur ce qu’il y a de plus humain dans le divin."
Foi retrouvée, vocation partagée
La conversion de Steven Gunnell ne s’est pas arrêtée à sa propre guérison. De retour à Paris, il reconstruit sa vie dans la prière et le silence. "Je passais des heures devant le Saint-Sacrement. Je pensais même devenir prêtre", confie-t-il à Famille Chrétienne. Finalement, c’est avec Sabrina qu’il choisit un autre chemin, celui du témoignage par l’art. Ensemble, ils signent aussi un livre, Objectif Dieu (Éditions de l’Emmanuel), dans lequel ils racontent leur parcours de foi et de couple.
Leur projet est clair: utiliser le cinéma comme une mission. "Nous avons fait le choix radical de Dieu. Notre but n’est pas d’imposer, mais de témoigner. Le cinéma peut être un lieu d’annonce, de beauté et de rencontre."
Aujourd’hui, Steven parle de paix, de joie et d’un feu intérieur qui ne s’éteint plus. "Ce Sacré-Cœur de Jésus, je l’ai longtemps cherché. Je l’ai trouvé au fond de ma nuit." De l’idole pop à l’homme habité, Steven Gunnell signe l’une des plus saisissantes reconversions artistiques et spirituelles de ces dernières années. Un itinéraire qui, à sa manière, résume une phrase du film: "Le Christ ne demande pas des héros, il demande des cœurs brûlants."
Sources : KTO, Tout Beau Tout N9uf (W9, 23 octobre 2025), Télé 7 Jours, Famille Chrétienne, Le Figaro, Saje Distribution.
