« Le miracle sur la bûche »: découvrez notre conte de Noël…


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« Le miracle sur la bûche »: découvrez notre conte de Noël…
Par Franz CLÉMENT
Publié le - Modifié le
10 min

C'est pour elle une tradition: chaque soir de Noël, cette dame âgée s'offre une bûche au chocolat, décorée de petites figurines. Mais cette année, une apparition-surprise va avoir lieu. Et la fête sera inoubliable…

Une dame âgée s’apprêtait, comme chaque 24 décembre, à préparer une bûche pour le dessert de son réveillon qu’elle passerait seule avec ses souvenirs. La tradition était aussi obligatoire qu’immuable. Un réveillon sans bûche n’était ainsi nullement concevable pour elle. Certes, depuis de nombreuses années, Noël n’avait plus tout à fait le même goût. Elle avait perdu son mari naguère ainsi que sa petite fille, il y a plus longtemps encore, d’une terrible maladie invalidante qui l’avait condamnée toute jeune. La brave dame n’avait pas été épargnée par les épreuves.

La fameuse bûche de notre dame se devait d’être chocolatée et décorée des mêmes figurines d’année en année: un bonhomme de neige coiffé d’un feutre noir, un petit soldat habillé à la mode des armées napoléoniennes et un sapin qui, au moment de servir, deviendrait d’un coup enneigé sous l’effet d’un heureux et hasardeux saupoudrage de sucre glace. Ces décorations n’avaient pas d’âge, étaient presque aussi anciennes que la dame elle-même.

Celle-ci conservait dans une boîte métallique ces petits sujets de Noël en Noël. Cette fois encore, elle sacrifia à la coutume. La bûche une fois confectionnée, elle la déposa sur un plateau dans un endroit frais du hall d’entrée, juste à côté d’un petit sac de papier au contenu indéterminé... C’est alors que s’enclencha entre les figurines décoratives une conversation qui, elle aussi, était immuable et devenue partie intégrante de toutes les fêtes de la Nativité dans la maison. 

Le souvenir de la campagne de Russie

Le sapin fut, comme d’habitude, le premier à ouvrir la discussion, en s’adressant à ses compères.

- Vous avez de la chance, vous deux, vous n’êtes pas enracinés et vous êtes libres de vous déplacer comme vous l’entendez, tandis que moi je n’ai pas d’autre choix que de tout supporter en position debout de ma naissance à ma mort. La vie ne connaît pas la moindre fantaisie pour moi, si on excepte le sucre glace dont on me décore une fois par année.

La ritournelle indisposait le vieux soldat qui, se référant au passé qu’il représentait, fulminait:

- Tu crois que c’est agréable pour moi de marcher dans la crème au beurre sur la bûche? Ça me rappelle la campagne de Russie quand il fallait progresser dans la neige et que les camarades blessés mouraient gelés autour de moi. Un soldat doit tout supporter: le chaud, le tiède, le froid alors qu’il n’est pas habitué à tous ces changements. Toi, ton ancrage dans le sol te fait prendre l’habitude de tous les climats! Alors, cesse de geindre, le sapin!

Le bonhomme de neige, plein d’orgueil et de dédain, s’exprima à son tour:

- Bien sûr, moi je peux bouger. Je peux rouler dans tous les sens, mais surtout pas dans la crème au beurre chocolatée: ma candeur en prendrait un coup. Alors je préfère ne pas bouger du tout, même si je pourrais me trémousser à l’infini! Oui, ma blancheur, c’est ma fierté. Elle fait la joie de générations de familles. Hors de question qu’elle prenne un coup! Je refuse le plus petit éclat de chocolat sur mon manteau immaculé…

C’est alors qu’un froufroutement se fit ouïr depuis le petit sac en papier posé à côté de la bûche. Contre toute attente, le sachet bougeait, comme agité de l’intérieur! Quelque chose gigotait au dedans, jusqu’à ce qu’une jolie petite tête en sucre en sorte: celle d’un bébé tout rose aux cheveux couleur châtain. Le nourrisson parvint à s’extraire entièrement et les figurines sur le gâteau découvrirent, étonnées, qu’il s’agissait d’un petit Jésus en sucre! 

La vieille dame l’avait acheté, comme de coutume également, pour agrémenter son café à la fin du repas. Le petit Jésus se dressa sur ses pieds et sautilla jusqu’à la bûche. Hop! Hop! Depuis la base de celle-ci, tel un ressort, il s’imposa une grande détente qui lui permit de se hisser d’un bond sur le gâteau. Là il se coucha dans la crème au beurre, comme s’il s’était trouvé dans la paille de la crèche, puis il prit la parole:

- Si ce n’est pas pénible d’entendre pareils propos! 

- Qu’est-ce que tu fais là, toi? demanda le bonhomme de neige, jaloux de la concurrence qui lui était subitement faite.

- Moi? répondit l’Enfant Jésus. Mais je suis venu pour sauver tous les hommes comme vous le savez sans doute et aussi pour essayer d’amener la concorde et pour vous aider à faire la paix entre vous… Ça ne doit quand même pas être agréable de vous chamailler avec les mêmes ritournelles chaque année… J’ai quelque chose d’important à vous dire: à partir de ce Noël, vous allez avoir une petite camarade pour vous tenir compagnie…

L'apparition 

L’Enfant Jésus n’eut alors qu’à prononcer le prénom "Lydia!" pour qu’apparaisse subitement à la surface de la bûche, comme par enchantement, une quatrième décoration qui surprit les trois autres. Il s’agissait de la représentation d’une petite fille… en chaise roulante.

- Qu’est-ce qu’elle fait là, elle? demandèrent en des termes quasi semblables tour à tour le sapin, le soldat et le bonhomme de neige.

C’est le petit Jésus qui fournit la réponse …

- Je l’ai invitée à se joindre à vous. Elle va vous raconter son histoire! C’est un récit très court, mais très profond.

La petite fille prit alors la parole, un rien intimidée en pareille société.

- Eh bien voilà, à l’âge de six ans, j’ai été atteinte de poliomyélite. En ces temps-là, les vaccins n’étaient pas développés comme de nos jours. Je suis restée deux ans en chaise roulante, ne pouvant plus, ni me lever, ni m’asseoir. Puis une septicémie a eu raison de mes dernières forces et je suis allée là-haut voir notre bon Père des Cieux. Voilà, c’est tout; c’est aussi simple que cela.

Sur la bûche, un silence s’installa. L’Enfant Jésus y mit fin:

- Alors, sapin, soldat et bonhomme de neige, que dites-vous de tout ceci?

Le bonhomme de neige fit preuve d’une neutralité évidente, parvenant mal à se départir de son orgueil:

- Oui évidemment, c’est une bien triste histoire… Personne n’aurait souhaité vivre cela…

- Et toi le vieux soldat, tu en penses quoi? demanda Jésus.

- Moi, eh bien… Je me dis que j’ai eu de la chance, en comparaison de la petite Lydia. Je n’ai jamais été blessé au combat, j’ai pu rentrer à la maison, et même s’il était difficile de progresser dans la neige en Russie, je n’ai jamais perdu l’usage de mes jambes…

- En effet, dit Jésus, belle réflexion. Et toi, cher vieux sapin, qu’en dis-tu?

- Moi, répondit le sapin, je me dis que l’aventure de Lydia a été pire que la mienne car elle pouvait au départ marcher et se déplacer, puis ce fut fini d’un coup. Elle n’a jamais pu retrouver sa santé première…. Alors que moi, tout planté dans le sol que je suis, je n’ai pas vécu cela… Je peux profiter de la neige en hiver, du soleil en été, de la pluie rafraîchissante…

"Je ne suis pas venu pour rien"

Jésus afficha un imperceptible sourire de contentement et embraya aussitôt:

- Vous voyez, on ne peut pas se réjouir au milieu d’une pareille souffrance. C’est pour cela qu’il vaut mieux cesser de se chamailler pour des bêtises… C’est tellement mieux quand on peut s’accorder pour faire naître la joie, vous ne croyez pas?

Un nouveau silence se fit chez les figurines, puis Jésus reprit à nouveau:

- Si durant les mois à venir, dans la boîte, vous veniez à oublier ce que Lydia vous a raconté, pensez très fort à son histoire. Moi aussi je pouvais marcher, parler aux foules à travers la Palestine, embrasser des enfants, soulager des malheurs, donner de la joie, mais vous savez tous ce qui m’est arrivé et surtout dans quelles souffrances! Je ne suis pas venu pour rien ici-bas. Si je vous ai fait rencontrer Lydia, c’est pour que vos chamailleries cessent et pour que nous œuvrions tous ensemble à établir la paix et la concorde entre nous…

Visiblement, le petit Jésus avait fait taire les discussions annuelles entre les figurines empêtrées dans leurs lamentations. 

Ceci dit, la soirée du réveillon avançait et notre brave vielle dame en avait fini avec sa coquille aux fruits de mer et son blanc de dinde. L’heure du dessert approchait… Elle débarrassa ses assiettes, puis prit le chemin du hall d’entrée afin d’aller y chercher la fameuse bûche.

Lorsqu’elle arriva à hauteur de cette dernière, elle poussa un cri de surprise. Comment le petit Jésus en sucre était-il arrivé sur la bûche et surtout comment la petite Lydia en chaise roulante se trouvait-elle dessus aussi? Car Lydia, c’était la sienne, sa petite à elle qu’elle avait perdue il y a si longtemps dans les circonstances que l’on sait à présent… Oui, la même petite frimousse, les belles tresses blondes, le sourire angélique…

La brave dame, bouche bée, ne sut d’abord que penser. Des larmes roulèrent instantanément sur ses joues. Puis elle comprit le sens de cette bûche se trouvant là devant elle, faite de ses mains et agrémentée par qui l’on sait…

C’est un miracle, un véritable miracle de Noël, s’écria la dame, de nouvelles larmes perlant à ses yeux, des souvenirs bons et mauvais passant dans son esprit le temps d’un éclair… Comment est-ce possible? Seigneur Jésus, c’est toi qui a fait tout cela pour moi… Merci Jésus, je ne te dirai jamais assez merci… Moi qui ai vécu tant de malheurs dans ma vie, quelle joie tu m’apportes ce soir!

Le miracle avait bien eu lieu

Oui c’est vrai, l’Enfant Jésus était descendu sur terre ce soir pour amener paix et concorde entre les figurines de la bûche en introduisant la petite Lydia; en même temps, il avait aussi offert à la dame un beau Noël qui resterait longtemps gravé dans sa mémoire. Notre brave femme ne se posa pas davantage de questions, tout à son bonheur d’avoir retrouvé sa petite fille. Pleine de légèreté, emplie de bonheur, reconnaissante, elle saupoudra avec allégresse le sapin de sucre glace, comme chaque année, puis emmena le dessert à table. Elle en préleva une tranche, celle surmontée par le soldat. Elle se refusa à dissoudre le petit Jésus en sucre dans le café par respect pour ce qu’il lui avait apporté en cette veille de la Nativité. 

- Vous avez vu, ce que nous avons réalisé de beau tous ensemble ce soir? demanda Jésus aux figurines. Ça vaut quand même mieux que les disputes, non? Regardez la dame comme elle est heureuse…

La soirée avançant, la dame plaça au frigo le reste de la bûche pour le lendemain et s’apprêta afin d’assister à la messe de minuit. Au retour de celle-ci, sa première réaction fut d’aller vérifier si elle n’avait pas rêvé. Elle ouvrit son frigo et constata que la petite Lydia avait effectivement pris place parmi les figurines de Noël. Le miracle avait donc bien eu lieu… Avant d’aller se coucher, elle dégusta encore une tranche, celle sur laquelle le bonhomme de neige se trouvait, puis elle s’agenouilla devant la petite crèche montée à côté de son sapin au salon et là elle adressa à nouveau une prière à l’Enfant Jésus pour le remercier encore. Elle eut du mal à trouver le sommeil, tant l’émotion la submergeait…

Le lendemain matin, 25 décembre, hors de question de se contenter d’une traditionnelle tartine. Elle alla se servir d’une nouvelle tranche de bûche: celle où se trouvait cette fois le sapin. Elle contempla alors les deux figurines restant sur le gâteau: le petit Jésus en sucre et la petite Lydia. Elle décida de les prélever, de les nettoyer de la crème au beurre et de les conserver dans la boîte avec les autres figurines pour les retrouver l’année suivante. 

Ce qui restait de la bûche fut consommé dans la journée du 25 décembre. Comme il s’agissait de la partie où avaient pris place Jésus et Lydia, elle eut comme l’impression que la crème goûtait encore mieux le beurre et le cacao, que le gâteau était léger comme jamais. En se couchant le soir, la brave dame sut qu’elle avait vécu le plus beau Noël de sa vie! Elle mesurait que, malgré les malheurs que l’on peut connaître dans l’existence, il y a toujours une joie, parfois toute petite, qui peut surgir sans qu’on ne l’attende, comme ça, au milieu des ténèbres. Ce n’est pas une joie artificielle, c’est sans doute cette vraie joie qui n’est possible que parce qu’elle a pu naître au milieu de la souffrance et de la nuit…

Franz CLÉMENT

Catégorie : Culture

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