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Thierry Vander Poelen: « Je constate une vraie soif de connaître et de pratiquer la religion chez les militaires »


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Thierry Vander Poelen: « Je constate une vraie soif de connaître et de pratiquer la religion chez les militaires »
En mai 2024, près de 15.000 militaires de 40 pays différents se sont rassemblés à Lourdes pour le 64e Pèlerinage Militaire International. © Army Chaplaincy Belgium / Facebook
Par Jacques ZEEGERS
Publié le
4 min

Deux aumôniers ont accepté de répondre (séparément) à nos questions sur leur expérience: l’abbé Robrecht Boone, actuel curé de la Paroisse et aumônier militaire en chef honoraire, et l’abbé Thierry Vander Poelen, aumônier militaire depuis 2020 après avoir été curé de paroisse et aumônier de prison. A partir du 1er mai de cette année, il prendra la relève de l’abbé Boone comme curé de la paroisse.

Quel est le rôle d’un aumônier militaire?

Robrecht Boone

Robrecht Boone: Le rôle d’un aumônier militaire, c’est avant tout d’être présent, d’être le visage accueillant et compréhensif de l’Eglise dans un milieu qui n’est pas forcément pratiquant ou croyant. Prêter une oreille attentive. Mon expérience à Beauvechain montre que lorsqu’on est là et que l’on vous voit souvent, vous devenez avec le temps un des leurs. Et alors, on vient tirer votre manche et dire: Padre avez-vous deux minutes?
Thierry Vander Poelen: Je résumerais ce rôle en six verbes: écouter, encourager, interpeller, vivre, croire et célébrer.

Comment se passent les contacts avec les militaires?

RB: A Beauvechain, il y avait un réfectoire pour les officiers et un réfectoire pour les autres. C’est celui-là que je fréquentais. Je ne suis allé qu’une ou deux fois chez les officiers, sur invitation. Lorsque je faisais la file, je ne savais jamais avec qui j’allais manger. C’était une façon de rencontrer les gens et de discuter. En principe, j’étais présent à toutes les obsèques, même les obsèques civiles. Les 24 et 31 décembre, je passais toujours les voir, pour encourager ceux qui y travaillaient! Je trouvais très important d’être présent et d’être à l’écoute tout en restant discret car nous ne sommes pas là pour convertir les gens. Il m’est arrivé de célébrer une messe dans un hangar sur les ailes d’un avion. Il faut saisir les occasions mais ne jamais s’imposer.

TVP: Les jeunes sont demandeurs de dialogue. Il n’y a pas un colloque ou une célébration où un jeune vient chez moi et demande à être baptisé. Nous sommes fort sollicités. Je constate une vraie soif de connaître et de pratiquer la religion chez les militaires, avec beaucoup de retenue, mais avec un intérêt nouveau.

Le pèlerinage militaire à Lourdes et les missions à l’étranger constituent des points forts de votre expérience d’aumônier…

RB: J’ai été directeur de ce pèlerinage militaire durant des années. Il réunit plus de 15.000 participants de très nombreux pays dont environ 150 Belges. J’ai notamment invité les musiciens de la force aérienne. Ils n’en revenaient pas. Plusieurs m’ont dit: "On n’a jamais vécu quelque chose de pareil!" Les militaires n’ont pas une vie facile. Les missions à l’étranger sont parfois éprouvantes; il arrive même que les enfants en bas âge ne reconnaissent plus leur père après une longue mission. Il y a beaucoup de choses que l’on ignore dans le monde civil.

TVP: Ce pèlerinage constitue effectivement un moment fort. On y voit certains participants, qui se disent non croyants, déposer discrètement une bougie à la grotte.
Les missions à l’étranger, quant à elles, permettent des contacts plus suivis. Pour les militaires éloignés de leurs familles, ce n’est pas nécessairement facile. Il faut pouvoir les accompagner. Cela nécessite une présence continue: non seulement célébrer la messe ou confesser, mais aussi faire du sport ou jouer au billard; parfois aussi rendre visite aux familles qui souffrent de l’éloignement du soldat. Il n’y a plus de place pour des aumôniers mondains qui ne parlent qu’aux officiers. Nous n’avons aucune autorité, mais nous restons toujours un recours lorsque le dialogue est difficile. Comme personne de confiance, nous pouvons faire en quelque sorte de la "maïeutique", aider les soldats à définir et exprimer leurs problèmes avant qu’ils ne l’exposent à leur hiérarchie.

Comment voyez-vous l’avenir de l’aumônerie militaire avec la pénurie de vocations?

Thierry Vander Poelen

TVP: Nous sommes hélas! peu nombreux: 11 aumôniers dont 6 prêtres pour tout le territoire de la Belgique avec des casernes un peu partout. Nous passons pas mal de temps dans les trains…
Comme c’est le cas pour l’ensemble du clergé, les aumôniers militaires avancent aussi en âge. Il faudra les remplacer tôt ou tard. Il y a de la place pour des laïcs, hommes ou femmes. Tous ne doivent pas nécessairement être prêtres, mais il faut avoir de solides convictions spirituelles, être bien formé et être en bonne forme physique car, pour accompagner efficacement les soldats en mission, on doit pouvoir les suivre partout. Une grande disponibilité est également nécessaire. Plus vous êtes présents, plus vous êtes sollicités. ce qui me fait penser qu’une fonction d’aumônier militaire à mi-temps n’est pas indiquée pour un prêtre en paroisse.

Jacques ZEEGERS

Catégorie : Eglise Belgique

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