Opinion : Mais pourquoi Notre-Dame de Paris est-elle si pleine, et les autres églises si vides ?


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Opinion : Mais pourquoi Notre-Dame de Paris est-elle si pleine, et les autres églises si vides ?
© CathoBel/PG
Par Michel WERY
Publié le
4 min

Michel Wery s’est récemment rendu à Notre-Dame. Il était loin d’être le seul ! Serait-il possible que ces innombrables visiteurs découvrent aussi la beauté de nos églises locales? Celles-ci, aussi, ont été construites pour emmener les âmes vers le Ciel.

Il y avait foule ce dimanche-là sur le parvis de l’église. Certes, il ne s’agissait pas de n’importe quelle église puisque ce dimanche-là, nous décidâmes d’aller à la messe à Notre-Dame de Paris, récemment partiellement reconstruite et restaurée à grands frais.

Petite digression: mon seul lien avec Notre-Dame de Paris est que depuis mon veuvage, chacun de mes passages sur place est marqué par de drôles de hasards… que je perçois comme des clins d’yeux du Bon Dieu: la rencontre avec une amie d’enfance de feu ma femme perdue de vue, l’évangile de notre messe de mariage, les retrouvailles avec un ami commun résident du bout du monde et présent ici même où je ne viens que très rarement, etc.

Les deux files

Cela grouillait de partout. Le parvis était noir de monde. Deux files d’attente: la première pas trop longue attirait celles et ceux qui voulaient participer à la messe de 11 heures. La seconde, interminable, et dont je ne voyais pas la fin, attirait les touristes qui voulaient faire un tour à l’intérieur de l’église.
Nous n’eûmes pas trop à patienter et nous nous retrouvâmes dans la nef centrale en attendant le début de la messe. Messe traditionnelle, tout ce qu’il me fallait, en langue française, chantée avec ferveur.

Quel ne fut pas mon étonnement en voyant ces cohortes humaines qui déambulaient comme un troupeau sans fin dans les nefs latérales, et cela même pendant la célébration de l’eucharistie. Ci et là j’observais que des "gardiens du temple" demandaient aux visiteurs de se couvrir les épaules quand ces derniers avaient des tenues fort déshabillées …

Bizarrement, je n’étais pas touché

La messe, ressemblant à nos messes habituelles, put débuter. Ma compagne, scientifique rationaliste, était émerveillée par le lieu. Touchée par l’ambiance. Emue… Bizarrement, moi pas, même pas du tout. Certes, l’ensemble est splendide, la restauration de l’église remarquable. Certes, la hauteur des voûtes est impressionnante, la blancheur de la pierre…

Tout alentour de la nef centrale, ces milliers d’estivants circulaient à la queue leu leu, la plupart munis d’appareils photo ou de GSM pour capter l’instant. Je sortis de l’église, satisfait de ma messe et comme blasé par la beauté des lieux qui m’avait laissé indifférent. J’essayais de comprendre ce qui se jouait en mon for intérieur.

Ma chère église de Huldenberg

Pourquoi tant d’émerveillement alors que certaines de nos églises sont pareillement immensément belles… et désertées?
Je repensais à celle de notre paroisse, apparemment sombre et dont les vitraux lumineux et colorés vous invitent au recueillement silencieux et à explorer les mystères de SON inspiration.

Je repensais à ma chère église de Huldenberg, toute proche de la Hulpe, que j’aime découvrir des hauteurs qui surplombent le village et vous font vous émerveiller par ses formes si équilibrées, sa pierre blanche sur laquelle la lumière explose, et son clocher comme attiré vers le ciel en toutes saisons. Je repensais à l’église de mes vertes années qui, comme pour nombre d’entre nous, marqua de façon indélébile mon parcours de foi à un âge où les saisons semblent lumineuses, nos perceptions délicates, où tout est sensible, où tout est possible…
Ces cohortes bruyantes et silencieuses
Alors, bien sûr, Notre-Dame de Paris est très belle !
Mais nos églises le sont tout autant !
Et nos églises se vident ou sont désertées?!
Il y a de quoi s’interroger !!

Car s’il est vrai que ce sont des hommes qui, par leur génie, ont construit ces édifices d’exception, sans doute le faisaient-ils au nom d’un idéal supérieur. Si tant de touristes convergent du monde entier vers le parvis de Notre-Dame, peut-être sont-ils mus, eux aussi, par une espérance pressentie, par une intention indicible, inavouée ou même inconsciente.

Car, hé oui ! ces cohortes sans fin, ce sont annuellement des millions de personnes qui traversent au pas de charge Notre-Dame de Paris, chacune d’entre elles mue par des motivations
bien différentes – culturelles, architecturales, historiques, et pour certaines de foi.
Etrangement, ces cohortes bruyantes à l’extérieur de l’église observent un silence plutôt exemplaire à l’intérieur. Que pressentent-elles ces grappes humaines traversant ce lieu de mémoire, ce lieu de foi?

Une belle mission pour le service marketing

Ainsi, je changeai mon regard sur ces touristes aux mille visages, aux mille origines, originaires de mille contrées… Des cohortes de visiteurs en quête de lieux inspirants… et des milliers d’églises désertées, dont certaines de grande beauté, menacées de désacralisation, faute de paroissiens. Quel dommage
Se pose en moi cette question. Comment "toucher au cœur" ces millions de visiteurs qui n’imaginent vraisemblablement pas que l’objectif de tant de beauté, conçue par les hommes tout au long des siècles, avait une visée encore plus haute: capter les âmes et les attirer vers ce qui élève encore plus haut, Lui?!

En voilà une belle mission pour les services "marketing" de l’Eglise de Rome: attirer les foules pour les inviter à venir communier à SA table…

Michel WERY

(Titre, chapeau et intertitres sont de la rédaction)

Catégorie : Opinions

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