Une Assemblée générale du Synode se tient à Rome jusqu'à la fin du mois d'octobre. Le thème de cette rencontre: la synodalité, la manière dont, sous la conduite de l'Esprit, nous sommes tous en chemin comme Eglise. Le diacre belge Geert De Cubber, témoin du processus synodal en Europe, revient sur ses expériences de la première semaine synodale pour l'hebdomadaire Tertio.
Il faut être prudent en utilisant le mot "historique". Néanmoins, il n'est pas exagéré de dire que la 16e Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques est un événement historique dans l'histoire récente de l'Eglise. Non seulement en raison de la composition du groupe réuni à Rome - un mélange de cardinaux, d'archevêques, d'évêques, de prêtres, de diacres, de religieux et de laïcs - mais aussi en raison de la manière dont l'assemblée se déroule.
La première semaine du synode a commencé avant même son ouverture officielle. Les frères de Taizé avaient mis en place des ateliers et des activités ici et là dans la ville pour rassembler les jeunes à la veille du synode. Les participants au synode - dont un petit groupe de Flamands se trouvant à Rome avec l'IJD Youth Pastoral Flanders (Pastorale des jeunes de Flandre, Ndlr.) - ont tous été invités à la veillée œcuménique sur la Place Saint-Pierre, avec des représentants d'autres Eglises et dénominations chrétiennes.
Retraite préparatoire
Tout de suite après, les pères et mères synodaux - sur les quelque 80 non évêques votants, 54 sont des femmes - sont partis en retraite à Sacrofano, à quelque 25 kilomètres au nord de la Cité du Vatican. Jamais auparavant les membres d'un synode ne s'étaient réunis pour une retraite préparatoire de trois jours. Chaque jour de cette retraite s'est déroulé selon le même schéma : pendant les laudes, la bénédictine Maria Ignazia Angelini a lu une méditation, suivie de deux conférences du dominicain Timothy Radcliffe, entrecoupées d'un temps de réflexion personnelle et de prière. Dans l''après-midi se tenait une conversation dans l'Esprit, afin de s'exercer à la méthode qui serait utilisée pendant le synode lui-même. L'Eucharistie a ensuite été célébrée tous ensemble.

Radicalement incomplets
Les introductions de Timothy Radcliffe ont marqué les esprits. D'emblée, il a nommé les tensions que nous aurons à traverser dans les semaines à venir. "Nous sommes tous radicalement incomplets", a indiqué le dominicain. "C'est pourquoi nous avons besoin les uns des autres." Et pourtant, il est important que ces différences soient exprimées, a-t-il estimé. "Lorsque, dans les prochaines semaines, nous nous écouterons les uns les autres et que nous serons en désaccord, je prie pour que nous disions souvent 'oui, et...' plutôt que 'non'. Telle est la voie synodale", a-t-il déclaré. Il faisait référence à "das verdammte katholische 'Und' - le maudit 'et' catholique" de Karl Barth, comme par exemple la Bible ET la tradition, la grâce ET les œuvres.
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Espace intermédiaire
A propos de l'espérance, du retour à Dieu, de l'amitié, de notre chemin commun vers Dieu en passant Emmaüs ; sur le fait de parler avec autorité et la liberté du cœur pour dire la vérité, le frère Radcliffe a réussi, à chaque fois, à dépasser les tensions et les différences, sans pour autant les passer sous silence. "En allemand, il y a le mot Zwischenraum. C'est exactement là que Dieu se révèle. Il apparaît dans l'espace vide. C'est là que se trouve la plénitude de la vérité." Si nous nous rencontrons dans cet espace intermédiaire, la joie surgira et rayonnera dans le monde. "Nous connaîtrons alors une joie qui rendra les autres jaloux parce qu'ils n'étaient pas là. Surtout cet évêque qui a prié pour ne pas avoir à être ici", a conclu Timothy Radcliffe avec son humour légendaire.
Bouton pause
"Si l'Esprit est parmi nous, ce sera un bon synode", a assuré le pape François dans son discours d'ouverture officielle, le 4 octobre. "Lors du 50e anniversaire du synode des évêques, les théologiens ont écrit un beau texte, mais cela ne suffit pas", a estimé le pape. "Nous recherchons l'unité. Nous n'avons pas besoin d'uniformité, mais d'harmonie. Sans harmonie, il n'y a pas de synodalité. Et l'Esprit Saint nous explique cette harmonie", a encore déclaré le François, soulignant l'importance d'écouter toutes les voix. Il a appelé à ne pas partir d'hypothèses comme lors des synodes précédents. "L'Eglise a appuyé sur le bouton 'pause' parce qu'elle écoute." Tout le reste n'a pas d'importance pour le moment.
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Une société blessée
"L'Eglise est aujourd'hui à la croisée des chemins", a également souligné Mario Grech, secrétaire général du Synode des évêques, dans son discours d'ouverture. Le cardinal maltais a rappelé l'importance de ce synode sur la synodalité pour l'Eglise et le monde. "Eglise et synode sont synonymes. Cette assemblée est comme la ville sur la montagne. Elle peut montrer l'amour de Dieu. Grâce à cet amour, elle peut guérir une société blessée qui aspire à un sens et à la joie".
Feuille de route
Le rapporteur général du synode, le cardinal luxembourgeois Jean-Claude Hollerich, a fait écho à ces propos. Il a souligné la particularité de la salle Paul VI où se tient l'Assemblée synodale. La disposition des 35 tables rondes est l'un des "fruits de l'expérience synodale jusqu'à présent. Grâce aux tables rondes, il n'y a pas de vedettes synodales. Seul l'Esprit Saint est le protagoniste". Cela exige de s'abandonner au processus et à la conversation dans l'Esprit.
"Nous disposons déjà d'une riche théologie de la synodalité. Nous sommes appelés à apprendre la grammaire de la synodalité. Ici, nous devons écrire une grammaire pour notre temps", a déclaré le rapporteur, trahissant ainsi sa formation de linguiste. Si tout se passe bien, le synode débouchera sur une "feuille de route pour les années à venir. Sur quoi y a-t-il consensus ? Quels pas pouvons-nous à cette fin? Quels sont les thèmes qui nécessitent une réflexion plus approfondie ?", a résumé le cardinal Hollerich.
Silence et prière
Les jeudi et vendredi ont été consacrés à l'écoute et à la discussion de la partie A de l'Instrumentum Laboris, le document de travail. La question clé était : "Quels sont les signes distinctifs d'une Eglise synodale qui apparaissent clairement ?" Chaque participant a préparé une intervention de quatre minutes maximum. Dans un premier temps, ces interventions ont été écoutées au sein de chaque petit groupe. Le deuxième tour a été réservé aux réactions : quels mots des membres du groupe nous parlent ? Qu'évoquent-ils ? Dans une dernière étape, nous avons cueilli les fruits de ces échanges. Ils ont été repris dans une intervention d'une durée maximale de trois minutes, que le rapporteur élu de chaque groupe a prononcée en plénière. Avant cela, il y a eu un temps de silence et de prière, éléments clés d'une conversation dans l'Esprit.
Liens d'amitié
Au cours des premiers jours, les participants ont constaté que les différences sont parfois très grandes. Mais aussi : chacun fait tout ce qu'il peut pour comprendre l'autre avec l'aide de l'Autre. Les liens d'amitié tissés lors de la retraite portent du fruit pendant les premiers jours du synode. Ils s'avèrent être une bénédiction pour les conversations dans l'Esprit. De plus, chacun se rend compte que l'élan du synode peut susciter une nouvelle dynamique, quel que soit le contexte de l'Eglise locale et quel que soit le résultat. La plupart des groupes de discussion ont approuvé à l'unanimité leur texte à soumettre à la plénière. Serait-ce déjà un petit signe d'espérance ?
Geert De Cubber © Tertio
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