N’est-elle pas horrible la souffrance injuste que subissent aujourd’hui, de par le monde, tant d’enfants, de jeunes, hommes et femmes, volontairement ou par voie de conséquence de situations dramatiques? Osez-vous la regarder en face et ne pas rester immobile, insensible? Jésus, lui, s’est investi, s’est incarné, pour s’y opposer, pour l’assumer en son corps. Il a fait la vérité sur ceux qui la perpétuent, afin de dépasser le désespoir dans un acte de miséricorde.
Osez-vous lever les yeux sur celui qui est suspendu sur le bois de la croix, agonise. Lui qui combat encore en confiant son disciple à sa mère. A celui ou celle qui met sa confiance en Jésus, Il lui promet la vie avec lui, par-delà la mort! Car Jésus n’est pas venu vivre sur terre pour condamner, mais au contraire pour mettre en lumière ce qui a été caché, est obscurci ou voilé. Jésus, le juste juge, met tout en lumière, pour nous libérer de nos chaînes. Il cherche à révéler l’amour inconditionnel de Dieu (Jn 3,16).
Si comme Nicodème, nous arrivons à Jésus, dans la pénombre, la crainte des autres, nous serons appelés à une conversion totale, qui découvre en lui la présence divine. Car la lumière de Jésus est plus féconde que brumes et brouillards d’une vie étriquée ou masquée. Oui, quarante jours après s’être montré en pleine lumière, glorieux, transfiguré devant ses disciples, voici qu’il se montre en croix, témoignant que le don de sa vie triomphe du mal et de la mort. Jésus éclaire notre destinée humaine en l’ouvrant à la vie en plénitude avec lui.
Jésus, "le Fils de l’homme, est descendu du ciel" (Jn 3,13; cf Ph 2,6-11) et est "élevé" en croix pour nous ouvrir à un avenir avec lui. C’est la première mention évangélique du mystère du salut par la croix et de "la vie éternelle" (Jn 3,15).
Comment Jésus a-t-il sauvé le monde? Jésus nous sauve parce qu’en tant qu’être humain, "Fils de l’homme", triomphe de l’absurdité du mal en gardant une foi inébranlable en Dieu. Et Jésus "descendu du ciel", nous sauve parce qu’en tant que Fils de Dieu, malgré l’atrocité de nos refus et l’ignominie de la condamnation à mourir crucifié, il garde confiance en ses créatures, dans le désir intime de l’être humain, son "image", de répondre à son amour. Jésus a osé regarder sa croix comme un défi de don de soi et de preuve d’amour non-violent et fidèle à sa mission profonde (Jn 16,5). Jésus a osé prier son Père (Jn 19,28c, cf. Ps 22,16; 69,22) pour retourner l’offense en acte de pardon, pour radicalement transformer la haine en acte du "plus grand amour" pour nous, ses "amis" (Jn 15,15).
"Rayonne sur le monde qui cherche la vérité, ô Croix, source féconde d’amour et de liberté. Redonne la vaillance au pauvre et au malheureux, c'est toi notre espérance qui nous mènera vers Dieu. Rassemble tous nos frères à l'ombre de tes grands bras. Par toi Dieu notre Père, au ciel, nous accueillera. Victoire tu règneras, ô Croix tu nous sauveras!"

Frère Christian EECKHOUT, O.P
