Ce 1er septembre Françoise Smets est officiellement devenue rectrice de l'UCLouvain. A l'approche de la rentrée académique et de la visite du pape François sur le camps de Louvain-la-Neuve, nous l'avons interrogée sur l'identité de l'université et sur les liens de celle-ci avec l'Eglise.
Le sujet est sensible, les éléments de langage sont bien en place. Il faut dire que par le passé, le fameux "C" a déjà fameusement crispé la communauté universitaire. Alors que l'UCLouvain s'apprête à être au centre d'une large attention médiatique, sa rectrice tient à ce qu'il ne soit pas mal compris. Bien plus qu'une éventuelle identité catholique, c'est une université libre et diversifiée, pleinement engagée dans les défis sociétaux et les transitions de notre temps, qu'elle veut mettre en avant. La visite prochaine du pape François est une opportunité... qui n'est pas sans risques. Pour Françoise Smets, il ne faudrait pas donner l'impression que l'UCLouvain est trop proche de l'Eglise.
Aujourd'hui, que représente le "C" pour l'UCLouvain?
Pour nous, c'est vraiment la marque d'une université libre, ouverte et engagée dans les enjeux sociétaux comme les inégalités, la place des femmes, l'éco-anxiété et tous ces défis qui nous attendent.
Autant d'enjeux que vous retrouvez dans le christianisme?
Oui, c'est une question d'universalité mais c'est aussi la capacité de reconnaitre les spécificités et notre diversité. Pour nous, ce "C" représente surtout les valeurs auxquelles nous sommes attachés: l'ouverture, la diversité... C'est important. Cela nous fonde depuis le début - depuis 600 ans donc. Nous sommes particulièrement attachés à la liberté de penser.
Liberté, liberté de penser... Ces termes font spontanément penser à l'ULB. Qu'est-ce qui vous distingue d'une université comme l'ULB?
Une chose est de pouvoir garder une diversité entre universités. Maintenant, que nous soyons attachés à certaines valeurs communes n'est pas spécialement étonnant. Au sein du monde académique, on sait combien la liberté est importante - la liberté de chercher, d'enseigner... Je ne pense pas que ce terme puisse être seulement propre à l'une ou à l'autre. C'est vraiment l'ADN des académiques.
Vers 2008, il y avait ici un débat sur le maintien du "C". Ce débat est-il encore vif au sein de la communauté?
Ce débat n'est plus présent actuellement. Il n'y a pas eu récemment de vraie demande pour rediscuter ce point. Mais si cela devait survenir, je serais évidemment ouverte à ce que cette réflexion puisse se faire.
Avez-vous un avis personnel sur le sujet?
Je pense que la question est vraiment très complexe, parce qu'il y a beaucoup de nuances derrière les différentes positions. Il y a du pour, du contre. Tout dépend aussi de ce qu'on met derrière ce "C". Mon avis est que ce n'est pas actuellement notre plus grand défi. Nous voulons travailler sur les défis qui attendent la société, être en complète connexion avec elle, être ouverts aux diversités, travailler sur ces enjeux, assumer notre responsabilité sociale. Pour moi, c'est là que se trouve l'enjeu majeur. Bien plus qu'autour d'un débat sur une dénomination.
Sur les liens avec l'Eglise
Ce "C" rappelle aussi les liens avec l'Eglise. Ces liens existent-ils? Ou sont-ils fantasmés?
L'UCLouvain n'a pas toujours eu le "C". Au départ, nous étions l'université de Louvain. Ce n'est qu'en 1835 que l'appellation actuelle est apparue. Les relations avec l'Eglise n'ont pas été très souvent fortement présentes - à part la création, par la bulle papale de 1425. Actuellement, le lien avec l'Eglise se situe au niveau du pouvoir organisateur, qui est constitué des évêques francophones de Belgique. Mais, comme Mgr Léonard l'avait dit devant plusieurs centaines d'étudiants, ce pouvoir organisateur n'a aucun pouvoir et n'organise rien. Donc pour le moment, l'université est gouvernée par des organes démocratiques: le conseil académique et le conseil d'administration.
Au sein du pouvoir organisateur, il y a aussi le grand chancelier, qui est l'archevêque de Malines-Bruxelles. Cette présence de l'Eglise est purement symbolique, esthétique?
Ce n'est pas uniquement symbolique. Je dirais plutôt que c'est formel. Le règlement prévoit que certaines signatures passent par le pouvoir organisateur. Mais dans la vie de tous les jours, ce sont les organes démocratiques de l'université qui sont à la manoeuvre, notamment pour développer la vision de l'université pour son enseignement et sa recherche.
Autre particularité: l'UCLouvain possède une faculté de théologie (et d'étude des religions). Est-ce quelque chose d'important pour vous?
Ce qui nous semble très important, c'est que l'université soit complète, depuis sa création. C'est là quelque chose de très singulier: nous sommes une des premières universités complètes mondiales. En 1425, la faculté de Théologie n'existait pas et actuellement, nous restons très attachés à la diversité au sein de nos facultés et de nos instituts de recherche. La faculté de Théologie et d'études des religions est aussi importante que les autres. Mais le plus important, c'est cette capacité d'être interdisciplinaire, pluriel.
Il y a d'autres universités catholiques dans le monde. Forment-elles une espèce de grande famille ou pas spécialement?
Dans certaines universités, le caractère catholique a une signification très différente de la nôtre. Ainsi, certaines ne sont pas des universités complètes. Pour notre part, nous sommes plutôt engagés dans des réseaux d'universités européennes, dans des réseaux d'universités de recherche, plus que dans des réseaux d'universités catholiques - même si certains partenaires historiques restent des partenaires privilégiés. Nous sommes en tout cas dans des réseaux plus larges que les réseaux catholiques, et c'est à ces réseaux que nous travaillons activement.
