Deux ans après le séisme provoqué par Godvergeten, la télévision flamande revient à la charge. La chaîne privée VTM propose De nonnen (déjà disponible sur Pickx+). Ce documentaire en quatre volets est consacré à des pages sombres de la vie religieuse féminine en Flandre. Les récits de victimes y occupent une place centrale.
La série s’appuie sur de nombreux récits, souvent tus pendant des décennies. Certains concernent la période 1950-1990, marquée par des violences infligées à des enfants dans des orphelinats et centres d’accueil dirigés par des congrégations. D’autres évoquent des mères contraintes d'abandonner leur enfant, dans un contexte où adoptions nationales et accouchements sous X étaient courants.
Un épisode particulièrement marquant aborde le cas de l’orphelinat Saint-Vincent à Zelem, où des enfants auraient disparu et auraient peut-être été enterrés anonymement. Dès la semaine dernière, le Parquet du Limbourg a annoncé l'ouverture d'une enquête à ce sujet.
"Les faits sont horribles"
Ces révélations ont naturellement poussé l'Eglise, et en particulier l'Union des Religieux en Flandre (Unie van Religieuse in Vlaanderen) à réagir. Sa présidente, soeur Mieke Kerckhof, est actuellement fortement sollicitée par les médias - flamands en particulier. Elle plaide, précisément, pour que la justice enquête en profondeur sur les cas mis en lumière. "Je n’ai pas de mots… Sidération. Honte par procuration. Les faits sont horribles et incompréhensibles", a-t-elle confié à nos collègues d'Otheo. "Je trouve que les témoins ont parlé avec beaucoup de force et j’espère que la série aidera des personnes qui se taisent encore à enfin se confier à quelqu’un. J’espère aussi que les témoins se sentiront respectés et reconnus."
"Nous présentons nos excuses"
Par l'intermédiaire de sa présidente, URV a publiquement présenté ses excuses. "Nous présentons nos excuses explicites aux victimes. Leurs récits – souvent tus pendant des années – nous touchent profondément", a déclaré sœur Kerckhof. L’Union rappelle que les victimes peuvent désormais s’adresser à des structures d’écoute, tant au sein de l’Église que via des instances indépendantes.
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URV souligne également que l’Église a adopté depuis 2010 une politique de "tolérance zéro" en matière d’abus sexuels et a mis en place des procédures d’accueil et de reconnaissance des victimes. Mais elle reconnaît que le chemin reste long. "Nous restons engagés à traiter le passé avec soin et respect, à rendre justice et à offrir reconnaissance aux victimes d’alors, tout en garantissant aujourd’hui un espace sûr pour tous", affirme sœur Kerckhof.
Quelques critiques sur le format
La parole de soeur Kerckhof permet aussi d'en apprendre davantage sur la façon dont URV a été informée du projet. En réalité, URV a pu visionner chaque épisode de la série en amont. "Le contact avec les réalisateurs, la productrice Barbara Van Poeck et le journaliste d’investigation Tom De Smet, a été agréable", indique la religieuse. URV a aussi pu donner un feedback au terme de chaque épisode. "Parfois il a été pris en compte, parfois pas."
Celle-ci déplore surtout le fait qu'URV n'ait eu la possibilité de réagir directement face à la caméra. "Nous aurions pu alors exprimer plus personnellement nos émotions et nos excuses pour les dérives du passé. Mais cela nous a été refusé", explique sœur Kerckhof. A la place, seules de brèves réactions apparaissent sous forme de panneaux en fin d’épisode. "C’est surtout regrettable, car un simple carton dit si peu et peut paraître froid. Nous aurions pu apporter plus de nuances, en particulier dans l’épisode 4, où des religieuses sorties de congrégation racontent leur expérience. Une femme explique qu’à son entrée, on lui a donné un nouveau nom et un habit. Cela est présenté comme une privation d’identité et de personnalité. Nous aurions dû pouvoir en expliquer la signification religieuse, selon moi."
"Briser la culture du silence
Parallèlement, comme pour Godvergeten, la série pourrait donner l'impression que certaines pratiques demeurent d'actualité, ou n'auraient fait l'objet de réaction de la hiérarchie. "Des dérives peuvent toujours apparaître, mais il y a aujourd'hui beaucoup plus de prévention et on réagit beaucoup plus rapidement."
En tous les cas, en mettant en lumière ces pages sombres, De nonnen promet d’avoir un fort impact émotionnel. Elle s’inscrit dans une démarche de mémoire mais aussi de confrontation, tant pour l’Église que pour la société flamande. Pour URV, la diffusion est douloureuse mais nécessaire : "Les victimes nous rappellent, par leur courage, qu’il est de notre devoir de briser à jamais la culture du silence."

