Le journal de frère Roger


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Le journal de frère Roger
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Des textes inédits de frère Roger composent ce joli petit livre. Le fondateur de Taizé y fait part de ses questionnements, de ses doutes, de ses tâtonnements et de ses convictions.

 

"A la joie je t'invite" est la formule qu'utilisait frère Roger lorsqu'il écrivait aux frères de la communauté de Taizé. Elle a donné le titre du deuxième volume de la collection "Les écrits de frère Roger, fondateur de Taizé", qui apporte un éclairage nouveau sur les origines de cette communauté au travers d'une compilation de fragments inédits écrits par le religieux suisse entre 1940 et 1963.
Après un prologue, qui reprend les premières lignes d'un ouvrage que frère Roger a tenté par deux fois d'écrire, ce livre ressemble à un journal entrecoupé de réflexions et de méditations, dans une alternance qui donne un rythme de lecture très agréable.
frère Roger avait entamé ce journal à son adolescence. Il en a poursuivi l'écriture avec plus ou moins de régularité, sans doute parce qu'il estimait lui-même qu'il était vain d'écrire un tel journal. Ce dernier commence ici en août 1940, quand il arrive à Taizé.
Si l'on sourit à l'anecdote du rêve prémonitoire (fait par une certaine sœur Hildegarde en 1927!) à propos de cette installation, on réagit avec plus d'étonnement sur le fait que Frère Roger confie dans ce journal qu'il a toujours regretté le choix de ce lieu, dans la vallée de la Grosne, et que ce fut même pour lui une douleur lancinante. Un sentiment qu'il combat quelques lignes plus loin quand il parle de l'inutilité des regrets et écrit "que l'homme se désagrège dans le regret". Et d'insister: "Le regret stérilise. Le regret débilite."

Doutes et convictions

Dans ce livre qui invite à la joie, frère Roger laisse libre cours à l'écrivain pour exprimer sa vision poétique de la vie, l'allégresse de la nature. Mais les pages montrent aussi la nature inquiète de l'auteur et fait apparaître la profondeur des souffrances qu'il connaît. En particulier sur la question de la division des chrétiens, qui traverse bien évidemment cet ouvrage de part en part. Ainsi, à la date du 30 mai 1958, il s'adresse aux catholiques: "Soyez authentiques, conséquents avec la profession de votre foi et de la charité, et vous résoudrez plus que vous ne le supposez l'insoluble drame de nos divisions entre chrétiens."
L'unité de l'Eglise fait d'ailleurs l'objet de toute une méditation, dans laquelle frère Roger ose explorer tous les chemins, quitte à revenir en arrière s'ils s'avèrent ne conduire nulle part.
Le livre est aussi un précieux témoignage sur la lente gestation de la petite communauté de Taizé dont la vocation œcuménique s'est dessinée peu à peu, comme la vocation monastique de son fondateur, dans ce tiraillement douloureux avec le protestantisme de l'époque.

Le tournant Vatican II

A plusieurs reprises, ces "fragments inédits" évoquent aussi le Concile Vatican II et Jean XXIII que frère Roger présente comme "l'homme qu'il a le plus vénéré sur terre et qu'il a aimé comme un père." La dernière partie du livre est d'ailleurs entièrement consacré au "bon pape". L'hommage que lui rend ainsi frère Roger est le dernier texte qu'ait écrit le fondateur de Taizé avant qu'il ne meure, au soir du 16 août 2005, par le geste fou d'une jeune femme.

Pierre GRANIER

"A la joie je t'invite", Frère Roger de Taizé, Les Presses de Taizé, 236 pages.

Catégorie : Culture

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