Opinion : Laudato si’, les symptômes d’un abandon de poste


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Opinion : Laudato si’, les symptômes d’un abandon de poste
Par Jacques Bihin
Publié le
3 min

Dix ans après la parution de l’encyclique, plusieurs initiatives ont été prises pour sensibiliser les chrétiens aux questions écologiques et sociales. Jacques Bihin, diacre permanent, très engagé sur ces questions, regrette pourtant l’insuffisance des efforts. Et plaide en faveur d’une véritable conversion.

Il y a dix ans paraissait l’encyclique Laudato si’, provoquant à l’époque une profonde prise de conscience au sein de l’Eglise catholique, et saluée unanimement au-delà de ses frontières. Mais aujourd’hui, que reste-t-il de cet élan? Quels changements concrets observe-t-on dans l’Eglise en Occident?

Des changements timorés

Certes, quelques nominations ont été faites, des services créés, des initiatives proposées, des messages relayés. L’écologie a parfois aussi été opportunément utilisée pour résoudre certaines questions temporelles. Mais au fond, les changements restent dérisoires au regard des enjeux. Le pape François nous a appelés à une conversion, et nous n’avons entendu qu’une prise de conscience - non contraignante. Les changements de comportements restent singulièrement timorés.

Un exemple dérisoire

J’ai assisté, le dimanche 11 mai dernier, à l’homélie la plus engagée que j’aie entendue sur Laudato si’. Elle fut prononcée dans un cadre très solennel: l’ouverture de l’Octave du pèlerinage de Notre-Dame Consolatrice des Affligés, en la cathédrale de Luxembourg, par le cardinal Hollerich. L’analyse des enjeux écologiques était limpide et très engagée de la part de cet ancien jésuite. L’appel à une prise de conscience, explicite et courageux. Malheureusement, le seul exemple concret donné pour inviter à changer notre comportement était dérisoire: il s’agissait de préférer le chocolat issu du commerce équitable. Un geste certes louable, mais bien mal choisi comme exemple central. D’une part, il faudrait en réalité réduire notre consommation de produits exotiques en général; d’autre part, ce type de geste peut trop facilement donner bonne conscience, et masquer l’ampleur des véritables engagements requis.

Le symptôme d’une hypocrisie

Ce décalage entre conscience et mise en œuvre illustre à mes yeux le symptôme d’une hypocrisie propre à l’Occident, et à l’Eglise catholique en particulier. Les plus audacieux d’entre nous osent nommer les causes profondes de la crise écologique, mais rares sont ceux qui ont le courage de nommer les changements concrets qu’elle impose. Et il ne s’agit pas ici d’idéologie: la crise écologique est un fait scientifique, un problème d’ordre physique. Si – par exemple – l’utilisation de l’avion ou de la voiture n’avait aucun impact environnemental, nous ne pourrions que nous en réjouir. Mais ce n’est pas le cas.

Voici quelques exemples de recommandations concrètes qu’il faut avoir le courage d’assumer, si l’on veut rester cohérent:

  • Diminuer tous les déplacements de loisir autrement qu’en train, tram, bus ou à vélo.
  • Réduire notre consommation de viande – surtout de viande rouge – et privilégier les produits locaux.
  • Accepter des rendements moindres sur notre épargne, en optant pour des placements durables.
  • Utiliser notre pouvoir de citoyens pour soutenir des politiques réellement engagées dans la transition écologique.

Osons nommer les changements de comportement nécessaires autant que les constats de la crise. L’Eglise en sortira grandie dans sa cohérence.

Jacques BIHIN

(Intertitres et chapeau sont de la rédaction)

Catégorie : Opinions

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