À quel jeu la Russie joue-t-elle en ce moment ? Depuis quelques jours, des drones russes s’immiscent dans l’espace aérien européen.
Le week-end dernier, plusieurs drones ont été observés au-dessus d’installations sensibles au Danemark, survolant notamment la plus grande base militaire du pays. Le Danemark n’a pas formellement identifié l’origine de ces drones mais pointe la Russie du doigt, par l’intermédiaire de sa première ministre Mette Frederiksen. Le pays est en état d’alerte puisque c’est à Copenhague que le sommet de l’Union européenne se déroule en ce moment. Quelle est la raison de ces incursions et pourquoi interviennent-elles maintenant ? C’est cette question qui a fait office de point de départ de l’émission d’actualité internationale sur 1RCF, le premier octobre dernier.
La France, l’Allemagne et la Suède ont envoyé au Danemark des moyens de lutte anti-drones suite aux incursions de drones russes dans son espace aérien. À plus longue échéance, les pays européens prévoient de bâtir en quelques années un mur anti-drones à l’est de l’Union européenne. Il s’agirait d’un dispositif de détection et de destruction de drones intrus.
Si de tels éléments ne sont pas forcément les prémisses d’une guerre, ce sont en tout cas des manœuvres conjointes destinées à contrer les attaques d’une puissance hostile dans l’espace aérien de l’Otan. Autrement dit : ce sont des affrontements, certes indirects, mais bien réels. Cette situation de guerre non-déclarée, à bas bruit, entre la Russie et plusieurs pays européens, aurait été inimaginable avant le 24 février 2022.
Tester les limites de l’Otan
Quelles sont aujourd’hui les raisons de cette tactique d’usure et d’intrusions de la part de la Russie ? Est-ce de l’ordre du sabotage inconscient ou de la tactique sur le temps long ? Ce sont en tout cas des infractions dans l’espace aérien de l’Otan. Selon toute vraisemblance, cela semble destiné à tester les limites de l’Otan, sa capacité à agir et à montrer les muscles.
D’autres drones russes pilonnent pendant ce temps les villes ukrainiennes, nuit après nuit, et sèment la mort. Pourtant, le président américain Donald Trump parle depuis quelques jours de la Russie comme d’un tigre de papier puisque, dit-il : « une vraie puissance militaire aurait remporté la guerre en moins d'une semaine ».
C’est oublier un peu vite peut être la tactique de la Russie, faite à la fois de nuisance, d’usure et de pourrissement. L’effort de guerre par ailleurs tient encore debout l’économie Russe qui paradoxalement a besoin de cette guerre pour ne pas s’écrouler.
« Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter »
Alors que nous entrons doucement dans le quatrième automne depuis l’invasion de l'Ukraine par la Russie, il est temps de revenir, une fois de plus, aux racines de ce conflit enlisé pour tenter d’en comprendre les issues possibles. Revenir à ce qu’il s’est tramé avant le mois de février 2022, quand, par ordre du président russe Vladimir Poutine, des troupes ont envahi l’Ukraine à partir de la Russie, de la Biélorussie et des territoires ukrainiens occupés par les Russes depuis le début de la guerre russo-ukrainienne déclenchée, celle-là, en 2014. C’est à ce travail d’excavation du mal profond qui sous-tend cette guerre que se sont livrés, pour l’émission internationale de RCF le 1er octobre dernier, le prêtre orthodoxe Christophe d’Aloisio et Aude Merlin, professeure de science politique à l’ULB, tous deux fins connaisseurs du monde russe.
Les moldaves ont voté ce week-end en faveur de l’Europe
Non sans lien, le week-end dernier, les moldaves ont voté, et leurs suffrages sont allés majoritairement vers un parti favorable à l’union européenne. Les autres partis en lice avaient, eux, plutôt le regard tourné vers Moscou. Ces élections sous haute tension avaient valeur de test après plusieurs campagnes de désinformation agressive menées par la Russie. Le parti pro-européen PAS de la présidente Maia Sandu a remporté les législatives avec plus de 50% des voix. Le Bloc Patriotique (prorusse, tout en se disant patriote) a obtenu quant à lui un score de 25% des voix.
C’est un soulagement pour l’Europe, mais un sursis tout de même. Parfois la pièce tombe d’un côté, parfois de l’autre, et la Russie de Poutine étend patiemment sa toile, se rêvant en Grande Russie de nouveau.
C’est peut-être ça, ce que le président américain, dans son empressement légendaire, ne comprend pas : dans un monde accéléré, follement rapide, le temps reste long pour des pays comme la fédération de Russie qui s’étalent sur 11 fuseaux horaires différents.
JULIEN PAUL
