Et si l’Eglise rangeait ses titres au placard? Plus de "Monseigneur", ni de "Votre Sainteté" qui vaille… Jacques Hootelé prône plus de simplicité dans les appellations religieuses, pour plus de fraternité et moins de cléricalisme.
"Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ” (Mt 23, 8-10).
Voilà qui est dit clairement, ouvertement et sur un ton impératif ne laissant aucune échappatoire possible.
Est-ce sans raison que Jésus nous intime ces paroles? Sans doute, constate-t-il autour de lui combien ces titres peuvent conforter notre ego, marquer une distance entre ceux qui, pour Lui, sont pourtant tous frères et sœurs, constituer un moyen de dominer les autres. Peut-être souffrait-Il déjà en pensant aux violences cruelles que devront subir des personnes vulnérables abusées par des prédateurs s’appuyant sur l’autorité que leur confèrent ces appellations? Comment Jésus aurait-Il accueilli ces autres titres honorifiques que sont: "Révérend Père" ("Nous n’avons qu’un seul Père", dit Jésus!); "Monseigneur" (me reste dans la gorge!); "Son Eminence, Son Excellence, Sa Béatitude" (me font sourire!); "Sa Sainteté" (Non! Dieu seul est Saint!)?
On ne manquera sans doute pas d’évoquer le respect dû à ces fonctions. Serait-ce le titre qui inspire le respect de la personne? Manquerions-nous de respect envers ceux et celles que nous nommons chaleureusement par leur prénom tels le Seigneur lui-même, les parents de Jésus, les apôtres, les évangélistes, les saints…?
“Tu lui donneras le nom de Jésus”, dira l’ange Gabriel à Marie, puis à Joseph (Lc 1,31 et Mt 1,21).
Une fonction suivie d’un prénom
Mais, revenons aux paroles de Jésus… Qu’allons-nous en faire aujourd’hui, étant bien d’accord qu’il n’est pas question de les gommer? Pouvons-nous continuer à les ignorer, à les passer sous silence? Seraient-elles source d’un malaise dans l’Eglise qui fait que je ne les ai jamais entendues commenter en homélies?
Je considère comme une grande grâce l’exemple de simplicité que nous donne notre pape actuel qui est nommé affectueusement par le prénom qu’il s’est choisi: François, en référence à saint François d’Assise, modèle de pauvreté et de simplicité évangélique.
"Pape François", une fonction suivie d’un prénom! Ne voilà-t-il pas un moyen de nous soumettre, après des siècles, aux injonctions de Jésus, en remplaçant les titres prétentieux actuels par la fonction suivie du prénom. Cela donnerait à titre d’exemple:
Bienvenue en Belgique, "Pape François"!
Les confessions seront assurées ce week-end par "Prêtre Alphonse"!
Je vous soutiens par ma prière, "Evêque Luc"!
Bon voyage en Chine "Cardinal Joseph"!
Félicitations pour votre nomination au Botswana, "Nonce Jagodzinski"!
Cela ne contribuerait-il pas à sortir du vestiaire de l’Eglise une partie du costume de cléricalisme empesé et défraîchi qui en rebute beaucoup?
Jacques HOOTELÉ
Titre, intertitre et chapô sont de la rédaction
