Anne Le Maître nous invite à réinventer nos refuges


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Anne Le Maître nous invite à réinventer nos refuges
Par Angélique TASIAUX
Publié le - Modifié le
3 min

Géographe et aquarelliste, Anne Le Maître s’interroge sur le monde qui l’entoure. Partant de sa propre expérience, elle réfléchit au besoin de se réfugier et à ses implications. Voilà une pensée vivifiante pour une époque bousculée.

Ah, la douceur d’un refuge, ce lieu parfois créé de toutes pièces pour correspondre à l’imaginaire des enfants. Certains d’entre eux ne cessent d’ailleurs de construire des cabanes, des abris, des maisonnettes, au jardin ou sous un lit…

A leur instar, beaucoup d’adultes embellissent leur chez-eux avec soin. Il devient alors un lieu à privilégier, un lieu à protéger et sans cesse à améliorer. Une forme de miroir de leurs états d’âme intimes. Oui, mais c’est là que le bât blesse… N’y aurait-il pas un risque à se couper du monde, à force de se replier sur soi et à chercher sans fin son contentement ou son confort ? Anne Le Maître n’élude pas la question. Elle y prend même appui pour une réflexion qui suit l’actualité sans tremblements ni précipitation. "Dérisoire, légitime et indispensable, tel m’apparaît notre désir de refuge", écrit l’auteure, confessant son propre attachement à une maison établie en Bourgogne, au milieu des chats et des livres. La présence de ceux-ci couvre ses murs et semble raffermir la solidité même de son habitat. "A tous nos maux, la fiction serait-elle la solution ?", se demande-t-elle.

Se réfugier pour mieux accueillir

Par-delà la sécurité qu’ils procurent, ces abris ne doivent pas se transformer en vase clos ni en prison, dépourvue d’ouvertures vers… les autres. Il est plutôt utile d’ajuster "[s]a présence au monde de manière à mieux l’endurer sans en être dupe". Car s’il est des refuges, il est aussi des réfugiés…
Les réfugiés dont nous suivons les errances souvent par voix interposée, toutes ces personnes déplacées de force, représentent plus de 117 millions de personnes dans le monde, soit une personne sur 69 à l’échelle planétaire en 2023 ! Qu’ils soient réfugiés pour une raison politique, climatique ou pour cause de guerre, ces humains se trouvent précisément… sans refuge.

Des mutations incessantes

"Le désir de refuge, écrit encore Anne Le Maître, c’est aussi parfois la nostalgie de nos nids." Un nid n’est pas éternel, il correspond à des tranches de vie. Songez à une maison de famille où les enfants grandissent, qui sera troquée par la suite pour un espace plus réduit, à la mesure des besoins réels.
Parmi tous ces abris que l’homme s’approprie, il en est qui lui résistent et l’invitent à appréhender un autre rapport au temps.

Dans ces lieux – qu’il s’agisse d’une église ou d’une forêt – qualifiés de sanctuaires et propices à la rencontre, l’humain se dévêt de son impatience. Il fait table rase de ses préoccupations ordinaires et s’offre la possibilité de s’ouvrir à la transcendance. Après s’être régénéré voire recueilli, il est prêt à se décentrer pour accueillir l’autre et se laisser bousculer par sa rencontre.

Angélique TASIAUX

📗 Anne Le Maître, Faire refuge en un monde incertain. Cerf, 2025, 192 pages.

Catégorie : Culture

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